‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 39 sur 447 · ACTE I, SCENE IJI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IJI

en hii. C'est, à beaucoup d'égards, consentir à la mort de ton père que de voir froidement la mort de ton malheureux frère, cjui était la copie même de ton père. N'appelle pas cela résignation, Gand, c'est désespoir : en souffrant que ton frère soit ainsi assassiné, tu montres tout ouvert le chemin qui conduit à ta vie et tu apprends au meurtre atroce à t'égorger : ce que nous appelons résignation chez les gens de basse classe est pâle et froide lâcheté chez les cœurs nobles. Que dirai-je? pour sauvegarder ta propre vie, le meilleur moyen est de venger la mort de mon Glocester.

Jean de Gand. — La querelle appartient à Dieu; car c'est le substitut de Dieu, son lieutenant oint sous ses yeux mêmes qui est l'auteur de la mort de Glocester : si cette mort est injuste, que le ciel la venge, car jamais je ne lèverai contre son ministre un bras courroucé.

La duchesse de Glocester. — ■ A qui donc, hélas! pourrai-je adresser mes plaintes?

Jean de Gand. — A Dieu, Je champion et le défenseur de la veuve.

La duchesse de Glocester. — Eh bien alors, je le ferai. Adieu, vieux Gand. Tu vas à Coventry pour assister au combat de notre cousin de Hereford et du sanguinaire Mowbray ? 0 puissent les trahisons faites à mon mari guider la lance de Hereford, afin qu'elle perce la poitrine du boucher Mowbray ! Ou si la mauvaise fortune veut qu'il manque la première carrière, que les péchés de Mowbray pèsent d'un poids si lourd dans son sein que, brisant les reins de son coursier fumant, ils fassent précipiter le cavalier dans l'arène, tête première, et le livrent, le misérable lâche, à mon cousin Hereford! Adieu, vieux Gand; celle qui lut naguères la femme de ton frère, doit finir sa vie avec sa compagne, la douleur.

Jean de Gand. — Sreur,adieu; il faut que j'aille à Coventry : aie à ton logis le même bonheur que je désire pour mon voyage !

La duchesse de Glocester. — Un mot encore, cependant; la douleur rebondit là où elle tombe, non par l'effet de sa légèreté, mais de son poids. Je prends mon congé avant d'avoir commencé à parler, car le chagrin ne finit pas quand il semble avoir achevé. Recommande-moi à mon frère, Edmond York. Las! c'est tout. Voyons, ne pars pas ainsi : quoique ce soit tout ce que j'ai à dire, ne t'en vas pas si vite : je me rappellerai autre chose. Recommande-lui, — 6 quoi? — recom-

mande-lui de \enir en toute haie me visiter à Plashy. Hélas ! et qu'est-ce que le bon vieux York y verra , sinon des chambres vides, des murailles dégarnies, des offices dépeuplés de ■ serviteurs, des pavés qu'on ne foule plus? et pour toute bienvenue, qu'entendra-t-il, sinon mes gémissements ? Par conséquent, contente-toi de me recommander à lui : qu'il ne vienne pas chez moi chercher le chagrin; le chagrin habite en tous lieux. Désolée, désolée, je vais partir, et désolée, mourir; ce dernier congé que je prends de toi arrache les larmes de mes yeux. (Ils sortent.)

Gosfort Green, près de Coventry.

Entrent LE LORD MARÉCHAL et AUMERLE.

Le lord maréchal. — Monseigneur Aumerle, Henri Hereford est-il armé?

Aumerle. — Oui, complètement, et il brûle d'entrer en lice.

Le lord maréchal. — Le duc de Norfolk, plein d'entrain et d'ardeur, n'attend que la sommation de la trompette de l'appelant.

Aumerle. — Eh bien, en ce cas, les champions sont tout prêts et n'attendent plus que l'arrivée de Sa Majesté.

(Fanfares de trompettes. Entrent LE ROI RI- CHARD qui s'assied sur un trône, JEAN DE GAND, BUSHY, BAGOT, GREEN et autres qui prennent leurs places respectives. Une trompette sonne et d'autres trompettes lui répondent de l'intérieur du théâtre. Alors entre NORFOLK, sous son armure, précédé par un héraut.)

Le roi Richard. — Maréchal, demandez à ce champion là-bas pourquoi il est venu ici en armes : demandez-lui son nom, et procédez régulièrement à lui faire affirmer par serinent la justice de sa cause.

Le lord maréchal. — Au nom de Dieu et du roi, dis nous qui tu es et pourquoi tu viens ici' sous une armure de chevalier; contre quel homme te présentes-tu et quelle est ta querelle ? parle véridiquement au nom de ton titre de chevalier et au nom de ton serment, et qu'ensuite le ciel et ta valeur te défendent!

Norfolk. — Mon nom est Thomas Mowbray, duc de Norfolk; je viens ici engagé par mon ser-

ment (que le ciel préserve un chevalier de violer jamais!), afin de défendre à la fois ma loyauté et ma véracité envers Dieu, mon roi et sa postérité, contre le duc de Hereford qui m'appelle, et par la grâce de Dieu et de ce mien bras, afin de lui prouver, en défendant ma personne, qu'il est un traître envers Dieu, mon roi et moi, et que le ciel me défende comme je combats pour la vérité! (7/ prend son siège.)

(Une trompette sonne. /f^z-eBOLINGEROKE, sous son armure, précédé par un hékaut.

Le boi Richard. — Maréchal, demandez à ce chevalier qui est là-bas en armes, quel il est et pourquoi il vient ici, ainsi revêtu des habillements de la guerre, et conformément à notre loi, faiteslui régulièrement attester sous serment la justice de sa cause.

Le lord maréchal. — Quel est ton nom et>pourquoi viens-tu ici devant le roi Richard, dans sa lice royale? Contre qui viens-tu? Quelle est ta querelle ? Parle comme un véridique chevalier et puisse le ciel te défendre !

Bolincbroke. — Je suis Henri de Hereford, de Lancastre et de Derby, et je me présente ici en armes pour prouver, par la grâce de Dieu et la valeur de mon bras, sur la personne de Thomas Mowbray, duc de Norfolk, qu'il est un traître, infâme et dangereux envers le Dieu du ciel, le roi Richard et moi, et puisse le ciel me défendre comme je combats loyalement !

Le lord maréchal. — Sous peine de mort, que personne ne soit assez audacieux ou assez effrontément téméraire pour approcher des barrières, sauf le maréchal et les officiers chargés de régler ces loyales épreuves.

Bolincbroke. — Lord Maréchal, laissez-moi baiser la main de mon souverain et courber le genou devant Sa Majesté, car Mowbray et moi nous sommes pareils à deux hommes qui font vœu d'un long et pénible pèlerinage; permetteznous donc de dire un affectueux adieu à nos divers amis et de prendre congé d'eux selon toutes les formes.

Le lord maréchal. — L'appelant présente à Votre Altesse tous ses devoirs et implore la faveur de baiser votre main et de prendre congé de vous.

Le roi Richard. — Nous descendrons et nous le serrerons dans nos bras. Cousin de Hereford, si ta cause est juste, que la fortune soit avec toi

dans ce combat royal ! Adieu, mon sang; si aujourd'hui tu es répandu, nous pourrons te pleurer, mais non te venger.

Bolincbroke. — Oh! que nul œil noble ne profane pour moi une larme si la lance de Mowbray fait couler mon sang; je marche à ce combat contre Mowbray, avec la confiance du faucon quand il fond sur un oiseau. Mon affectueux Seigneur (au Lord maréchal), je prends congé de vous, de vous aussi, mon noble cousin, Lord Aumerle. Je prends congé sans être malade, bien que j'aie affaire avec la mort, mais jeune, vigoureux et respirant avec joie. Allons, comme aux festins d'Angleterre, je goûte au meilleur mets le dernier, afin de rendre plus douce la fin du repas. (A Jean de Gand.) O toi, terrestre auteur de ma vie, toi dont le courage juvénile, en moi rajeuni, me soulève d'une double vigueur pour me faire atteindre à la hauteur où est placée la victoire, augmente par tes prières la solidité de mon armure et aiguise par tes bénédictions la pointe de ma lance afin qu'elle pénètre comme cire la cotte de mailles de Mowbray et que le nom de Jean de Gand reluise d'un nouvel éclat par la vaillante conduite de son fils.

Jean de Gand. — Que Dieu te fasse triomphant dans ta bonne cause ! Sois prompt comme l'éclair dans la lutte; cjue tes coups doublés et redoublés tombent comme un tonnerre étourdissant sur le casque de ton méchant et perfide ennemi; réveille ta jeune ardeur; sois vaillant et vis.

Bolincbroke. — Que mon innocence et Saint Georges me donnent la victoire (Il prend son siège .)

Norfolk, se levant. — Quel que soit le lot que me réserve Dieu ou ma fortune, ici doit vivre ou mourir, fidèle au trône du roi Richard, un gentilhomme loyal, juste et sans tache. Jamais captif ne rejeta d'un cœur plus libre, les chaînes de son esclavage et n'embrassa le trésor de son affranchissement sans contrôle avec pins de joie que mon âme bondissante n'en éprouve à célébrer la fête de ce combat avec mon adversaire. Trèspuissant Suzerain, et vous pairs, mes compagnons, recevez de ma bouche un souhait d'heureuses années. Je vais au combat alerte et joyeux comme au plaisir : la loyauté porte un cœur tranquille.

Lu koi Richard. — Adieu, Milord : je reconnais dans tes yeux, de manière à ne pas m'y tromper, la vertu alliée à la valeur. Ordonnez le combat, maréchal et commencez. (Le roi et les Lords retournent ii leurs sièges.)

Le lord maréchal. — Henri de Hereford, de

suivre mes guides en aveugle, et je me suis efforcé par d'incessantes lectures de contrôler les descriptions et les récits. Avant de reproduire les paroles, j'ai toujours attendu de m'en être rendu un compte exact; j'ai fait revivre la nature autour de moi.

Mais cette nature elle-même change constamment avec les hommes qu'elle nourrit. Les mouvements intérieurs dressent ou rabaissent les montagnes, les eaux courantes déblayent le sol et l'entraînent vers la mer, les courants sapent les falaises et reconstruisent les archipels, la vie fourmille dans les flots et renouvelle sans fin la surface de la Terre, enfin les peuples changent par l'agriculture, l'industrie, les voies commerciales, l'aspect et les conditions premières des continents qui les portent et ne cessent de se modifier eux-mêmes par les migrations et les croisements. La mobilité de tout ce qui nous entoure est infinie, et pourtant il faut essayer d'en donner une idée, dépeindre à la fois le milieu primitif et le milieu changeant. Déjà dans le livre la Terre, qui est en quelque sorte la préface de l'ouvrage actuel, j'ai tenté de décrire tous les mouvements généraux qui se produisent à la surface du globe; maintenant il s'agit de les suivre dans leurs détails à travers les continents et les mers. Pareille œuvre , je le sens, est bien difficile à mener abonne fin, mais je trouve l'excuse de ma hardiesse dans la grandeur même de la tâche et j'y dévoue sincèrement les heures rapides de ma vie. La goutte de vapeur qui brille un instant dans l'espace reflète sur sa molécule presque imperceptible l'univers qui l'entoure de son immensité: c'est ainsi que j'essaye de réfléchir le monde environnant.

La géographie conventionnelle qui consiste à citer les mgitudes et les latitudes, à énumérer les villes, les villes, les divisions politiques et administratives, ne pren- > qu'une place secondaire dans mon travail ; les atlas, dictionnaires, les documents officiels fournissent sur te partie de la science géographique tous les renseiements désirables. Je ne voudrais pas, en me donnant facile besogne d'intercaler en grand nombre des tamx de noms et de chiffres, accroître inutilement les insions d'un ouvrage qui sera déjà fort étendu, et je uidrais d'empiéter sur un domaine qui est celui de la tographie et de la statistique pure. En ajoutant à an livre de nombreuses cartes, je n'ai point eu non

plus l'ambition de composer une sorte d'atlas et de dispenser ainsi le lecteur d'avoir recours aux ouvrages spéciaux . Tandis que les cartes générales ont pour but de donner à ceux qui les étudient tous les renseignements, sans exception, qui se rapportent à la configuration du sol et à la position des mers , les planches et les figures de la Nouvelle Géographie universelle sont destinées uniquement à mettre en relief les phénomènes dont il est question dans le texte; tout en restant dans les conditions obligatoires d'exactitude et de précision , elles négligeront les détails secondaires. Loin de remplacer un atlas, mes cartes ne font, pour ainsi dire, que le commenter, en expliquer le sens intime relativement aux phénomènes de la nature et aux événements de l'histoire.

Dans mon long voyage à travers le monde, des rivages de la Grèce, où commence notre civilisation européenne, aux formidables monts de glace qui défendent à l'homme les abords des terres Antarctiques, je ne m'astreindrai point à un ordre absolument rigoureux. La nature étant elle-même fort diverse dans ses aspects et n'obéissant à aucun régime de régularité conventionnelle, il n'y aurait qu'un ordre tout extérieur à suivre toujours la même routine dans la description des pays. Il me semble plus vrai de me laisser diriger dans mon travail par l'importance relative des phénomènes qu'il s'agit de décrire et par les caractères distinctifs et l'état de culture des peuples qui se succéderont dans mes tableaux.

En commençant un travail d'une aussi grande étendue, mon devoir est de m'engager envers le lecteur à une extrême sobriété de langage. J'ai trop à dire pour ne pas me garder de toute parole inutile ; je serai donc aussi bref qu'il me sera possible de l'être sans nuire à la clarté de l'exposition. La Terre est assez grande et les quatorze cents millions d'hommes qui l'habitent présentent assez de diversités et de contrastes pour que l'on puisse en parler sans se livrer à des répétitions inutiles.

Malheureusement mon ouvrage, avec quelque soin que

je l'aie préparé et que je le rédige, ne sera point exempt

de nombreuses erreurs. Celles qui auront pour cause

"i les transformations incessantes de la nature et de

l'humanité ne sauraient être évitées et je n'ai pas besoin de m'en excuser, car je ne puis avoir la prétention de devancer le temps. Mais je prévois aussi bien des

erreurs qui proviendront, soit de l'ignorance des travaux de mes devanciers, soit, chose plus grave, de quelque préjugé dont je ne serais pas encore parvenu à me défaire. D'avance je prie mes lecteurs de me pardonner. Du moins, puis-je leur promettre le scrupule dans le travail, la droiture dans les jugements,

le respect continu de la vérité. C'est là ce qui me permet de m'adresser à eux plein de confiance, en; les invitant à étudier avec moi cette « Terre Bient'ai santé » qui nous porte tous et sur laquelle il serait si bon de vivre en frères I

ELISÉE RECLUS

CONDITIONS ET MODE DE LA PUBLICATION

La Nouvelle Géographie universelle de M. Elisée Reclus se composera d'environ cinq cents livraisons, soit dix à douze beaux volumes grand in-8. Chaque volume, comprenant la description d'une ou de plusieurs contrées, formera pour ainsi dire un ensemble complet et se vendra séparément. Ainsi le premier volume embrassera l'Europe méditerranéenne (la Grèce, la Turquie, la Roumanie, la Serbie, l'Italie et la presqu'île des Pyrénées) ; le second, la France, l'Alsace-Lorraine et la Belgique; le troisième, la Suisse, l' Austro-Hongrie, l'Allemagne et la Hollande, etc. Nos souscripteurs, selon leurs ressources ou

leurs jétudes, pourront donc se procurer isolément les parties de ce grand ouvrage dont ils auront besoin, sans s'exposer au regret de ne posséder que des volumes dépareillés.

Chaque livraison, composée de 16 pages et d'une cou verture, et contenant au moins une gravure ou une carti tirée en couleurs, et généralement plusieurs cartes insérées dans le texte, se vend 50 centimes.

11 paraît régulièrement une livraison par semaine depuis le 8 mai 1875.

Typographie Lahure, rue de Heurus, il, à Pan

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