‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 381 sur 447 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

Le page. — Son nom, Monseigneur, est Tyrrel.

Le roi Richard. — Je connais en partie cet homme; va, mande-le ici, enfant. (Sort le page.) Le sagace Buckingham aux résolutions méditées ne sera plus mon conseiller intime. Comment! il a tenu bon avec moi si longtemps sans se fatiguer, et il s'arrête maintenant pour souffler ?

Entre STANLEY.

Le roi Richard. — Eh bien, Lord Stanley, quelles nouvelles?

Stanley. — Sachez, mon affectionné Seigneur, que le marquis de Dorset, à ce que j'apprends, s'est enfui auprès de Richmond, dans le pays où ce dernier réside.

Le roi Richard. — Viens ici, Catesby. Répands la rumeur que ma femme, Anne, est très-gravement malade : je prendrai des mesures pour qu'elle reste étroitement enfermée. Cherche-moi quelque pauvre et mince gentilhomme auquel je puisse marier sans délai la fille de Clarence : quant au garçon, il est idiot, et je ne le crains pas. Eh bien, voilà que tu restes à rêver! Je te le répète, répands le bruit qu'Anne ma femme est malade et près de sa fin : fais cela tout de suite ; car il m'importe beaucoup d'arrêter les espérances de tous ceux qui pourraient me nuire. (Sort Catesby.) Il faut que je sois marié à la fille de mon fière, sans cela ma royauté repose sur un verre bien fragile. Assassiner ses frères, et puis l'épouser ! moyen peu certain de succès ! mais je suis si avant dans le sang, qu'il faut que le crime pousse le crime. La pitié aux larmes faciles n'habite pas ces yeux-ci.

Rentre LE PAGE avec TYRREL.

Le roi Richard. — Ton nom est Tyrrel?

Tyrrel , s' agenouillant. — James Tyrrel et votre très obéissant sujet.

Le roi Richard. — Es-tu vraiment mon obéissant sujet?

Tyrrel. — Mettez-moi à l'épreuve, mon gracieux Seigneur.

Le roi Richard. — Oserais-tu tuer un de mes amis ?

Tyrrel. — Si cela vous fait plaisir ; mais j'aimerais mieux tuer deux de vos ennemis.

Le roi Richard. — Eh bien, en ce cas, tu le peux ; ce sont deux profonds adversaires , deux ennemis de mon repos, deux perturbateurs de mon doux sommeil, dont je voudrais te voir me

débarrasser : Tyrrel, je veux parler de ces bâtards qui sont à la Tour.

Tyrrel. — Fournissez-moi les moyens d'arriver auprès d'eux, et je vous aurai bientôt débarrassé de la crainte qu'ils vous inspirent.

Le roi Richard. — Tu me chantes une douce musique : écoute, viens ici, Tyrrel; va, avec ce signe de laisser-passer. Lève-toi et prète-moi l'oreille. (// lui chuchote à t oreille.) 11 n'y a que cela à faire; viens me dire que cela est fait, et je t'aimerai, et je te pousserai.

Tyrrel. — Je m'en vais dépêcher la chose surle-champ. (// sort.)

Rentre BUCKINGHAM.

Buckingham. — Monseigneur, j'ai pesé en mon âme la dernière proposition sur laquelle vous m'avez sondé.

Le roi Richard. — Bon, laissons cela dormir. Dorset s'est enfui auprès de Richmond.

Buckingham. — Je sais celte nouvelle, Monseigneur.

Le roi Richard. — Stanley, Richmond est le (ils de votre femme : bon, pensez- y.

Buckingham. — Monseigneur, je vous réclame ce don, mon dû par promesse, ce don pour lequel vous m'avez engagé votre honneur et votre foi; le comté de Hereford et les biens meubles dont vous m'avez promis la possession.

Le roi Richard. — Stanley, veillez sur votre femme ; si elle fait passer des lettres à Richmond, vous en répondrez. .

Buckingham. — Que répond votre nryale Altesse à ma juste requête?

Le roi Bichard. — Je me rappelle que Henri le sixième prophétisa que Bichmond serait roi, lorsque Richmond était un petit bambin morose. Un roi! peut-être.... peut-être....

Buckingham. — Monseigneur....

Le roi Richard. — Comment s'est-iJ fait que le prophète, à ce moment, ne m'ait pas annoncé à moi qui étais alors présent, que je le tuerais?

Buckingham. — Monseigneur, votre promesse du comté....

Le roi Richard. — Richmond ! la dernière fois que j'étais à Exeter, le maire par courtoisie me montra le château et l'appela Rougemont : à ce nom je tressaillis, car un barde d'Irlande m'a dit autrefois que je ne vivrais longtemps après que j'aurais vu Richmond.

Buckingham. — Monseigneur....

LE ROI RICHARD III

Le roi Richard. — Oui, quelle heure est-il ?

Buckjngham. — Je suis bien hardi d'oser rappeler ainsi à Votre Grâce ce que vous m'avez promis.

Le roi Richard. — Bon; mais quelle heure est-il ?

Buckingham. — Sur le coup de dix heures.

Le roi Richard. — Eli bien, laisse frapper.

Buckingham. — Pourquoi me dites-vous, laisse frapper ?

Le roi Richard. — Parce que, comme un Jacquemart d'horloge, tu as tenu le coup en suspens entre ta demande et ma réflexion. Je ne suis pas en veine de donner aujourd'hui.

Buckingham. — Alors, dites-moi si, oui ou non, vous tiendrez votre parole?

Le roi Richard. — Tu m'ennuies, je ne suis pas en veine de donner aujourd'hui. {Sortent le roi Richard et sa suite.)

Buckingham. — Ah, c'est ainsi! II paye mes grands services d'un tel mépris! Est ce pour cela que je l'ai fait roi ? Oh ! souvenons-nous d'Hastings, et partons pour Brecknock pendant que ma tète qui branle tient encore sur mes épaules. {Il sort.)

Page 1