‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 382 sur 447 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Un autre appartement dans le palais.

Entre TYRREL.

Tyhrel. — L'acte de tyrannie et de sang est accompli ; c'est le forLit le plus noir, le plus archisanguinaiie, le plus fait pour émouvoir la compassion dont ce pays ait été encore coupable. Dighton et Forrest que j'avais subornés pour exécuter la besogne de cette impitoyable boucherie, tout fieffés scélérats, tout chiens sanguinaires qu'ils étaient, se fondant de tendresse et de douce compassion, ont pleuré comme deux enfants en faisant le triste récit de leur mort. « Las, c'est ainsi, a dit Dighton, qu'étaient couchés les deux gentils enfants. — C'est ainsi, ainsi, a dit Forrest, qu'ils étaient enlacés dans leurs bras innocents et blancs comme albâtre. Leurs lèvres étaient comme quatre roses sur une même tige qui s'embrassaient les unes les auties dans la beauté de leur été : un livre de prières se trouvait sous leur oreiller, ce qui à un certain moment, ajoutait Forrest, m'a presque fait changer de résolution; mais, oh, le diable «Ici le scélérat s'est arrêté, et alors Dighton a repris : * Nous avons étouffé le plus doux et

le plus ravissant ouvrage que la nature ait jamais fait depuis sa première création. i Puis tous deux sont partis, si pleins de remords, si bourrelés par leur conscience, qu'ils ne pouvaient plus parler, et alors je les ai laissés pour venir porter ces nouvelles au roi sanguinaire. Le voici qui vient.

Entre LE ROI RICHARD.

Tyrrel. — Bonne santé à mon souverain Seigneur !

Le roi Richard. — Cher Tyrrel, me portes-tu des nouvelles capables de me rendre heureux?

Tyrrel. — Si votre bonheur tient à l'exécution des ordres que vous m'aviez donnés, soyez heureux, car ils sont exécutés.

Le roi Richard. — Mais les as-tu vus morts?

Tyrrel. — Oui, Monseigneur.

Le roi Richard. — Et ensevelis, gentil Tyrrel ?

Tyrrel. — Le chapelain de la Tour les a fait ensevelir ; mais où, et comment, je ne le sais pas, pour dire la vérité.

Le roi Richard. — Viens me retrouver tout de suite après souper, Tyrrel, et alors tu me feras le récit de leur mort. En attendant, pense au service que je pourrais te rendre, et ton désir sera pleinement satisfait. Adieu, jusqu'à ce moment.

Tyrrel. — Je prends humblement congé. {Il sort.)

Le roi Richard. — J'ai mis étroitement sous clef le fils de Clarence; j'ai marié pauvrement sa fille; les fils d Edouard sommeillent dans le sein d'Abraham, et Anne ma femme a souhaité la bonne nuit au monde. Maintenant, comme je sais que ce Richmond de Bretagne aspire à la main de la jeune Elisabeth, la fille de mon frère, et que par cette alliance il dirige orgueilleusement ses yeux vers la couronne, je vais attaquer la jeune fille en amant joyeux et sûr de réussir.

Entre CATESBY.

Catesby. — Monseigneur !

Le roi Richard. — De quelle nature sont les nouvelles que lu m'apportes pour entrer ici si brusquement : bonnes ou mauvaises?

Catesby. — Mauvaises, Monseigneur : Morton s'est enfui auprès de Richmond, et Buckingham, secondé par les valeureux Gallois, est en campagne, et ses forces ne cessent de s'accroître.

Le roi Richard. — Ely et Richmond m'inquiè-

ejffe composée de loutes les méthodes du savant et de ton les les splendeurs : l'artiste. Partout où il a appliqué sa force, en philosophie et en histoire tendre, en érudition et on esthétique, ce talent, si merveilleusement îlillé, a creusé les l'ails et déblayé les idées avec une vigueur surprenante; ais nulle part il ne s'est montré plus puissant que dans ce dernier et rapide mage. Le duc de Savoie disait que « l'Italie est un artichaut qu'il faut an^er feuille à feuille. » M. Taine la découpe aussi feuille à feuille, mais

I peut dire qu'il l'a dévorée en un seul repas.

II y a de la conquête dans ce voyage commencé le 15 janvier, terminé 10 avril, et qui, en trois mois, fouille et décrit, pénètre et raconte, remue explore en tous sens, lapins riche et la plus profonde contrée de 1 Europe.

est comme une campagne d'Italie intellectuelle, où le voyageur, armé de us les instruments de luxe et de précision que la science et l'art peuvent tiroir, s'empare d'un pays sous tous ses aspects, dans son présent et dans n passé, dans ses villes et dans ses musées, dans ses monuments et ms son climat. A ce degré de portée et de promptitude, l'observation l'analyse rivalisent avec les nouveaux engins de la guerre. Servi par des mîmes tels que M. Taine, l'esprit moderne, on peut le dire, a, lui aussi, s canons rayés et sss fusils à aiguille.

Ouvrons ce livre et parcourons-le rapidement, en y suivant moins le lyage que le voyageur, plus attentif à l'artiste qu'aux scènes et qu'aux bleaux qu'il retrace. — Et d'abord, le paysage est incomparable. M. Taine, .ns son voyage aux Pyrénées, dans de nombreuses rages de ses autres Tes, s'était déjà montré, en ce genre, peintre de premier ordre. Il sent la ■.tare à la façon de Goethe, comme un grand être vivant dont l'immobilité iparente recèle une activité éternelle. Il en admire autant les forces cachées te les formes visibles, et cette seconde vue, ajoutée aux regards qu'il jette ries choses, double l'éclat de leurs perceptions. Ses descriptions nettes .• contours coupées à grands angles, colorées des mille teintes de la saison de l'heure, sont d'une largeur admirable : telle page fait à l'esprit l'effet l'une fenêtre brusquement ouverte sur un .vaste espace, produirait aux ux Mais ce qui les élève au-dessus des paysages purement littéraires, est l'espèce d'horreur sacrée qu'elles respirent, et le sentiment de la rennité des choses opposée à la brièveté de l'homme, dont elles sont mplies. Un Spinosa pittoresque, onpourrait définir ainsi M. Taine peignant nature. La grandeur élémentaire des eaux, du ciel, de la végétation, des mtagnes domine toujours, dans ses tableaux, le souvenir historique ou

ythologique

Sienne et Pise, Pérouse et Assise sont fermement gravées,

haut relief et à vives arêtes. Mais c'est Venise qui est le chef-d'œuvre M. Taine, comme elle est aussi celui de l'Italie. 11 la sent avec tendresse, la peint avec volupté. Les autres villes ont des admirateurs ; Venise seule les amoureux, et le charme magique et féminin qu'elle exerce n'a jamais ! plus vivement rendu. L'atmosphère rose qui la baigne, le miroitement ses lagunes, les teintes de pierres précieuses dont chaque heure du jour fêt ses coupoles, les ravissements de ses perspectives, les féeries de son shitecture, la joie suave et rêveuse qu'on y respire avec l'air; tous les chantements de cette ville unique sur la terre revivent dans le chapitre, plutôt dans le poëme descriptif que M. Taine lui a consacré. Canaletto, tant une plume au lieu d'un pinceau, l'aurait senti et -écrit ainsi. Aussi nettement qu'il accuse la physionomie physique et locale des villes talie, M. Taine reproduit leur personnalité historique. Comme l'enchanir, entré dans son cercle, ouvre ce livre qui fait venir les Esprits, l'écriin, arrivant dans une ville, feuillette ses vieux poètes et ses vieilles roniques, et il en fait surgir les ombres tragiques qui agitèrent son passé, saperçus saisissants, les vues originales, les éclairs tirés de la nuit des icles abondent dans ces évocations palpitantes. C'est ainsi que de l'histoire Venise, tracée à grands traits, il tire l'idée d'une colonie grecque pourivant, sous des formes neuves, la vie antique dans l'Europe moderne ; et 'à l'aide des mémoires de Gozzi et de Casanova, il remet en scène la médie à grand spectacle et la troupe carnavalesque de sa décadence. Les ires rues de Florence, avec leurs palais taillés en forteresses, lui présentent décor vivant de ses guerres civiles. Quelques textes confrontés à quelques Dleaux lui suffisent pour recomposer la Rome pompeuse et violente de la ■naissance. — Questionnées de près, par cet esprit pénétrant, les images rient et les pierres témoignent. Avec les ruines de Pompéï, il reconstruit cité antique. Les thermes de Caracalla lui racontent la fainéantise officielle la plèbe romaine entreienue par les Césars. Les mornes effigies des (l|aïques de Ravenne l'introduisent dans le sépulcre blanchi du Basmire byzantin. La villa Albani lui sert de bordure pour encadrer le plus

.tableau de la vie cardinalice au dix-septième siècle ,

.' Ce voyage d'Italie

tara pas seulement produit un livre éclatant, plein de faits, débordant dées, où circulent la sève qui féconde et la flamme qui réchauffe les choses ipassé; il aura encore exercé la plus vive influence sur le grand esprit qui us l'a donné. En l'initiant à l'art, l'Italie lui a ouvert des perspectives ites nouvelles ; elle a étendu le champ d'études et de connaissances qu'il nue si vigoureusement depuis six années. Son intelligence déjà si forte l'antiquité s'en est accrue et nourrie encore; le trésor de formes et mages qu'il dépense à revêtir ses théories et à orner son système s'est iryeilleusement enrichi. Son talent y a reçu ce baptême du soleil, dont génie de Goethe est resté marqué. De "tels voyages sont à la fois des îquêles et des découvertes. Ils agrandissent le domaine de l'artiste qui les treprend, et ils révèlent sous un autre aspect, le pays qu'il a parcouru, l'éclairant du jour nouveau qu'y jette son esprit

(La Presse, du 23 avril 1867.)

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