‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 386 sur 447 · SAINTE-BEUVE · texte numérisé non relu

SAINTE-BEUVE

{Moniteur.)

Voici le plus vaste et le plus complet travail qui ait encore paru par nous sur ce fertile et amusant sujet de la littérature anglaise. Il semble q la matière devrait être épuisée, et cependant la riche mine a été encore peine explorée.

Le livre de M. Taine est le résultat d'une lune de miel littéraire; j'insi sur ce mot et sur l'idée qu'il exprime. C'est un livre d'amoureux qui n'a 5 eu encore le temps d'être lassé de son amour, de critique heureux de possession de son sujet. Le joyeux étonnement que l'auteur a éprouvé en trouvant en face d'œuvres presque inconnues, son orgueil en voyant que 1 œuvres muettes pour tant d'autres étaient pour lui éloquentes, ont pa. dans son livre et en ont fait l'âme et l'esprit. Je ne sais pas si les lunes miel les plus ardentes font plus tard les heureux mariages, mais j'incliner volontiers à penser qu'elles font les meilleurs livres d'histoire littéraire et critique. Il y a dans les vivacités de la première admiration, dans les tr saillements de l'imagination devant une oeuvre qu'elle aperçoit pour la p mière fois, dans les étonnements de la première rencontre, une certitude une vérité que rien ne remplace.

De tous les phares lumineux de cette riche littérature, M. Taine n'ei pas oublié un seul; chacun s'allume à sa juste place , à son vrai moment brille avec la lumière qui lui est propre. L'auteur ne s'est pas trompé 1: 1 seule fois sur la valeur des écrivains qu'il avait à juger, pas plus que sui I rang qu'il devait leur assigner. J'entends adresser de divers côtés à la cl tique de M. Taine des reproches plus ou moins fondés, mais il en est I qu'on ne lui adressera certainement pas, celui de manquer de décision et fermeté. Il semble que rien ne soit plus facile que de montrer de la décis: dans les jugements qu'on porte sur les œuvres littéraires, et cependant mérite est telTement rare qu'on peut le donner comme la marque d'un esj supérieur. M. Taine trouve pour chaque auteur la juste louange, et inve l'image qui peut le mieux le représenter aux yeux du lecteur. Pour quicone a lu les écrivains dont parle M. Taine, il y a dans son livre des métaphoi des images et des comparaisons qui équivalent à des traits de génie.

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