MONTÉGUT
{Moniteur, 1864.)
Toutes les qualités de M. Taine ont enfin trouvé le coup de soleil q' leur fallait et se sont dilatées.
L'homme est venu avec toutes ses puissances. Il y a même plus d homme, en cette Histoire de la littérature anglaise, depuis les premi poèmes saxons jusqu'au Don Juan de lord Byron.
Comptez ceux que je vais nommer! D'abord il y a le critique sagacc chaud. Réunion très-rare dans un critique, que la sagacité dans la chale la pénétration dans l'enthousiasme ! Puis il y a le biographe, prodigii sèment renseigné, qui ne sait pas seulement avec le détail le plus sava le plus piquant et quelquefois le plus charmant, la vie des hommes don parle, mais qui sait la rie pour son propre compte, chose si nécessai quand il s'agit de raconter celle des autres! Enfin, dans cette critique cette histoire, si remuantes et si fouillantes, qui touchent à tout et rep duisent tout autour des hommes et des œuvres qu'elles jugent, il y a le p sagiste
Cette Histoire de la littérature anglaise que j'ai plus que personne droit de louer, — car j'ai dit assez de mal de la philosophie et de la méthi de M. Taine pour être cru sur son talent, — cette histoire où l'auteu montré qu'il entendait des choses anglaises autant qu'un anglais lui-mêi sera, je n'en doute point, très-remarquée et très-comptée en Angleter Certes, j'y connais, dans ce pays profond, de solides et grandes études critique et d'histoire, mais je n'y connais pas sur l'ensemble de cette supe littérature, la plus belle peut-être qu'aient vue les hommes, un livre ai travaillé, aussi creusé et en même temps aussi vivant que celui-ci ! La ce pêtence de l'auteur y éclate à chaque page.
Cette déduction faite, M. Taine n'a donc plus pour ancêtres que MM. Gui* Sainte-Beuve, Chasles et Michelet. Seulement le fils, en bien des poil l'emporte sur les pères. Il a plus de sensibilité frémissante que M. Guiz plus de largeur et d'horizon que M. Sainte-Beuve ; plus d'aperçus nets et bon sens que M. Chasles; et plus de fixité dans la vue et d'assise d. l'esprit que cette mouche de feu qui vole, M. Michelet! et je ne crois pc d'ailleurs qu'aucun d'entre eux, pas même le dernier, pût écrire avec qualités et même avec ses défauts cette Histoire de la littérature angla si, par impossible, il s'agissait de la recommencer 1
Il y a en effet dans cette histoire une force de jeunesse, une fraîcheur tête, une exubérance, une espèce de houillonnement de sentiments et pensées qu'on n'est pas accoutumé à rencontrer dans un livre de critique de biographie. Quoique faite comme une éclatante mosaïque, de morce; rapportés, qu'on a pu même distraire les uns des autres et publier set cette histoire n'en a pas moins son unité qui est la trame de l'esprit angl sous l'éblouissante broderie de ses grands hommes et de leurs chefs-d'œuv Mais elle ne l'aurait pas que chaque étude spéciale de cette galerie hisi rique empêcherait qu'on s'en aperçût et qu'on en regrettât l'absence, fe l'intérêt de chacune de ces hautes éludes isolées est, en soi, tout puissant suffisant pour que l'imagination soit satisfaite.
{Le Pays.)