DE FRANGE
DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS
PAR
M. GUIZOT
Ouvrage illustré d'environ 200 gravures sur bois
D'APRÈS LES DESSINS D'A. DE NEUVILLE
Tous les esprits sérieux reconnaissent aujourd'hui qu'un des moyens les plus sûrs de contribuer à la grandeur et à la tranquillité de notre pays est de répandre largement l'instruction. Notre gouvernement, nos chambres le sentent bien : de nouvelles lois sont faites, d'autres sont préparées, des conférences sont ouvertes et encouragées. Les particuliers s'associent à ce mouvement, ils fondent des bibliothèques, ils achètent des livres utiles et les mettent en quelque sorte sous la main des lecteurs. Enfin les publications destinées à la jeunesse et à ceux que l'instruction n'atteignait pas autrefois se multiplient, et chaque année voit paraître, dans ce genre, des ouvrages excellents, quelques-uns même d'un grand mérite. Cependant on peut encore regretter que, chez nous, les hommes qui occupent les situations éclatan-
tes dans les sciences et dans les lettres ne daignent pas tou consacrer quelques-uns de leurs travaux à l'enseignemer du peuple et de la jeunesse.
Un noble exemple va leur être donné par l'un des plu illustres d'entre eux : M. Guizot commencera très-prochai nement sous le titre « L'Histoire de France racontée mes petits enfants » la publication d'un ouvrage écrit sui tout pour ces jeunes générations qui entreront bientôt e possession des destinées de la France.
Quelles circonstances ont fait naître l'idée de cet ouvrage Dans quel esprit a-t-il été composé ?
Nous sommas Jneureux de pouvoir répondre à ces ques
LE ROI RICHARD II
Lancastre et de Derby, reçois ta lance et que Dieu protège le droit I
Bolikgb&oke, se levant. — Fort comme une tour dans mon espérance, je réponds Amen.
Le lord maréchal, à un officiel-. — Allez porter cette lance à Thomas, duc de Norfolk.
Premier héraut. — Henri de Hereford, de Lancastre et de Derby, se présente ici aux noms de Dieu, de son Souverain et de lui-même, pour prouver, sous peine d'être reconnu menteur et félon, que le duc de Norfolk, Thomas Mowbray, est traître envers Dieu, son Souverain et lui-même, et il ose le défier au combat.
' Second héraut. — Ici est présent Thomas Mowbray, duc de Norfolk, pour se défendre et prouver, sous peine d'être reconnu menteur et félon, que Henri de Hereford, de Lancastre et de Derby, est déloyal envers Dieu, son Souverain et lui-même, et courageusement et avec un ardent désir, il n'attend pour commencer que le signal de la trompette.
Le lord maréchal. — Sonnez, trompettes, et vous combattants, avancez. (On sonne une charge.) Arrêtez, le roi a jeté son bâton.
Le roi Richard. — Que tous déposent leurs heaumes et leurs lances et retournent à leurs sièges. (Aux Lords.) Venez conférer avec notis. Que les trompettes sonnent pendant que nous allons annoncer à ces ducs ce que nous avons décidé. (Longue fanfare. — Aux combattants .) Avancez, et écoutez ce que nous avons décidé avec notre conseil. Comme la terre de notre royaume ne doit pas être souillée de ce sang précieux qu'elle a nourri; comme nos yeux délestent l'aspect des plaies civiles creusées par le tranchant d'épées concitoyennes; comme dans notre opinion, ce sont l'orgueil au vol d'aigle, aux pensées ambitieuses dont l'essor tente l'escalade du ciel, et la haine d'une envieuse rivalité qui vous poussent à réveiller notre paix sommeillante dans ce berceau de notre contrée avec la douce respiration d'un enfant; comme ce tintamarre des tambours aux rauques clameurs, ce redoutable charivari des trompettes aux aigres fanfares, et ce cliquetis sonore des aimes de fer entrechoquées pourraient faire fuir d'effroi la paix hors de nos frontières, et nous forcer à marcher dans le sang même de nos parents, nous vous bannissons de nos territoires : vous, cousin Htreford, sous peine de la vie, jusqu'à ce que deux fois cinq étés aient enrichi nos champs, vous ne saluerez pas nos beaux do-
maines, mais vous foulerez sur la terre étrangère les sentiers de l'exil.
Bolingbroke. — Votre volonté sera faite. Ma consolation, c'est que ce soleil qui vous échauffe ici brillera aussi sur moi, et que ces rayons d'or qu'il vous prête ici, tomberont aussi sur moi et doreront mon exil.
Le roi Richard. — Pour toi, Norfolk, un arrêt plus rigoureux et que je prononce quelque peu à contre cœur t'est réservé. Les heures à la marche invisiblement lente ne détermineront pas le terme indéfini de ton dur exil. Je prononce contre toi, sous peine de ta vie, cette parole sans espoir : « Ne reviens jamais. »
Norfolk. — Une dure sentence, mon toutpuissant Suzerain, et fort inattendue de la bouche de Votre Altesse. J'avais mérité de recevoir des mains de Votre Altesse une meilleure récompense que ce coup qui me rejette errant dans l'espace. Le langage que j'ai appris ces quarante dernières années, mon anglais natal, il me faut l'oublier maintenant : maintenant ma langue ne m'est pas d'une plus grande utilité qu'une viole ou une harpe sans cordes ; elle doit être maintenant comme un bon instrument fermé dans son étui, ou qui, s'il en est tiré, est mis entre des mains qui ne connaissent pas la touche et le ton de l'harmonie. Vous avez emprisonné ma langue au dedans de ma bouche derrière les doubles grilles de mes dents et de mes lèvres, et le geôlier qui doit prendre soin de moi, c'est la stupide, insensible, stérile ignorance. Je suis trop vieux maintenant pour cajoler une nourrice, trop avancé en âge pour devenir un écolier : qu'est-ce donc que ta sentence, sinon une mort muette qui vole à ma bouche les paroles qu'elle exhalait avec son souffle depuis ma naissance?
Le roi Richard. — Il ne te sert en rien d'en appeler à notre compassion ; après notre sentence les plaintes viennent trop tard.
Norfolk. — Ainsi donc, je me retire de la lumière de mon pays pour habiter les ombres solennelles de la nuit éternelle. (// fait un mouvement pour se retirer.)
Le roi Richard. — Reviens ici et emporte avec toi ce serment que tu vas prononcer. Posez sur notre épée royale vos mains proscrites et jurez sur le service que vous devez à Dieu (celui que vous nous devez nous l'exilons avec vous), de tenir le serment que nous vous déférons. Jurez, — et que la loyauté et Dieu vous aident à tenir cette pro-