‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 399 sur 447 · ACTE V. SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE V. SCENE V

Norfolk. — Ce sont d'excellentes mesures, belliqueux Suzerain. Voici ce que j'ai trouvé sous ma tente ce matin. (Il lui remet un papier.)

Le roi Richard, lisant. — « Jockey de Norfolk, ne sois pas trop hardi, car Dickon ton maître est acheté et vendu. 2 C'est une chose imaginée par l'ennemi. — Allons, gentilshommes, que chacun soit à son poste : ne permettons pas à des rêves babillards d'effrayer nos âmes ; la conscience n'est qu'un mot dont se servent les lâches, et qui fut inventée à l'origine pour tenir les forts en respect ; que nos bras puissants soient notre conscience, que nos épées soient notre loi. Marchons, engageons courageusement le combat, et jetons-nous hardiment dans la mêlée ; allons ensemble, sinon au ciel, au moins en enfer, la main dans la main. Que vous dirai-je de plus que ce que je vous ai déjà dit? Rappelez-vous quels sont les gens avec lesquels vous avez à lutter; — une troupe de vagabonds, de gredins, de fugitifs, l'écume de la Bretagne, vils paysans laquais, que leur contrée, pleine jusqu'à la gorge, vomit au dehors pour chercher des aventures désespérées et trouver une destruction certaine. Vous dormiez en repos, ils viennent vous porter l'inquiétude; vous avez des terres et le bonheur de posséder de belles femmes, ils veulent rogner les unes, augmenter les autres. Et qui les conduit, sinon un chétif garçon longtemps entretenu en Bretagne aux frais de notre mère, un blanc-bec qui n'a ja- .mais dans sa vie senti même le froid de la neige au-dessus de ses souliers? Faisons repasser la mer à coups de fouet à ces aventuriers; chassons d'ici ces déguenillés outrecuidants de France, ces mendiants affamés qui sont fatigués de leur vie, et qui se seraient pendus de misère, les pauvres rats, s'ils n'avaient pas mis leur espérance dans ce fol exploit. Si nous devons être vaincus, que ce soit par des hommes, et non pas par ces bâtards de Bretagne, que dans leur propre pays nos pères ont battus , nargués et rossés, et que de tradition ils ont fait héritiers de la honte. Quoi ! ces hommes jouiraient de nos terres? coucheraient avec nos femmes ? enlèveraient nos filles? (Bruit de tambour dans le lointain.) Écoutez ! j'entends leurs tambours. Au combat, gentilshommes d'Angleterre! au combat, hardis yeomen ! Tirez , archers, tirez vos flèches à la tète ! éperonnez dur vos chevaux fougueux, et chevauchez dans le sang ! épouvantez le ciel par les éclats de vos lances brisées !

Entre un messager.

Le roi Richard. — Que dit Lord Stanley? Vat-il faire avancer ses troupes?

Le messager. — Monseigneur, il refuse devenir.

Le roi Richard. — A bas la tête de son fils Georges!

Norfolk. — Milord, l'ennemi a passé le marais : que Georges Stanley meure après la bataille,

Le roi Richard. — Je sens dans ma poitrine mille cœurs puissants : faites avancer nos étendards ! tombons sur nos ennemis ! que notre ancien cri de combat, le beau saint Georges, nous inspire une ardeur de dragons enflammés ! Sus à eux ! la victoire s'abat sur nos heaumes.

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