‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 443 sur 447 · ACTE V, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IV

avons à la porte! sur ma conscience de chrétien, ce baptême en produira mille ; père, parrain et tout ensemble, se trouveront ici.

Le valet. — Les cuillers n'en seront que plus grosses, Monsieur. Voici un camarade qui est presque contre la porte; à en juger par sa figure, il devrait être un brasier, car sur ma conscience, vingt des jours caniculaires régnent dans son nez; tous ceux qui sont au-dessous de lui sont sous la ligne, ils n'ont pas besoin d'autre punition : j'ai trois fois frappé sur la tête cet obus enflammé, et trois fois son nez a éclaté contre moi ; il se tient là comme un canon à mortier pour nous foudroyer. Il y avait auprès de lui la femme d'un mercier, qui a peu d'esprit, et qui s'est moquée de moi, jusqu'à ce que son bonnet à écuelle lui soit tombé de la tête pour la punir d'allumer une telle combustion dans l'état. J'ai oublié une fois le susdit météore, et j'ai touché la femme qui s'est mise à crier aux bâtons ! Sur quoi j'ai pu voir de loin quarante porteurs de gourdins, la fine fleur du Strand où elle a ses quartiers, qui volaient à son secours. Ils sont tombés sur moi, j'ai tenu bon solidement; puis ils en sont tous venus aux coups de manches à balai avec moi; je résistais encore, lorsque soudainement par derrière une bande de garçons a fait invasion et a lancé une telle grêle de pierres, que je n'ai pas été fâché de retirer mon honneur en dedans et de les laisser maîtres du terrain : je crois que le diable était parmi eux, pour sûr.

Le portier. — Ce sont ces gamins qui mugissent au théâtre et qui se battent pour des trognons de pommes, si bien qu'il n'y a pas d'auditoire, — sauf s'il est composé des gens de la Tribulation de Tower Hill, ou des habitants des limbes de Lime- House, leurs chers frères, — qui soit capable de supporter leur vacarme. J'en ai déjà envoyé quelques-uns in limbo patrum , et ils se disposent à danser pendant ces trois jours, outre le déjeuner au pied levé qui leur sera servi par les deux fouetteurs de la prison.

Entre LE LORD CHAMBELLAN.

Le Lord chambellan. — Merci de moi, quelle multitude il y a ici ! et ils continuent à affluer ; ils viennent de tous les quartiers, comme si nous tenions ici une foire ! Où sont donc ces portiers, ces drôles négligents? — Vous avez fait une belle affaire, camarades. Voilà une jolie canaille qui s'est introduite ici : est-ce que ces gens sont vos

bons amis des faubourgs? Nous aurons, ma foi, grand espace pour laisser passer les Dames, lorsqu'elles reviendront du baptême.

Le portier. — Plaise à Votre Honneur, nous ne sommes que des hommes, et nous avons fait tout ce que des hommes en même nombre que nous peuvent faire sans être mis en pièces. Une armée ne pourrait pas les maîtriser.

Le Lord chambellan. — Sur ma vie, si le roi me blâme pour cela, je le ferai payer à vos talons à tous tant que vous êtes, et je vous imposerai de rondes amendes sur vos têtes pour votre négligence : vous êtes des drôles indolents, et vous êtes là à vider des bouteilles, lorsque vous devriez faire votre service. Écoulez! les trompettes sonnent ; ils reviennent déjà du baptême : allez , fendez la presse, et ouvrez un chemin pour laisser passer librement le cortège, ou je vous trouverai une prison où vous irez vous divertir les deux prochains mois.

Le portier. — Faites place pour la princesse.

Le valet. — Vous là-bas, grand compère, reculez-vous, ou je vous casse la tète.

Le portier. — Vous l'homme à l'habit de camelot, sautez hors de la barrière, ou je vais vous flanquer par-dessus la palissade. (Ils sortent.)

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