SCÈNE IV
Windsor. — Un autre appartement dans le château. Entrent sir P1ERCE D'EXTON et un valet.
Exton. — N'as-tu pas remarqué les paroles que le roi a prononcées? « N'ai-je pas d'ami, a-t-il dit, qui puisse me délivrer de cette crainte vivante? » Est-ce que ce ne sont pas ses paroles?
Le valet. — Oui, ses paroles mêmes.
Exton. — «N'ai-je pas d'ami?» a-t-il dit: il a
ions en reproduisant ici une lettre que M. Guizot nous a ait l'honneur de nous adresser :
I « Vous avez entendu dire, messieurs, que, depuis plusieurs années, je me donne le paternel plaisir de raconter 'histoire de France à mes petits-enfants, et vous me denandez si je n'ai pas dessein de publier ces études de faoille sur la grande vie de notre patrie. Telle n'avait pas té d'abord ma pensée; c'était de mes petits-enfants, et 'eux seuls, que je me préoccupais. J'avais à cœur de leur lire vraiment comprendre notre histoire et de les y intéesser en satisfaisant à la fois leur intelligence et leur imaination, en la leur montrant à la fois claire et vivante, 'oute histoire, celle de la France surtout, est un vaste et >ng drame où le# événements s'enchaînent selon des lois êterminées, et dont les acteurs jouent des rôles qu'ils n'ont is reçus tout faits ni appris par cœur, et qui sont les réîltats, non-seulement de leur situatiou native, mais de ur propre pensée et de leur propre volonté. Il y a, dans iiistoire des peuples, deux séries de causes à la fois essenellement diverses et intimement unies; les causes natuîlles, qui président au cours général des événements, et s causes libres, qui viennent y prendre place. Les homîes ne font pas toute l'histoire : elle a des lois qui lui vienent de plus haut ; mais les hommes sont, dans l'histoire, js êtres actifs et libres qui y produisent des résultats et y cercent une influence dont ils sont responsables. Les cauis fatales et les causes libres, les lois déterminées des évé- ;ments et les actes spontanés de la liberté humaine, c'est l'histoire tout entière. C'est dans la reproduction fidèle 3 ces deux éléments que consistent la vérité et la moralité 3 ces récits.
« Je n'ai jamais été plus frappé de ce double caractère de iiistoire qu'en la racontant à mes petits-enfants. Quand ù commencé avec eux ces leçons, ils y prenaient d'avance i vif intérêt, et ils m'éc'outaient avec un bon vouloir séeux; mais quand ils ne saisissaient pas bien le lien prongé des événements, ou quand les personnages historiques » devenaient pas, pour eux, des êtres réels et libres, diles de sympathie ou de réprobation, quand le drame ne
développait pas devant eux clair et animé, je voyais leur tention inquiète ou languissante; ils avaient besoin à la is de lumière et de vie ; ils voulaient être éclairés et émus, istruits et amusés
« En même temps que la difficulté de satisfaire à ce double désir se faisait vivement sentir à moi, j'y découvrais plus de moyens et plus de chances de succès que je ne l'a vais prévu d'abord pour faire comprendre à mes jeunes auditeurs l'histoire de France dans sa complication et sa grandeur. Quand Corneille a dit :
.... aux âmes bien nées La valeur n'attend pas le nombre des années,
il a dit vrai pour l'intelligence comme pour la valeur. Quana une fois ils sont bien éveillés et donnent vraiment leur attention, les jeunes esprits sont plus sérieux et plus capables qu'on ne le croit de tout comprendre. Pour bien expliquer à mes petits- enfants le lien des événements et l'influence des personnages historiques, j'ai été conduit quelquefois à des considérations très-grandes et à des études ù* earactères assez approfondies. J'ai presque toujours été, en pareil cas, non-seulement bien compris, mais vivement goûté. J'en ai fait l'épreuve dans le tableau du règne et le portrait du caractère de Charlemagne; les deux grands desseins de ce grand homme, qui a réussi dans l'un et échoué dans l'autre, ont été, de la part de mes jeunes auditeurs, l'objet d'une attention très-soutenue et d'une compréhension trèsnette. Les jeunes esprits ont plus de portée qu'on n'est enclin à le présumer, et peut-être les hommes feraient-ils bien quelquefois d'être aussi sérieux dans leur vie que les enfants le sont dans leurs études.
« Pour atteindre le but que je me proposais, j'ai toujours pris soin de rattacher mes récits ou mes réflexions aux grands événements ou aux grands personnages de l'histoire. Quand on veut étudier et décrire scientifiquement un. pays, on le parcourt dans toutes ses parties et en tout sens; on visite les plaines comme les montagnes, les villages comme les cités, les recoins obscurs comme les lieux célèbres; ainsi procèdent un géologue, un botaniste, un archéologue, un statisticien, un érudit. Mais quand on veut surtout connaître les principaux traits d'une contrée, ses contours fixes, ses formes générales, ses aspects spéciaux, ses grands chemins, on monte sur les hauteurs ; on se pla^s aux points d'où l'on saisit le mieux l'ensemble et la physionomie du pays. Ainsi il faut procéder dans l'histoiya^ quand on ne veut ni la réduire au squelette d'un abrégé si l'étendre aux longues dimensions d'un travail é'énidMis-&.
Les grands événements et les grands hommes sont les points fixes et les sommets de l'histoire ; c'est de là qu'on peut la considérer dans son ensemble et là suivre dans ses grandes voies. En la racontant à mes petits-enfants, je me suis quelquefois attardé dans quelque anecdote particulière où je trouvais le moyen de mettre en vive lumière l'esprit dominant du temps ou les mœurs caractéristiques des populations; mais, sauf ces rares exceptions, c'est toujours dans les grands faits et les grands personnages historiques que je me suis établi pour en faire, dans mes récits, ce qu'ils ont été dans la réalité, le centre et le foyer de la vie de la France.
« Je n'avais pris d'abord, en donnant ces leçons, que de courtes notes de dates et de noms propres. Quand on m'a donné lieu de croire qu'elles pouvaient avoir pour d'autres enfants que les miens, et même, m'a-t-on dit, pour d'autres que des enfants, quelque utilité et quelque intérêt, j'ai entrepris de les rédiger telles que je les avais développées à mes jeunes auditeurs. Je vous enverrai, messieurs, quelques portions de ce travail, et si, en effet, il vous paraît opportun d'étendre le cercle auquel il a été d'abord destiné, je vous confierai très-volontiers le soin de sa publication.
« Recevez, messieurs, l'assurance de mes sentiments les plus distingués,
GUIZOT
■ Val-Richer, décembre 1870. •
Quel admirable enseignement pour la jeunesse que « la grande vie de notre patrie » racontée dans cette langue claire, ferme et imagée, avec cette sûreté de méthode, cette justesse d'appréciation, cette attention scrupuleuse à ne rien laisser qui ne puisse être facilement compris!
Ce sont là des qualités précieuses pour les lecteurs de tout âge; aussi l'auteur prévoit-il que ses leçons auront
quelque utilité « même pour d'autres que pour des enfants. Les femmes, les gens du monde, les érudits eux-même tiendront à lire un livre où ils retrouveront, au milieu d'u: récit exact et vivant, la science profonde et la hauteur d vues de l'historien de la Civilisation en Europe et en France de l'homme d'État auquel, durant bien des années, nu dans notre pays n'a contesté le premier rang.
Nous nous sommes donc empressés d'accepter l'honneu d'éditer une œuvre utile à des lecteurs si divers et appelé à répandre tant d'idées justes et fécondes, et nous tiendron à ce qu'elle soit publiée avec tout le soin qu'elle mérite.
CONDITIONS
ET MODE DE PUBLICATION
L'Histoire de France racontée à mes petits-enfants former trois volumes grand in-8, imprimés par M. Raçon, dont 1 goût et l'habileté sont bien connus, et illustrés de plus d cent gravures d'après de magnifiques dessins dans lesquel M. A. de Neuville a montré sous un nouvel aspect son taler aussi correct que dramatique. Ces gravures représenterai, des scènes et des personnages historiques, des portraits, costumes, des monuments ; les éléments en seront puisé aux meilleures sources.
Les trois volumes se composeront de 80 à 100 livraisons chaque livraison, illustrée d'au moins une grande gravure contient 16 pages et est protégée par une couverture.
Le prix de la livraison est de 50 centimes.
Il paraît une livraison par semaine.
Les tomes I et II sont en vente.
Chaque volume se vend séparément, broché, 18 fr. — Ri chement relié, avec fers spéciaux, dos en maroquin, plat en toile, tranches dorées, 25 fr.
HACHETTE et Cie
Typographie Laliure, rue de Klcurus, 9, à Paris
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LIBRAIRIE HACHETTE ET CIE, bOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79, A PARIS
NOUVELLE
GÉOGRAPHIE
UNIVERSELLE
LA TERRE ET LES HOMMES
ELISÉE REGLUS
CET OUVRAGE CONTIENDRA
OU TIREES A PART
AVERTISSEMENT DE L'AUTEUR
La publication d'une Géographie universelle peut sembler une entreprise téméraire, mais elle est justifiée par les progrès considérables qui se sont accomplis récemment et qui ne cessent de s'accomplir dans la conquête scientifique de la planète. Les contrées qui sont depuis longtemps le domaine de l'homme civilisé ont laissé pénétrer une grande partie de leurs mystères; de vastes régions, que l'Européen n'avait pas encore visitées, ont été rattachées au monde connu, cl les lois mêmes auxquelles obéissent fous les phénomènes terrestres ont été scrutées avec une précision plus rigoureuse. Les acquisitions de la science sont en trop, grand nombre et trop impor-
tantes pour qu'il soit possible d'en introduire le rés dans quelque ouvrage ancien, fût-il même de la haute valeur, comme l'est celui de l'illustre Malle-I A une période nouvelle, il faut des livres nouveau Ma grande ambition serait de pouvoir décrire t< les contrées de la terre et les faire apparaître aux du lecteur comme s'il m'avait été donné de les courir moi-même et de les contempler sous leur vers aspects; mais, relativement à l'homme isol Terre est presque sans limites, et c'est par l'inlerméc des voyageurs que j'ai dû faire surgir l'infinie succe des paysages terrestres. Toutefois j'ai lâché de ne