‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 74 sur 447 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Londres. — Un appartement dans la maison du prince Henri.

Entrent LE PRINCE HENRI et FALSTAFF.

Falstaff. — Eh bien ! Hal, quel moment du jour est-il, mon garçon?

Le frince Henri. — Ton esprit est devenu si épais à force de boire du vieux Xérès, de te déboutonner après souper et de dormir sur les bancs après midi, que tu as oublié de demander la chose que tu désires réellement savoir. Que diable as-tu à faire avec le moment du jour? A moins que les heures ne soient des verres de Xérès, les minutes des chapons, les horloges des langues de maquerelles, les cadrans les enseignes de maisons publiques, et le glorieux soleil lui-même une belle lille bien chaude, en taffetas couleur de flammes, je ne vois pas de raison pour que tu prennes la peine inutile de demander le moment du jour qu'il est.

Falstaff. — Vrai, vous vous rapprochez de mon opinion, Hal; car nous qui prenons les bourses, nous marchons à la clarté de la lune et des sept étoiles et non à la clarté de Phébus, ce chevalier cirant si blond. Et je t'en prie, mon aimable plaisant, lorsque tu seras roi,.,, que Dieu protège Ta Grâce,... je devrais dire Ta Majesté, car de grâce tu n'en auras aucune....

Le prince Henri. — Comment! aucune?

Falstaff. — Non, sur ma foi, pas même autant

ACTF. I, SCEfvE II.

Le pri>xe Hemu. Eh bien, alors, une f Falstaff. Pardi, voilà qui est bien dit.

(Aete I, se. II.]

de sTiues qu'il en Tant pour servir de prologue à un déjeuner composé d'un œuf et d'une simple tartine de beurre.

Le prince Henri. — Eh bien, et puis? achève, voyons ! rondement, rondement !

Falstaff. — Eh bien alors, lorsque tu seras roi, aimable plaisant, ne permets pas que nous qui sommes les gardes du corps de la nuit, on nous appelle voleurs des trésors de la beauté du jour : fais en sorte qu'on nous appelle forestiers de Diane, gentilshommes de l'ombre, mignons de la lune, et que les gens disent que nous sommes des hommes de bon gouvernement, étant gouvernés comme la mer par notre noble et chaste maîtresse,

la lune, sous la protection de laquelle nous

volons.

Le prince Henri. — Tu parles bien, et ce que tu dis est très-logique , car notre fortune, à nous

lunatiques, a son flux et son reflux comme la mer, ttant gouvernée comme la mer par la lune. Voici un exemple : une bourse d'or très- résolument escroquée le lundi soir et très-dissohtme/it dépensée le mardi matin, enlevée ajvec le cri de Holà, déposez! et dépensée avec le cri de Holà, apportez! voilà l'image de notre fortune; tantôt aussi basse que le pied de l'échelle, tantôt aussi haute que la chue de !a potence. ?

Falstaff. — Par le Seigneur, tu dis vrai, mon garçon. Et mon hôtesse de la taverne n'est-elle pas une très-douce fille?

Le prince Henri. — Douce comme le miel de l'Hybla, mon vieux détrousseur de grandes routes. Et une casaque en peau de buffle n'est-ce pas aussi un très-doux vêtement de gendarme?

Falstaff. — Qu'est-ce à dire? qu'est-ce à dire, mauvais plaisant? qu'est-ce que ces pointes et ces

subtilités? Eh, nom d'une peste! qu'ai-je à démêler avec une casaque de buffle?

Le frince Henri. — Eh, nom d'une vérole! qu'ai-je à démêler avec mon hôtesse de la taverne ?

Falstaff. — Bon, tu l'as appelée pour faire les comptes mille et une fois.

Le rniNCE Henri. — T'ai je jamais appelé pour payer ta part?

Falstaff. — Non, je te rends justice, tu as tout pavé ici.

Le prince Henri. — Oui, et ailleurs, tant que ma bourse pouvait y suffire, et lorsqu'elle ne l'a pu, j'ai usé de mon crédit.

Falstaff. — Oui certes, et tellement usé, que s'il n'était pas apparent que tu es héritier apparent Mais je t'en prie, mon aimable plaisant,

est-ce qu'il se dressera encore des potences, en Angleterre lorsque tu seras roi, et les gens de résolution seront-ils toujours refrénés, comme maintenant, par le mors rouillé de cette vieille grotesque, la mère loi? Lorsque tu seras roi, ne pends pas un voleur .

Le prince Henri. — Non, c'est toi qui pendras.

Fu.staif. — Je les pendrai? 0 exquis! par le ciel, je ferai un brave juge.

Le princ.h Henri. — Tu juges faux déjà ; j'entends que tu auras la pendaison des voleurs et qu'ainsi tu deviendras un rare homme de potence.

Falstaff. — Bien, Hal, bien, et cela jusqu'à un certain point conviendrait aussi bien à mon humeur que de solliciter à la cour, je puis le dire.

Le prince Henri. — Solliciter? pour te faire nipper d'un emploi ?

Falstaff. — Oui, pour me faire nipper, car le bouireau n'a pas une mince garde-robe. Mordieu, je suis aussi mélancolique qu'un gros minet, on un ours mené à la chaîne.

Le prince Henri. — Ou un vieux lion, ou un luth d'amoureux.

Falstaff. ■ — Oui, ou le ronflement d'une cornemuse du Lineolnshire.

Lu prince Henri. — Que dis-tu d'un lièvre ou de la mélancolie du fossé de Moor?

Falstaff. — Tu as les comparaisons les plus offensantes et tu es bien, ma foi, le plus métaphorique, le plus canaille, le plus aimable jeune prince.... Mais, Hal, je t'en prie, ne me tourmente plus de ces vanités. Plût à Dieu que toi et moi nous connussions un endroit où on pût ache-

ter une provision de bonne renommée : un vieux Lord du conseil m'a tancé dans la rue à votre sujet, l'autre jour, Monsieur; mais je n'ai pas fait attention à lui : et cependant il parlait très-sagement, mais je n'ai pas fait attention à lui : et cejiendant il parlait très-sagement, et dans la rue encore.

Le prince Henri. — Tu as bien fait, car la sagesse crie dans les rues et personne n'y fait attention.

Falstaff. — Oh! tu répètes mes mots d'une manière damnable, et tu es en vérité capable de faire damner un saint. Tu m'as fait beaucoup de mal, Hal ; Dieu te le pardonne ! Avant de te connaître, Hal, je ne connaissais rien, et maintenant, si j'ose dire la vérité, je vaux à peine mieux qu'un des damnés. Je dois renoncer à cette vie et j'y renoncerai; par le Seigneur, si je n'y renonce pas, je suis un scélérat; je ne voudrais pas me damner pour tous les fils de roi de la chrétienté.

Le prince Henri. — Où prendrons-nous une bourse demain, Jack ?

Falstaff. — Pardi, où tu voudras, men garçon ; je ferai partie de l'affaire ; si je refuse, appelle-moi scélérat et vilipende-moi.

Le prince Henri. — Je vois en toi un bon amendement de conduite; tu passes de la prière à l'escamotage des bourses.

Entre POINS à quelque distance.

Falstaff. — Eh Hal, c'est ma vocation, Hal; ce n'est pas péché à un homme de travailler selon sa vocation. Poins! — Nous allons savoir siGadshill a pu jeter un filet. Oh !si les hommes étaient sauvés parleur mérite, quel trou dans l'enfer serait a>-se/. chaud pour lui? C'est le plus omnipotent coquin qui ait jamais crié arrête à un honnête homme.

Le prince Henri. — Bonjour, Ned.

Poins. — Bonjour, mon doux Hal. Que dit M. Remords? Que dit Sir John vin sucré? Jack, comment vous arrangez-vous, le diable et toi, à propos de ton àme que tu lui as vendu, le dernier vendredi saint pour un verre de Madère et une cuisse de chapon froid ?

Le prince Henri. — Sir John s'en tient à sa parole, le diable aura son affaire; car il n'a jamais fait mentir les proverbes et par conséquent le diable aura son dû.

Poins. — Alors tu es damné parce que lu gardes parole au diable.

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