‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 99 sur 447 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Le camp des rebelles près de ■Shrewsbury.

Entrent HOTSPUR, WORCESTER, DOUGLAS et VERNON.

Hotspur. — Nous combattrons avec lui cette nuit.

Worckstek. — Cela ne se peut pas.

Douglas. — En ce cas, vous lui cédez l'avantage.

Vernon. — Pas le moins du monde.

HoTsruR. — Pourquoi dites-vous cela? Est-ce qu'il n'attend pas des renforts?

Vf.rnon. — Et nous aussi.

Hotspur. — Les siens sont certains, les nôtres sont douteux.

Worcester. — Mon bon neveu, laissez-vous conseiller; ne bougez pas cette nuit.

Vkrnon. — Ne bougez pas, Milord.

Douglas. — Votre conseil est mauvais : c'est la crainte et la poltronnerie qui vous font parler.

Vernon. — Ne me calomniez pas, Douglas; sur ma vie, — et ma vie je l'engage à prouver ce que je dis, — lorsque l'honneur bien entendu me conseille d'aller de l'avant, je prends aussi peu conseil de la crainte pusillanime que vous, Milord, ou tout autre Ecossais qui soit au monde : nous verrons demain dans la bataille qui de nous a peur.

Douglas. — Oui, ou ce soir.

Vernon. — Soit.

Hotspur. — Ce soir, dis-je.

Vernon. — Allons, allons, cela ne se peut. Je m'étonne beaucoup que des hommes ayant une aussi grande habitude du commandement que vous, ne prévoient pas les obstacles qui doivent retarder notre engagement. Certaine troupe de cavalerie de mon cousin Vernon n'est pas encore arrivée ; les cavaliers de votre oncle Worcester sont arrivés aujourd'hui seulement; leur ardeur et leur entrain sont maintenant assoupis, et la fatigue a si bien dompté et garrotté leur courage qu'il n'est pas un seul cavalier qui soit la moitié de lui-même.

Hotspur. — C'est ce que sont aussi en général les cavaliers de l'ennemi, fatigués du voyage et complètement abattus. La meilleure partie de nos troupes est entièrement reposée.

Worcester. — Les forces du roi dépassent les

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nôtres. Au nom du ciel, cousin, arrêtez jusqu'il ce qu'ils soient tous venus. (Un trompette sonne pour demander un pour-parler.)

Entre sir WALTER BLUNT.

Blunt. — Je viens avec de gracieuses offres du roi, si vous voulez me prêter attention et respect.

Hotspur. — Soyez le bienvenu, sir Walter Blunt, et plût au ciel que vous fissiez partie de notre entreprise ! Quelques-uns d'entre nous vous aiment beaucoup et ceux-là vous envient vos grands mérites et votre bonne renommée, puisque vous n'êtes pas de notre opinion et que vous vous présentez comme notre ennemi.

Blunt. — Et le ciel défende que je me présente comme votre ami, aussi longtemps que vous resterez opposé à Sa Majesté ointe, en dehors de toute raison et de tout loyal devoir ! Mais à mon message; le roi m'a envoyé connaître la nature de vos griefs, et pourquoi faisant surgir du sein de la paix civile cette téméraire hostilité, vous enseignez à son royaume obéissant une criminelle audace. Si le roi a oublié en quelque manière vos bons services, qui sont nombreux, il le reconnaît, il vous ordonne de nommer vos griefs, et sans retard aucun, vos désirs seront remplis avec usure et vous obtiendrez un absolu pardon pour vous et pour ceux qui ont été égarés par vos suggestions.

Hotspur. — Le roi est bon, et nous savons fort bien que le roi sait quand il faut promettre et quand il doit payer. Mon père, mon oncle et moi, nous lui avons donné ce titre royal qu'il porte. Lorsqu'il n'avait pas vingt-six hommes à sa suite, qu'il était malade dans l'estime du monde, misérable, déchu, qu'il était un pauvre proscrit dont on ne tenait compte et qui se faufilait dans son pays, mon père osa lui souhaiter la bienvenue sur le rivage; et lorsqu'il l'entendit jurer et protesterdevant Dieu avec des larmes d'innocence et des accents de sincérité qu'il ne venait que pour être duc de Lancastre, pour réclamer ses droits et solliciter son pardon, mon père, touché de pitié, par bon mouvement du cœur, lui jura assistance, et la lui prêta. Alors quand les Lords et les barons du royaume virent que Northumberland penchait vers lui, grands et petits arrivèrent le saluer du chapeau et du genou, s'attroupèrent autour de lui dans les bourgs, les villes et les villages, l'escortèrent sur les ponts, l'attendirent au coin des

allées, lui présentèrent des dons, lui prêtèrent des serments , lui donnèrent leurs héritiers pompages, marchèrent derrière ses talons en multitudes amies. Lui immédiatement , sentant sa grandeur croître, il va un peu plus loin que la promesse qu'il avait jurée à mon père, alors qu'il étaità se morfondre sur le rivagedeBavenspurg, et il prend sur lui en conséquence de réformer certains édits etcertainsdécretsoppressifsqui pesaient trop lourdement sur l'État; il s'élè\e contre les abus, fait semblant de pleurer sur les griefs de son pays, et par ces grimaces, par ce masque de justice, il gagna tous les cœurs qu'il lui plut de pécher. 11 alla plus loin ; il fit couper les tètes de tous les favoris que le roi absent avait laissés derrière lui comme ses délégués lorsqu'il était en personne à la guerre d'Irlande.

Blunt. — Bon, je ne suis pas venu pour entendre tout cela.

Hotspur. — J'arrive à la question. Peu de temps après, il déposa le roi, et bientôt il le priva de la vie; puis une fois en selle, il écrasa l'état de taxes; pour aggraver cet état de choses, il souffrit que son parent Mardi (qui serait son roi vraiment, si chacun était à sa place légitime), restât prisonnier dans le pays de Galles, sans espoir de rançon. Il essaya de diminuer le fruit de mes victoires heureuses, chercha à me prendre au piège de ses espionnages, chassa mon oncle de la'chambre du conseil, renvoya avec fureur mon père de la cour, brisa serment sur serment, commit outrage sur outrage, et pour conclusion, nous contraignit à chercher notre sécurité dans le rassemblement de cette armée et à examiner de près son titre que nous découvrons trop illégitime pour qu'il puisse le garder longtemps.

Blunt. — Bapporterai-je celte réponse au roi?

Hotspur. — Non, pas celle-là, Sir Walter, nous allons conférer encore un peu. Retournez auprès du roi ; qu'il nous donne quelque gage de sécurité pour le retour, et demain matin de bonne heure, mon oncle ira lui porter nos propositions : làdessus, adieu.

Blunt. — Je souhaiterais que vous acceptassiez ces offres toutes gracieuses et bienveillantes.

Hotspur. — Et peut-être les accepteronsnous.

Blunt. — Je prie Dieu qu'il en soit ainsi ! (Ils sortent.)

LE ROI HENRI IV

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