ACTE II, SCÈNE IY
Ut. ou pour lai ou en second : ah , ta botte immortelle ! le revers, ie ha (1).
BENVOUO.
Que veux-tu dire?
Que le diable confonde leurs sottes manières, leurs grasseyemens, leur affectation et les nouveaux tons de ces faquins : une excellente lame! un gaillard d'une belle taille! une fort bonne créature ! O grand-père, n'est-ce pas une chose déplorable que nous sovons affligés de ces insectes, de ces marchands de nouvelles modes, de ces pardonnez-moi (2), si attachés aux modernes façons, qu'ils ne voudraient pas s'asseoir sur un bauc antique? Oh! leurs os! leurs os (3)!
(Entre Romeo.)
RENYOUO.
Voici Romeo , voici Romeo.
MERCUTIO
Il a perdu son embonpoint : il est sec comme on hareng.— Oh ! l'ami , l'ami , comme tu es maigri ! Te voilà maintenant livré tout entier aux vers tendres qui coulaient à flots de la veine de Pétrarque. .Mais auprès de ta dame, la Laure de Pétrarque n'était qu'une servante, quoiqu'elle eût un meilleur poète pour la chanter dan» ses rimes ; Diilon n'était qu'une dondon , Cléopàtre qu'une vieille Égyptienne; Hélène et Héro n'étaient que des grisettes , Thisbé un petit œil gris ou quelque chose comme cela. Mais revenons à aos moutons. Seigneur Romeo, bonjour; voilà un salut à la française. Vous nous avez donné le change hier au soir.
ROMEO
Salut a tous les deux. Que voulez-vous dire?
MERCUTIO
Oui , vous nous avez mis en défaut : vous nous avez échappé. Ne concevez-vous pas?...
Pardon, cher Mercutio : j'étais bien occupé, et
(1) Ah, ihe intmorial patsado 1 th* punio reverso! iht hay! Le* terme* de l'escrime moderne lonl venu* originairement d'Italie. Le hay, ou ha, est le cri de celui qui porte une botte ■ «on antagoniste ; comme s'il disait , tu fat.
(2) Shakspcare tourne en ridicule le jargon à la mode parmi les jeunes ferrailleurs de son temps, qui avaient emprunté quelques mou de français. La formule pardo**et-moi était la seule réponse soufferte par le bizarre point d'honneur, qui n'endurait aucun autre mot de contradiction.
(3) Calembour qui roule sur le mot français bon et le mot anglais bone (os).
font i.
dans ma position on peut abréger les coraplimens(i).
MERCUTIO
Eh bien , ne vaut-il pas mieux passer le temps à faire ces mauvaises pointes , que de soupirer et gémir d'amour? Allons, Romeo, te voilà sociable ; je te reconnais à présent ; tu es redevenu ce que tu étais : avec cet amour extravagant qui te |>ossédait, tu ressemblais à un grand imbécile, qui court çà et là en se berçant pour trouver où placer sa marotte.
ROMEO
Brisons là , Mercutio, trêve d'esprit.
MERCUTIO
Tu veux queje m'arrête au beau milieu du conte?
Oui; ton conte deviendrait trop long.
MERCUTIO
Oh ! tu te trompes, je l'aurais fait court , j'étais arrivé tout de suite au dénoûment.
(Entrent !■ nourrice *i P»€fre./
ROMEO
Une voile! une voile! une voile!
MERCUTIO
Deux! deux! une jupe et un caleçon.
LA NOURRICE
Pierre!
PIERRE
Tout à l'heure.
LA NOURRICE
Pierre, mon éventail.
MERCUTIO
Bien fait à toi, Pierre, de lui cacher le visage: son éventail est le plus beau des deux.
LA NOURRICE
Dieu vous donne le bonjour, cavaliers.
MERCUTIO
Dieu vous le rende , belle dame,
LA NOURRICE
Est-ce de bon cœur?
Oh ! de très bon coeur : et voyez à ma mine ; je suis votre homme, si vous êtes en humeur.
(1) Letoorneur a passé ici prés d'une colonne de dialogue qui consiste en plaisanteries un peu libres et en jeux de moUquilesl impossible de traduire eueteiiwnt.
JULIETTE
LA NOURRICE
Fi, fi, quel insolent!
ROMEO
Oh, c'est on homme abandonné de Dieu.
LA NOURRICE
Bien dit — Cavaliers , me direz-vous où je pourrais trouver le jeune Romeo?
ROMEO
Moi, je pois vous le dire ; mais je vous préviens que le jeune Romeo sera plus vieux quand vous l'aurez trouvé, qu'à présent que vous le cherchez. Je suis le plus jeune de ce nom, faute de pis.
LA NOURRICE
Vous dites bien.
Oui-dà , le pis est bien? C'est le bien prendre , en vérité , sagement , sagement.
LA NOURRICE
Si c'est vous (qui tMes Romeo ) , seigneur, je désire conférer avec vous.
BENVOUO.
Elle veut lui indiquer quelque souper.
MERCUTIO
Une entremetteuse ! une entremetteuse ! une entremetteuse! Hola! hé (1)!
ROMEO
Qu'as-tn trouvé?
MERCUTIO
Ce n'est pas un lièvre , seigneur, à moins que ce ne soit un lièvre dans un pâté de carême , quelque peu passé et moisi avant qu'on le finisse.
Un vieux lièvre moisi ,
Et un vieui lièvre moisi
Est une trè» bonne viande en carême;
Mai* ud lièvre qui est moisi
Est trop pour une vingtaine ,
S'il est moisi avant d'être fini (2).
Romeo, voulez-vous venir a la maison de votre père? nous y dînerons.
ROMEO
Je vais vous suivre.
(t) S» ho, cri de* chasseurs quand Ils ont fait lever le lièvre.
(2) Tout ce dialogue, depuis km tmtremtttetue jusqu'à avant d'être fini, a été passé dans U traduction de
MERCUTIO
Adieu, vieille dame, adieu ; madame, madame, madame (i). ^ u»ro\k>
LA NOURRICE
Dites-moi donc, je vous prie, quel était cet impertinent si plein de malice ?
ROMEO
C'est un homme, nourrice, qui aime a s'écouter parler, et qui en dit plus en une minute qu'A n'en exécutera en un mois.
LA NOURRICE
S'il s'avise de rien dire contre moi , je le foulerai sous mes pieds, fût-il encore plus robuste qu'A ne l'est , lui et vingt espèces comme lui ; et si je n'étais pas assez forte , je trouverais qui le ferait Cet insolent! Je ne suis pas de ses complaisantes, nous n'avons rien de commun ensemble. Et toi, tu restes la immobile , et tu souffres qu'on me maltraite aussi lestement !
PIERRE
Je n'ai vu personne vous maltraiter; si je Fa- Tais vu , j'aurais bientôt mis flamberge au vent, je vous en réponds; je ne me fais pas plus tirer l'oreille qu'un autre, quand je vois l'occasion d'une bonne querelle, et que j'ai la loi de mon coté. LA NOURRICE.
En vérité, comme si j'étais devant Dieu, je suis si agitée, que je me sens le frisson dans tous les membres.... Cet insolent! — Seigneur, un mot. Comme je vous l'ai dit, ma maltresse m'a envoyée vous chercher ; mais ce qu'elle m'avait chargée de vous dire, je le garderai pour moi. Dites-moi avant tout si votre intention est de lui faire faire une folie : ce serait un tour bien malhonnête, car c'est une jeune demoiselle. C'est pourquoi, si vous en agissiez indignement avec elle , ce serait en vérité un procédé bien malhonnête envers une jeune demoiselle , une fort vilaine façon d'agir.
ROMEO
Nourrice, recommande-moi à ta dame et maîtresse. Je te proteste,...
LA NOURRICE
Ail! la belle amel oui, en vérité, je lui dirai tout cela. Romeo, Romeo, die fera une joyeuse épouse.
(i) Lady, lad», lad9, c'est le refrain d'une vieille