‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 164 sur 689 · LE CITOYEN · texte numérisé non relu

LE CITOYEN

A Dons, suis-moi; je te somme au nom du prince d'obéir.

(Entrent te prince, Monl.lgu. Capulet, leur, femme», etc.) LE PRINCE.

Où sont les vils auteurs de cette querelle?

BENVOUO.

Noble prince, je suis en état de vous raconter toute la malheureuse suite de cette fatale rixe. Voilà celui que le jeune Romeo a tué , et qui avait tué votre parent , le brave Mercutio.

LAD Y CAPCLET.

Tybalt! mon cousin! le (ils de mon frère! O prince ! Ô mon époux ! mon cher cousin ! Oh ! le sang de mon cher Tybalt est tout répandu ! Prince, si vous êtes juste , pour venger ce sang qui est le nôtre , versez celui des Montaigu. O cher cousin ! cher Tybalt!

LE PRINCE

Benvolio, qui a été l'agresseur?

BENVOLIO. ,

Tybalt, qui est la tué de la main de Romeo. Romeo lui a parlé avec douceur ; il Ta prié de considérer combien la querelle était légère ; il lui a fait envisager les suites de votre courroux. Toutes ces représentations , faites dans les termes les plus honnêtes, du regard le plus tranquille , et même daus l'attitude d'un simple suppliant; rien n'a pu mettre un frein à la haine ingouvernable de Tybalt : sourd aux paroles de paix , il pointe son épée contre le sein du brave Mercutio , qui , tout aussi

bouillant que lui, engage fer contre fer dans un duel à mort , et , avec un dédain fier et martial , d'une main repousse la mort , et de l'autre la dirige sur le cœur de Tybalt , qui , par son adresse, sait l'écarter. Romeo leur crie : « Arrêtez, amis! » amis, séparez-vous! » D'un bras agile et plus prompt que sa parole , il baisse vers la terre leurs pointes meurtrières, et s'élance entre eux deux; mais un coup malheureux de Tybalt se fait jour par dessous le bras de Romeo , et va blesser le flanc de l'intrépide Mercutio. Alors, Tybalt se sauve; mais quelques momens après il revient vers Romeo, qui ne faisait que de commoncer à méditer sa vengeance ; et tous deux fondent l'un sur l'autre comme l'éclair : car avant que j'eusse eu le temps de tirer mon épée pour les séparer, Tybalt était tué. Romeo , l'ayant vu tomber, a pris la fuite. Voilà la vérité, ou Benvolio consent

LADY CAPL'LET.

Il est parent des Montaigu : l'affection qu'il leur doit le rend imposteur ; il ne dit pas la vérité. Ils étaient près de vingt qui combattaient dans cette fatale rixe , et les vingt ensemble n'ont pu tuer qu'un seul homme. J'implore ta justice, prince; tu nous la dois. Romeo a tué Tybalt : Romeo ne doit plus vivre.

LE PRINCE

Romeo a tué Tybalt; mais Tybalt a tué Mercutio : qui de vous paiera le prix d'un sang si cher?

LADY MONTAIGU

Ce n'est pas Romeo, prince. 11 était l'ami de Mercutio : toute sa faute , en ôtant la vie à Tybalt , est d'avoir fait ce qu'eût fait la loi.

LE PRINCE

Oui ; et , pour cette faute , nous l'exilons sur l'heure de celte ville. Je suis intéressé moi-même dans les suites de vos haines ; mon sang coule ici pour vos querelles féroces; mais je saurai vous imposer une si forte amende, que je vous ferai repentir tous de la perte que vous me faites éprouver. Je serai sourd à vos excuses, à vos discours; ni larmes ni prières ne pourront racheter vos offenses : ainsi épargnez - vous ces supplications. Que Romeo disparaisse promptement de cette enceinte, ou l'heure qui l'y verra surprendre sera la dernière de sa vie. Emportez ce corps , et attendez nos ordres. La clémence qui pardonne à l'homicide assassine.

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