‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 184 sur 689 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

btr. FRÈRE JEAN.

FRERE JEAN

Saint frère franciscain, mon frère! botàl

(Ralre frère Unrenee.)

Je crois entendre la voix de frère Jean.— Sois le bien-venu de Mantoue ; quelles nouvelles de Romeo? Ou s'il a écrit ses sentimens , donnemoi sa lettre.

FRÈRE JEAN

Sur le point de partir, j'allais chercher nn frère de notre ordre pour m'accompagner; il était à visiter les malades de cette ville. Je le trouvai; mais les gardes de la ville, soupçonnant que nous étions tous deux dans une maison infectée de la contagion , ont fermé les portes et n'ont jamais voulu nous laisser sortir. Ma course vers Mantoue a été arrêtée là.

FRERE LAURENCE

Qui donc a porté ma lettre à Romeo?

FRÈRE JEAN

Je n'ai pu l'envoyer ; je l'ai encore dans mes mains. Je n'ai même pas pu trouver de messager qui te la rapportât, tant ils redoutaient la contagion!

FRÈRE LAURENCE

O funeste contre-temps ! Par notre saint fon- | dateur, cette lettre n'était pas indifférente ! Elle

ROMEO ET JlTMETTii.

portait un message de la plus grande importance, et ce retard peut entraîner les plus grands malheurs. — Frère Jean, pars, va me chercher un levier de fer, et me l'apporte prouiptement dans ma cellule.

FRÈRE JEAN

Frère, je vais te l'apporter.

(Iliort.)

FRERE LAURENCE

Il est temps que je me rende sous la voûte sépulcrale, et avant trois heures je dois éveiller la belle Juliette.— Elle va me charger de malédictions, eu apprenant que Romeo n'a pas eu connaissance de ce qui vient d'arriver ; mais je récrirai de nouveau à Mantoue, et je garderai Juliette dans ma cellule jusqu'à l'arrivée de Romeo. — Pauvre Juliette ! enfermée toute vivante dans la tombe d'un mort !

(n tort.)

scèxe m.

HT irFlïTISIST

PARIS .t .on PAGE oui port, un. torche.

PARIS

Page, donne-moi ton flambeau. Éloigne-toi et t<- tiens à l'écart. — Non, remporte-le : je ne veux pas être vu. Va te coucher là-bas sous ces cyprès, et applique ton oreille à la terre : nul pied ne foulera le cimetière que lu n'entendes ses pas , tant sa surface est affaiblie et mouvante à force d'y creuser des tombeaux! Si tu entends quelqu'un approcher, avertis-moi par un coup de sifflet — Donne-moi ces fleurs. Fais ce que je t'ordonne : va.

LE PAGE

Je suis presque effrayé de rester seul ici dans ce cimetière ; cependant je vais m'y aventurer.

PARIS , jeuot dea faon.

Tendre rose, je sème des fleurs sur l'entrée de ton lit Belle Juliette , qui partages le séjour des anges , accepte ce dernier hommage de ma main. Vivante , je t'honorai ; morte , je viens rendre à ta tombe ces tristes et derniers devoirs.

(Lepegetifle.)

Mon page m'avertit que quelqu'un approche : quel pied sacrilège erre dans ces lieux pendant la

nuit? Vient-on troubler mes tristes fonctions et le culte d'un fidèle amour? Comment, avec un flambeau? O nuit! cache-moi un moment dans tes voiles.

( Entrent Romeo et Baltneiar, qui porte nne lorebe, etc.) ROMEO.

Donne-moi cette pioche et ce levier de fer. Tiens, prends cette lettre , et demain dès le jour songe à la remettre à mon père. Donne-moi ton flambeau. Sur ta vie, je t'enjoins, quoi que tu puisses entendre ou voir, de rester au loin à l'écart, et de ne pas m'interrompre dans le cours de mes résolutions. Si je descends dans cet asile de la mort, c'est pour contempler encore les traits de ma bien-aimée ; je veux aussi ôter de son doigt insensible un anneau précieux , un anneau dont j'ai besoin pour un usage qui est cher à mon cœur. Ainsi, éloigne-toi de moi, va-t'en. — Si, poussé par un soupçon curieux , tu reviens épier ce que j'ai dessein d'exécuter, par le ciel ! je te déchirerai en pièces, et je joncherai de tes lambeaux ce cimetière affamé. L'heure , le lieu , mes projets sont sauvages et farouches ; ils sont plus terribles, plus inexorables que les tigres ou la mer en furie.

BALTHAZAR

Je vais me retirer, seigneur, et je ne vous troublerai point.

ROMEO

C'est en m'obéissant que tu me prouveras ton attachement. Prends cela. Vis et sois heureux. Adieu , honnête serviteur.

BALTHAZAR

C'est parce que je le suis, que je veux me cacher ici autour. Ses regards m'ont rempli d'effroi , je redoute ses desseins.

ROMEO

Toi, détestable gouffre, bouche de la mort, qui as englouti ce que la terre possédait de plus précieux , c'est ainsi que je force tes mâchoires pourries de s'ouvrir. Tu dois être assouvie; mais je veux te gorger encore d'une nouvelle proie.

(Jl enfonce U porte dm monaoenl.) PARIS.

C'est lui, c'est ce hautain Montaigu, banni , qui a tué mon cousin , meurtre dont le chagrin, à ce qu'on croit , a causé la mort de la belle Juliette. Sans doute il vient ici dans quelque lâche dessein , pour insulter à ces cendres inanimées. Je veux le

Page 1