SCÈNE V
PARIS
Oh ! je sois mort! S'il te reste quelque pitié , ourre la tombe, et me couche à coté de Juliette.
ROMEO
D'honneur, je le ferai. (U moa rM le corna avec le pied.) Laisse-moi parcourir tes traits. ( a part*. ) Donne-moi u main , toi dont le nom était écrit avec le mien dans le livre du malheur ; je veux t'ensevelir dans un tombeau glorieux. Que dis-je, un tombeau I non , c'est un paradis , jeune infortuné : car Juliette y repose.
(KnSn, k force de eoap* M enfonce la porte, les deux battant s'ouvrent; on voit l'intérieur d'un raveaa imité de ceux qui eont dans quelques église». Outre plusieurs corps de Capalet qui remplîiaeat des cercueil*, il y en a d'autre» autour de U voûte. I.os murailles aoot ei de salpêtre d'aa rert obscur que Iotbx lieux «ou terrain». Jnlielte parait eor le la bicre, enaerclie dana m aaaire, tenant an erociftx : ton visage est découvert et sa bière ouverte saivant l'usage d'Iulie; ■ne lampe npu!-. rJc su'ficnduc à la voûte , ajoute k la léuébreute borner da lien, et rend tous les objet» livides. )
(Romeo semble être parlapl entre le frémissement rt le respect : il ae jette k genoux devant la bière de Juliette.)
O amante adorée, 6 mon épouse! l'affreuse mort, qui a sucé l'ambroisie de ton baleine, n'a point eu le pouvoir de détruire tes charmes : tu n'es pas encore conquise ; le coloris de la rose est sur tes joues, et un vif incarnat anime encore tes lèvres. Dis, Juliette, pourquoi es-tu si belle encore? — Ici je veux établir mon éternel repos, et secouer enfin te joug des étoiles ennemies , en me séparant de ce corps lassé du monde et de la vie.— (AapoiaoB.) Viens, ô toi, guide sinistre et fâcheux pilote du désespoir , brise sur les écueils ma barque fatiguée d'errer. — Poison , voici l'heure pour laquelle je t'avais réservé, (il tirade «a
poche un vaae fermé, daoa teqae! eal le poison , et l'ouvra. )
Voici pour boire à toi, ma bien-aimée. ( u boit le poison. ) O mes yeux , jouissez de votre dernier regard; mes bras, pressez- la pour la dernière fois contre mon cœur; ct vous, mes lèvres, imprimez
sur sa bouche un chaste baiser. ( n ee penebe pour ,) Arrêtons : elle respire , elle s'agite !
(T>aus re momi-nt Juliette ae levé lentement, comme un spectre,' dn foad de sa bière, et se met sur son aéaat , les jeux fermés et taajoars le crecilx entra les mains. Ruraeo, saisi d'horreur, tombe k la renverse, et ne revient k lai qoe long-tempe après.)
JULIETTE
Où suis-jeî Défendez-moi.
ROMEO avec transport.
Elle vit! elle respire! elle parle, et nous pourrons être heureux encore! O destin propice! ta me paies dans un seul moment tous les maux que j'ai soufferts. — Lève-toi, ma Juliette, quitte ce séjour de ténèbres et d'horreur, tombe dans les bras de ton cher Romeo , viens respirer la vie sur ses lèvrtt, et renais à la lumière ct à son
(Il lui prend la nain.) JULIETTE , regardant aotonr d'elle d'un air égaré.
Bénissez-moi , grand Dieu ! Quel froid je sens ! Qui est là?
Ton époux; c'est ton Romeo, Juliette, qui passe du désespoir à une joie ineffable. Sors de ce tombeau , fuyons ensemble.
(Il reniera et l'Aie de sa Uèra.) JULIETTE résistant.
Pourquoi me fait-on violence? Je u'y consentirai jamais..... Mes forces peuvent m'abandon-
ner , mais ma volonté est immuable Je ne
veux point épouser Paris..... Romeo est mon époux.
ROMEO
Ses sens sont encore égarés: Dieu du ciel, rends-lui-en l'usage ! — Romeo est ton époux : je suis Romeo ; et toutes les puissances réunies de la terre et des hommes ne pourront jamais rompre nos nœuds ni t'arracher de mon cœur.
Je reconnais cette voix : sa
(1) Letourneur a donné le cimniiéme scie de Romeo et Jouette . avec le* changement fait* par Garrick , et a rejeté à la tin de la pièce le texte de Shakspeare. Nous avon» cru devoir faire tout le contraire. En cfTcl , n'cjt-tl pas naturel de donner un ouvrage tel que l'auteur la composé, et de donner ensuite Ici change mens que des maiua étrangères ont pu y faire? ( J. A. H. )
Tost I.
ROMEO ET JULIETTE
et rassure mon ame effrayée. — A présent je me rappelle chaque circonstance. O mon amant ! Ô
mon épOnX!(Ello i'iwim pour l'embrasser. Dana le Bornent le poison agit sur Romeo, qui lutte en rein contre lui. )
Pourquoi m'évites-tu, Romeo? Laisse-moi loucher ta main et respirer le parfum de tes lèvres. — Tu me glaces de terreur : parle. Oh ! fais-moi entendre uoe autre voix que la mienne sous ces
voûtes effrayantes , ou je vais retomber Mes
genoux chancellent, soutiens ta Juliette.
ROMEO chancelant.
Hélas ! je ne le puis : je n'ai plus de forces ; moi-même j'aurais besoin de ton faible appui. Cruel poison!....
JULIETTE
Du poison ! Que dit mon époux? Ta voix tremblante, tes lèvres décolorées, tes yeux éteints, la mort sur ton visage
ROMEO
Il est trop vrai ; je lutte sans espoir contre elle. Les transports que j'ai éprouvés lorsque j'ai en tendu ta voix , que j'ai vu tes yeux s'ouvrir , ont suspendu pour un moment sa course impétueuse , « t toutes mes pensées étaient mou bonheur et toi; mais, à présent, le poison coule dans mes veines.
(T.e* effets du poison sont rendus par Romeo avec la r^riuî de la nature : il «n courbe , il se relère, et parait presser avec ses mains son sein douloureut ; et de temps en temps il lui échappe des cris. }
Je n'ai pas ic temps de te raconter Mon
destin m'a conduit dans ce lieu pour te dire
ce triste et dernier adieu de mon amour, cl mourir avec toi.
JULIETTE
Mourir? Ah ciel! Laurence m'a-t-il trompée?
ROMEO
Je ne comprends point ce discours. Je t'aî crue morte : désesj>éré , j'ai bu ce poison. O fatale précipitation ! J'ai ouvert ta bière , j'ai pressé tes lèvres , et je goûtais le bonheur de mourir dans tes bras Mais dans cet instant Oh !
JULIETTE
Et c'était pour te voir ainsi , que je me suis réveillée!
ROMEO
Toutes mes facultés sont anéanties. La mort et
l'amour se disputent le souffle qui me reste
Tous deux me tourmentent et nie déchirent; mais la mort est la plus forte ; il faut te quitter,
Juliette. Barbare, impitoyable sort!... A la porte
des cieux
JULIETTE
Tu es dans le délire : repose-toi sur mon sein.
ROMEO
Les pères ont des entrailles de pierre : ni les prières ni les larmes ne peuvent les attendrir : la nature parle en vain , les enfans sont voués au malheur.
JULIETTE pleurant.
Oh ! mon cœur se brise.
ROMEO dam le d<Cre.
Elle est ma femme , nos cœurs sont joints pour jamais l'un à l'autre. Capulet, épargne ta fille; Piris, arrête, ne tente point de les désunir. Ah !.. tu les brises , tu les déchires sans les séparer. Oh ! Juliette! Juliette!
{ Il tombe sur la terre , et après des cooralsions il expirej , JULIETTE.
Attends un moment encore, attends ton épouse, Romeo. Le destin nous marie dans la mort, nous ne faisons qu'un , et nul pouvoir ne pourra nous séparer.
(Elle se jette «or le corps de Romeo, l'embrasse, et demeure sans mou Yémen t. Frère Laurence entre, tenant une lanterne , une pioche et aneepée.)
FRfcRE LAURENCE arancut et regardant autour de lui.
Ob ! combien de fois dans la nuit mes pas
chanceians ont heurté contre ces tombeaux !
Que vois-je?.... Quels traits de sang souillent rentrée et les marbres de ce monument !
JULIETTE
Qui vient en ce lieu?
FRÈRE LAURENCE
Juste ciel ! Juliette éveillée , et Romeo mort
auprès d'elle! Un autre cadavre! C'est
Pàris! Oh! quelle heure désastreuse a été
souillée de tant d'horreurs !
JULIETTE embrassant le corps de Romeo.
Il est encore ici ; je veux le serrer davantage contre mon sein : ils ne l'arracheront pas de mes bras.
FRÈRE LAURENCE
Calmez-vous, Juliette; que la patience
JULIETTE
La patience! (EiieièreUtéte.) Quelle est cette voix ! — Oh ! te voilà donc, moine abominable.' La patience ! Que parles-tu de patience à une infortunée comme moi?