‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 191 sur 689 · ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V

FRÈRE LAURENCE

O trop fatale erreur! Hélas! levez-vous, belle infortunée , et fuyez cet empire de la mort.

JULIETTE

Ne m'approche pas, ! Elle raaasie le poignard de Romeo.)

ou ce poignard va venger sur toi la mort de mon

CJK)UX.

FRERE LAURENCE

Je ne suis pas étonné que vos malheurs vous aient conduite au désespoir.

( On retend plusirari roix dam lYloignement. ;

Quel bruit entends-je? Chère Juliette! fuyons de ces lieux. Un pouvoir au-dessus dos forces de l'homme a traversé nos desseins. Venez, hàtez- \otis de fuir. Je saurai vous placer, ô trop malheureuse épouse, dans une retraite de saintes religieuses. Ne perdez pas de temps à me répondre : — le bruit redouble : fuyons, fuyons, chère Juliette.

( Il tcuI l'aida r k M relerer , et elle le repoaaae. )

Oh ! la garde avance Je n'ose rester un

moment de plus.

: Il sort.)

JULIETTE

Sors , sors de ce lieu ; moi , je n'en veux plus

sortir Quel objet frappe ma vue? Une Oole!

ah! c'est elle qui a tranché la pauvre vie de

Romeo. (Elle prend la fiole qu'elle troure vide. ) O ingrat !

de l'avoir toute épuisée , sans en laisser une seule goutte à ton épouse , pour la secourir après toi. Je veux baiser tes lèvres. (Elle rembra»»e.) Peut-être y recueillerai -je encore quelques gouttes du poison secourable.

( La garde et le page tonl entre» dans legUse, malt San* qu'on le* voie. )

L'OFFICIER

Conduis-nous, page. Quel chemin faut-il suivre ?

JULIETTE

Écoutons.... Encore le son d'une voix? Je vais hâter l'instant. O heureux poignard ! toi, (An fourreau qu'elle j«ue.; va pourrir ici , et laisse-moi mourir.

( lias m frappe do pluiicur» coupa, te courba sur 1* poignard pour le mieux enfoncer, le tourne dan» te» blesaure» et te» déchire arec fureur; te précipitant ensuite »ur Romeo, cilo ■Mi )

( La garde et le page paraiœnt. ) LE PAGE.

Mon prince, voilà la place.

(Le prince entra; Caputet arrit».)

1E PRINCE

Quel nouveau malheur a devancé le jour et vient troubler mon repos si matin ?

CAPl'LET.

Quel est le sujet de ces cris effrayans? Le peuple en foule dans les rues, crie, Romeo; d'autres, Juliette; d'autres, Paris; et tous courent vers notre monument.

LE PRINCE a l'officier.

Qu'avez-vous dit ? Quelles terreurs ont frappé notre oreille épouvantée?

l'officier.

Seigneur, à l'entrée de ce caveau Paris est mort, et Romeo aussi; et Juliette, qu'on disait morte il y a deux jours, n'est pas froide encore : elle vient d'expirer.

( Le prince, entrant dan» le monument, aperçoit la vieux Mnniaigu.)

le prince.

Approche, Montaigu ; tu t'es levé dès le jour pour voir ton fils, ton unique héritier, déjà couché sur la poussière.

MONTAIGU

Hélas ! prince, ma femme est morte cette nuit ; la douleur de l'exil de Romeo l'a suffoquée. — Quel nouveau malheur conspire encore contre mes vieux ans ?

LE PRLNCE.

Regarde ici , et vois.

MONTAIGU

O cruel lils! Quelle barbarie, de devancer ton père au tombeau 1

LE PRINCE

Suspends un moment tes reproches, jusqu'à ce que nous ayons pu éclaircir ces affreux mystères et en pénétrer l'origine et la cause. Jusqu'à ce moment, modère-toi, et que la patience contienne tes plaintes. (Aux garde».) Amenez devant moi les parties soupçonnées.

FRÈRE LAURENCE wrtant do milieu de ce» tombeaux.

C'est moi qui parais le plus coupable.

LE PRINCE

Apprenez-nous donc en peu de mois ce que vous savez de ce désastre .

Écartons-nous de cette scène de carnage, j« vous raconterai tout en d'autres lieux. S'il est ar-

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