‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 203 sur 689 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

COMINIUS, frisant retraite arec dat soldat*.

COMINIUS

Respirez , mes amis ; bien combattu ! nous quittons le champ de bataille en vrais Romains, sans folle témérité dans notre résistance, sans lâcheté dans notre retraite. — Croyez-moi , mes amis, nous serons encore attaqués. Dans la chaleur de Faction , nous avons entendu par intervalles les clameurs de nos amis apportées par les vents : ils combattaient de leur coté. Dieux de Rome, accordez-leur le succès que nous désirons pour nous-mêmes 1 Faites que nos deux armées se rejoignent, le sourire de la victoire sur le front, et puissent vous offrir ensemble un sacrifice d'actions de grâces.

(Entre un messager.)

Quelles nouvelles?

LE MESSAGER

Les habitans de Corio.es ont fait une sortie et livré bataille à Lartius et Marri us. J'ai vu nos troupes repoussées jusque dans leurs retranchemens, et aussitôt je suis parti.

Quand tu dirais la vérité, ton récit, ce me semble , serait suspect. Combien y a-t-il que tu es parti?

LE MESSAGER

Plus d'une heure, seigneur.

COMINIUS

Quoi ! il n'y a pas un mille de distance. Dans l'instant nous entendions encore leurs tambours. Comment as-tu pu employer une heure à parcourir un mille, et m'apporter des nouvelles si tardives?

LE MESSAGER

Les espions des Volsques m'ont donné la chasse, et j'ai été forcé de m'écarter de trois ou quatre

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milles environ de ma route : sans cela , seigneur, vous m'auriez vu une demi -heure plus tôt apporter cette nouvelle.

(Entre Bsrcios )

Quel est ce guerrier là-bas, qui s'avance tout couvert de sang? O dieux! il a la contenance et la physionomie de Marcius; et ce n'est pas la première fois que je l'ai vu dans cet état!

MARCIUS

Suis-je venu trop tard?

COM1NIUS.

Le berger ne distingue pas mieux le tonnerre d'un tambourin, que moi le son de la voix de Marcius de celle de tout homme vulgaire.

MARCIUS

Suis-je venu trop tard?

COMDOtS.

Oui , si vous ne revenez pas couvert du sang des ennemis, mais du vôtre.

MARCIUS

Oh ! laissez-moi vous serrer dans mes bras aussi tendrement que lorsque je faisais l'amour à mon épouse; vous presser contre mon cœur aussi joyeux que le premier soir de mes noces, lorsque les flambeaux de l'hymen brûlaient près de ma couche nuptiale.

GOMDOUS.

Fleur des guerriers, que lait Titus Lartius?

Il est occupé à porter des décrets : il condamne les uns à mort , les autres à l'exil ; rançonne l'un , fait grâce à l'autre ; épouvante le reste par ses menaces; il régit Corioles au nom de Rome, et la gouverne comme une meute docile, qui caresse la main maîtresse de sa liberté.

COIDNIUS.

Où est ce malheureux qui est venu m'annoncer que les Yolsques vous avaient repoussés jusque dans vos retranchemens? Où est-il? Qu'on le fesse

laissez-le en paix ; il vous a dit la vérité. Mais pour nos seigneurs les plébéiens... il leur faut des tribuns!... La peste pour eux! Non, la craintive souris n'a jamais fui la présence du chat perfide , comme ils fuyaient devant une populace volsque , plus méprisable qu'eux encore.

COHINIUS.

Mais comment avez-vous fait pour triompher?

MARCIUS

Ce temps est-il fait pour remployer en récits? Je ne crois pas... Où est l'ennemi? Êtes-vous maîtres du champ de bataille? Si vous ne l'êtes pas, pourquoi rester dans l'inaction, avant que vous le soyez devenus?

COMUN'IUS.

Marcius, nous avons combattu avec désavantage; et nous avons fait une retraite prudente, pour assurer l'exécution de nos desseins.

MARCIUS

Quel est leur ordre de bataille? Savez-vous de quel côté sont placées leurs troupes d'élite? COM1MUS.

Suivant mes conjectures, leur avant-garde est formée des Ântiates, qui sont leurs meilleurs soldats ; à leur tète est Auûdius, le centre de toutes leurs espérances.

MARCIUS

Je vous conjure , au nom de toutes les batailles où nous avons combattu , de tout le sang que nous avons versé ensemble , au nom des vœux que nous avous faits de rester toujours amis, envoyez-moi sur-lc-cbamp contre Auûdius et ses Antiates, et ne perdons pas l'occasion dans les délais. Remplissons l'air de traits et d'épées nues; tenions à cette heure même

J'aimerais mieux vous voir conduire à un bain salutaire, et panser vos blessures; mais jamais je n'ose vous refuser ce que vous demandez. Choisissez vous-même parmi ces soldais ceux qui peuvent le mieux seconder votre entreprise.

MARCIUS

Je choisis ceux qui voudront me suivre. S'il en est parmi vous quelqu'un (et ce serait un crime d'en douter) qui aime sur son visage le fard dont il voit le mien coloré, qui craigne moins pour ses jours que pour son honneur, qui pense qu'une belle mort est préférable à une vie honteuse, et qui aime plus sa patrie que lui-même; que ce brave soldat seul , ou d'autres avec lui, s'il en est plusieurs qui partagent ses sentimens, brandisse comme moi son épéc en témoignage de ses dispositions, et suive Marcius.

( Tcmu ensemble poussent an rri, agitant leurs épées, Aèrent Msrelos «or leurs bru . «t tant voter leurs bonnets es l'air.)

Oh ! moi seul pour arme ; je vous suffirai : faites

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