‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 217 sur 689 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Bairat iept o« Irait CITOYENS.

En un mot, s'il demande nos voix, nous ne devons pas les lui refuser.

SECOND CITOYEN

Sans doute : nous avons bien ce pouvoir en nous-mêmes; mais c'est un pouvoir que nous ne sommes pas libres d'exercer; car s'il nous montre ses blessures et nous raconte ses exploits , nous serons forcés de baiser ses cicatrices , et nous leur prêterons une voix qui parlera pour elles. Oui , s'il nous raconte tous ses nobles exploits, nous serons bien forcés de parler aussi de notre reconnaissance , et de nous montrer à lui avec honneur. L'ingratitude est un vice monstrueux; et, si le peuple était ingrat, ce serait alors qu'il serait vraiment un monstre. Nous sommes les membres du peuple ; nous deviendrions donc des membres monstrueux, et ce serait notre ouvrage!

PREMIER CITOYEN

Nais pour avoir de nous-mêmes cette idée, nous pourrions nous en rapporter à lui ; car lorsque nous nous sommes soulevés pour le prix du

CORIOLAN

blé , il n'hésita pas à nommer le peuple le monstre à cent Uns.

TROISIÈME CITOYEN

Il n'est pas le seul qui nous ait appelés de ce nom , non pas parce que les uns ont la chevelure brune , les autres noire, ou parce que ceux-ci ont une tête chevelue , et ceux-là une tête chauve ; mais à cause de cette grande variété d'esprits de toutes couleurs qui nous distingue. Et en effet, si tous nos esprits sortaient à la fois de nos cerveaux, on les verrait en même temps à l'est, à l'ouest, au nord et au sud. En partant du même centre, ils arriveraient en ligne droite à tous les points de la circonférence.

SECOND CITOYEN

Vous le croyez? Quelle route prendrait mon esprit, à votre avis?

TROISIÈME CITOYEN

Oh ! votre esprit ne délogerait pas aussi promptement qu'un autre , tant il est enfoncé et chevillé dans votre grosse tête ; mais si une fois il pouvait s'en dégager , sûrement il irait droit au sud.

SECOND CITOYEN

Pourquoi de ce côté-la?

TROISIÈME CITOYEN

Pour se perdre dans un brouillard , où, après s'être évaporé jusqu'aux trois quarts , et fondu dans une épaisse rosée , le reste reviendrait charitablement vous aider à trouver une femme.

SECOND CITOYEN

Vons avez toujours le mot pour rire : je vous le permets, je vous le permets.

TROISIÈME CITOYEN

Êtes-vous résolus à donner votre voix? Mais lieu importe que tous la donnent : la pluralité décide ; pour moi je dis que si Coriolan s'humilie devant le peuple , jamais il n'eut son égal en mérite.

(EotTMl Coriolan et Heiwaiai.)

Le voici , vêtu de la robe et de l'humble appareil d'un candidat ; observons sa conduite. Ne nous tenons pas ainsi tous ensemble ; mais approchons de l'endroit où il se lient debout , un à un ; deux à deux , ou trois à trois; il faut qu'il nous présente sa requête à chacun en particulier, afin que chacun de nous reçoive un honneur personnel , en lui donnant notre voix de notre propre bouche. Suivez-moi donc , et je vous montrerai comment nous devons l'approcher.

TOUS

Oui, volontiers, volontiers.

MENEN1US.

Ah! Coriolan, vous avez tort : ne savez-vous pas que les plus illustres Romains ont fait ce que vous faites?

CORIOLAN

Aujourd'hui, que faut-il que je dise? Aidezmoi , je vous prie , seigneur. Maudit usage ! Non , je ne pourrai jamais m'humUier jusqu'à dire à. un plébéien : Voyez mes blessures ; je les ai reçues au service de ma patrie, tandis que certains Romains de votre classe rugissaient de peur, et fuyaient le bruit de nos instrumens guerriers.

MENEMDS.

O dieux! ne parlez pas de cela. Il faut les prier de se souvenir de vous.

CORIOLAN

Eux, se souvenir de moi?- Que l'enfer les engloutisse ! Je voudrais qu'ils m'eussent oublié , comme ils oublient les menaces que nos augures leur répètent en vain de la part des dieux.

MENENIl'S.

Vous gâterez tout. — Je vous laisse. Parlezleur, je vous prie, avec douceur, comme il convient à votre but; encore une fois, je vous en conjure.

(Des citoyen* approchent.} CORIOLAN.

Dites-leur donc de se décrasser les mains et de se laver le visage. — Ah ! j'en vois deux qui s'avancent.— Voussavez pourquoi je suis ici debout, plébéiens?

PREMIER CITOYEN

Oui, nous le savons. Dites-nous pourtant ce qui vous y conduit.

CORIOLAN

Mon mérite.

SECOND CITOYEN

Vou*c mérite?

CORIOLAN

Oui , et non pas ma volonté.

PREMIER CITOYEN

Pourquoi pas votre volonté?

CORIOLAN

Non , ce ne fut jamais ma volonté d'importunet le pauvre de mes demandes.

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