ACTE II
pouToir, petit serviteur de la république, il fut votre ennemi ; qu'il déclama toujours contre vos libertés, et attaqua les privilèges que vous avez dans l'état; que s'il parvenait au souverain pouvoir dans Rome , s'il restait toujours l'ennemi déclaré du peuple , votre bonté , en lui donnant vos voix, vous deviendrait fatale à vous-mêmes? Au moins vous deviez lui dire que , si ses grandes actions le rendaient digne de la place qu'il demandait, son bon naturel devait aussi lui apprendre à estimer vos voix ce qu'elles valent; à faire succéder à sa haine injuste contre vous un véritable amour, en se montrant votre zélé protecteur.
SIONIUS.
Si vous aviez parlé de la sorte , et suivi nos conseils, vous auriez sondé son ame, et mis ses sentimens à l'épreuve ; et vous lui auriez arraché dos promesses avantageuses, qu'il eût été forcé de tenir dans l'occasion : ou bien vos procédés auraient irrité cette fierté naturelle, cette violence que rien ne peut modérer ni contraindre ; il serait devenu furieux , et sa rage vous aurait servi de prétexte pour passer sans l'élire.
BRUTUS
Avez-vous remarqué avec quelle indifférence et quel mépris il sollicitait votre faveur, au moment même où il en avait besoin ? Et pensez- vous que ce mépris ne vous accablera pas, dès que votre ennemi aura le pouvoir de vous écraser? Pourquoi n'êtes-vous qu'un corps sans ame? Ou pourquoi avez-vous une voix , si elle ne vous sert que pour contrarier la raison qui devrait vous guider ?
SIONIUS.
N 'avez-vous pas refusé jusqu'à présent votre suffrage à plus d'un candidat qui l'a sollicité? Et aujourd'hui vous l'accordez à un homme qui, au lieu de le demander, ne fait que se moquer de
TROISIÈME CITOYEN
Notre choix n'est pas confirmé ; nous pouvons le révoquer encore.
SECOND CITOYEN
Et nous le révoquons : j'ai cinq cents voix d'accord avec la mienne.
Moi j'en ai mille, et des amis encore pour les soutenir, et pour réparer leur sottise.
BRUTUS
Allez à l'instant leur dire qu'on a choisi un