ACTE II, SCÈNE I
droits, et an temps ses chartes antiques et ses privilèges consacrés par la coutume , que le lendemain ne succède donc plus au jour qui luit; consentez donc à cesser d'être ce que vous êtes. Car comment Ctes-vons roi, si ce n'est par l'ordre naturel d'une descendance et d'une succession légitimes? J'en atteste le ciel (veuille le ciel me démentir l ), si par une injustice vous vous emparez de l'héritage d'Hereford, si vous annulez les titres authentiques présentés par ses mandataires pour revendiquer sa succession , et que vous refusiez l'hommage offert par Ini , vous amassez mille dangers sur votre tête , vous perdez mille cœurs qui vous sont attachés ; et, malgré mon zèle pour vous, vous forcez ma patience à se permettre des pensées que réprouvent l'honneur et la foi d'un sujet fidèle.
RICHARD
Pensez ce qu'il vous plaira; nous saisissons dans nos mains son argenterie , ses biens, son argent et ses terres.
YORK
Je n'en serai pas témoin. — Adieu , mon souverain. — Quelles seront les suites de ceci?... personne ne peut le dire. Mais d'injustes violences donnent lieu de présumer que leurs suites ne peuvent jamais être heureuses.
(11 tort.)
Busby, allez sans délai trouver le comte de Wiltshire ; dites-lui de se rendre auprès de nous à Elyllouse, pour procéder à cette opération. Demain nous partons pour l'Irlande, et le temps presse , je le sens. Nous créons notre oncle York régent de l'Angleterre en notre absence ; car c'est un homme de bien , et qui nous a toujours tendrement aimé. — Tenez , reine ; demain il faudra nous séparer : prenez courage. Nous n'avons pas long-temps à rester ensemble.
( Fanfare*. — Le roi «t la reine , elc., mtooi.) NORTHUMBERLAND.
Eh bien , lords , le duc de Lancastre est donc mort?
ROSS
Et vivant ; car maintenant son fils est duc.
W1LLOUGHBY.
De nom seulement , mais sans revenu.
NORTHUMBERLAND
11 4e serait en titre et en fortune, si la justice avait ses droits.
ROSS
Mon cœur est plein ; mais il faut qu'il se brise dans la contrainte du silence, plutôt que de se soulager de son poids en parlant librement.
NORTHUMBERLAND
Non, déclare ta pensée ; et que la parole soit interdite pour jamais à celui qui répétera les tiennes pour te nuire.
WHXODGHBY.
Ce que tu veux dire intéresse-t-il le duc d'Hereford? S'il est question de lui, parle hardiment , ami. Mon oreille est ouverte à celui qui parle pour son bien.
ROSS
Du bien ! il n'en est point que je puisse lui faire, à moins que vous n'appeliez de ce nom la pitié que je sens pour lui, en le voyant dépouillé et indignement privé de son patrimoine.
HORTH U MBERLAND.
Devant le ciel, qui m'entend, c'est nne honte de souffrir de semblables injustices sur ce royal prince, et sur tant d'autres d'un sang illustre dans ce royaume en décadence. Le roi n'est plus luimême. H se laisse honteusement gouverner par des flatteurs ; et tout ce qu'ils voudront entreprendre par pure haine contre chacun de nous tous, le roi le poursuivra avec rigueur contre nous, notre vie , nos enfans et nos héritiers.
ROSS
Ii a surchargé le peuple de taxes exorbitantes, et il a tout à fait perdu leurs cœurs. Il a, pour de vieilles querelles , condamné les nobles à de grosses amendes , et il a aussi perdu leurs cœurs.
WHLOUGHBY.
Et chaque jour nouveaux systèmes d'exactions nouvelles, comme ùiancs-seings, dons gratuits; et connais-je tous ces noms? Mais, au nom de Dieu, quel en est l'emploi?
NORTHUMBERLAND
Ce n'est pas la guerre qui les a consumés; il n'a point fait de guerres : ce qu'il a fait, c'est de livrer a des fermiers, par un lâche contrat, le royaume que ses ancêtres avaient conquis aux dépens de leur sang. Il a plus dépensé dans la pai \ qu'ils n'ont fait dans tontes leurs guerres.
ROSS
Le comte de Wiltshire tient le royaume a ferme ;
RICHARD II
WILLOt'GHBY.
Le roi s'est fait banqueroutier, comme un marchand ruiné!
NORIHUllRERLAND.
L'opprobre et la destruction sont suspendus sur sa tète.
ROSS
H n'y a point de fonds pour ces guerres d'Irlande , malgré tous ses accablans impôts, et il faut qu'il dépouille, comme un voleur, le duc banni !
NORTHUMBERLAND
Son noble parent ! — O roi dégénéré ! — Mais, lords, nous entendons gronder cette horrible tempête, et nous ne cherchons aucun abri contre l'orage ; nous voyons l'ouragan se déchaîner contre nos voiles, sans faire aucune manœuvre, et nous consentons à périr avec insensibilité!
ROSS
Nous voyons l'écueil où nous allons nous briser, et déjà le naufrage est devenu inévitable, par notre lâcheté à endurer la cause.
NORTHUMBERLAND
Non , je ne désespère pas encore ; dans le sein de la mort même , j'entrevois l'espoir de la vie. Mais je n'ose dire à quelle distance de nous est encore la nouvelle de notre salul.
W1IXOUGHBY.
Allons , fais-nous part de tes pensées, comme nous te confions les nôtres.
ROSS
Northuroberland, parle avec assurance; tous trois nous ne faisons qu'un avec toi; et les paroles reçues dans notre sein seront encore des pensées enfermées dans le tien : ainsi ouvre-toi sans crainte. NORTHCMBERULND.
Eh bien, mes amis, de Port le Blanc (une baie de la Bretagne) j'ai reçuavisque Henri d'Hereford, Reignold lord Cobham, Thomas Arundel, qui a rompu tout récemment avec le duc d'Exeter, sou frère, ci -devant archevêque de Canterbury, Sir Thomas Erpingham, Sir John Ramston , Sir John Norbery, Sir Robert "Waterton, et Francis Quoinl, que tous ces lords, bien pourvus de munitions par le duc de Bretagne, font force de voiles vers l'Angleterre, montés sur Luit gros vaisseaux, avec trois mille hommes de guerre, et se proposent d'aborder un peu vers nos côtes du nord : et peut-être y seraient-ils déjà, si ce n'est qu'ils attendent départ du roi pour l'Irlande. Si donc noire joug avilissant, rani-
mer les forces de notre patrie mourante , racheter la couronne avilie de cette main mercenaire, laver la poussière qui couvre l'or de notre sceptre, et rendre à la majesté du trône sa première splendeur, partez , volez avec moi à Ravenspurg ; si vous chancelez , et que la crainte arrête votre courage, restez ici, gardez noire secret, et moi j'y cours.
ROSS
A cheval ! à cheval ! Propose tes doutes à ceux qui ont peur.
W1LLOCGHBT.
Si mon cheval me seconde, j'y serai le premier.
(il..