SCÈNE II
s.u«.t LA REINE, BTJSHY, « BAGOT.
Madame , votre majesté s'abandonne trop à la tristesse. Vous avez promis au roi , en le quittant , d'écarter cette mélancolie homicide , et d'entretenir le calme et la sécurité dans votre ame.
LA REINE
Il est vrai , je l'ai promis pour plaire au roi ; mais, si je suis le penchant qui me plaît à moimême , je ne puis tenir ma promesse. Cependant je ne connais aucun autre sujet d'ouvrir l'entrée de mon cœur au chagrin funeste , que la séparalion d'un époux aussi cher que l'est pour moi mon cher Richard. Et pourtant il me semble pressentir qu'un malheur qui n'est pas né encore, mais qui esl prêt à éclore du sein de la fortune , s'avance vers moi ; et mon âme frissonne intérieurement à l'idée de ce malheur qui est encore dans le néant. Oui, je sens que ce qui l'attriste est quelque clrose de plus que ma séparation du roi mon époux.
Chaque douleur a vingt fantômes qui loi ressemblent et que Ton prend pour elle. L'œU du chagrin, offusqué par les larmes, décompose et multiplie les objets , et dans un seul en voit mille. Vous connaissez ces peintures qui , vues de face , n'offrent que des Iraits confus, et qui, regardées