PREMIÈRE
Où as-tu été , sœur?
SECONDE SORCIÈRE
Égorger un pourceau.
Et toi, sœur?
PREMIÈRE SORCIÈRE
La femme d'un matelot avait des châtaignes
(1) Colme'M inch, maintenant appelé Inchcomb, petite lie dans le Flrth d'Édinbargh, sur laquelle se trouvait nue abbaye dédiée à saint Col uni b ; elle est appelée , par
i , JttcA Colm . on l llc de Columb*.
plein son giron ; elle grugeait , grugeait, grugeait. Donne-m'en, lui ai-jedit.— Va-t-en, sorcière, m'a répondu cette mégère à l'énorme et large croupe. — Son mari s'est embarqué pour Alep , comme patron du Tigre. Moi , je m'embarquerai dans un crible , je le poursuivrai ; et , déterminée comme un rat sans queue , je ferai , je ferai , je ferai....
SECONDE SORCIÈRE
Je t'offre une aire de vent.
PREMIERE SORCIÈRE
Tu es bien obligeante.
TROISIÈME SORCIÈRE
Et moi une autre.
PREMIÈRE SORCIÈRE
Et moi , je dispose du reste ; je préside au point d'où ils soufflent, et à tous les coins du compas des marins. Je veux rendre son mari sec comme l'herbe fanée des prés : ni jour ni nuit le sommeil ne reposera sur sa paupière , il vivra comme un proscrit : fatigué de neuf fois neuf nuits d'insomnie, il séchera , maigrira, languira ; et si sa barque ne peut être naufragée, du moins sera-t-elle battue saus relâche des flots et de la tempête. — Voyezvous ce que j'ai là r
SECONDE SORCIÈRE
Montre-moi, montre-moi.
PREMIÈRE SORCIÈRE
C'est le pouce d'un pilote qui a fait naufrage en revenant dans son pays.
TROISIÈME SORCIÈRE
Le tambour ! le tambour ! Macbeth vient.
TOUTES
Ainsi les sœurs du destin (1), courrières de la terre et des mers, les mains enlacées l'une dans l'autre, dansent en rond : trois tours pour toi, trois pour moi, et trois encore pour compléter les neuf cercles. Paix l — Le charme est accompli.
et Banqao.)
Je n'ai jamais vu de jour si affreux et si beau.
BANQDO.
Combien dit-on qu'il y a d'ici à Fores? — Mais que vois-je? Quelles sont ces créatures étranges, si flétries dans leurs traits , si sauvages dans leur accoutrement? Elles ne i
(I) The weird tutm.
SiO
MACBETH
bitans de la terre , et pourtant elles y marchent comme nous. — Etes-vous des êtres vivans, et pouTez-vous répondre aux questions de l'homme? Vous paraissez m'enlendre. Je vous vois toutes trois placervotre doigt décharné sur vos lèvres livides et ridées. — Je vous croirais des femmes, sans cette barbe épaisse dont votre menton est hérissé.
MACBETH
Parlez, si vous pouvez parler. Qui etes-vousî PREMIERE SORCIÈRE.
Salut, Macbeth 1 Salut , thane de Glamis.
SECONDE SORCIERE
Salut , Macbeth ! Salut à toi, thane de Cawdor. TROISIÈME SORCIERE.
Salut, Macbeth! un jour tu seras roi.
BANQUO
Bon seigneur, pourquoi vous troublez-vous? Pourquoi semblez-vous craindre des événemens qui s'annoncent sous un aspect si brillant ? — Au nom de la vérité , répondez : êtes-vous des spectres fantastiques , ou étes-vous en effet ce que vous paraissez être ? Vous saluez mon noble collègue d'un titre honorable , et vous lui annoncez dans l'avenir de grandes destinées et l'espoir d'une couronne : vos brillantes prédictions l'ont jeté dans le ravissement ; et moi, vous ne parlez pas. Si vos regards peuvent pénétrer le sein de l'avenir, et démêler, dans les germes des événemens, ceux qui doivent prospérer ou avorter; parlez-moi donc aussi à moi , qui ne mendie point vos faveurs, et qui ne crains point votre haine, PREMIÈRE SORCIÈRE.
Salut!
SECONDE SORCIÈRE
Salut!
TROISIÈME SORCIÈRE
Salut!
PREMIÈRE SORCIÈRE
Tu seras plus petit que Macbeth et pins grand que lui.
SECONDE SORCIÈRE
Tu seras moins heureux et beaucoup plus heureux que lui.
TROISIÈME SORCIÈRE
Tu feras des rois, quoique tu ne sois pas roi. Ainsi salut, Macbeth et Banquo!
PREMIÈRE SORCIÈRE
A Banquo et Macbeth, salut!
MACBETH
Arrêtez , obeures propbétesses : expliquez-vous plus clairement. Je sais bien que, par la mort de Sinel mon père , je suis thane de Glamis ; mais comment puis-je l'être de Cawdor ? le thane de Cawdor est vivant , il est dans tout l'éclat de la prospérité. Et que je sois jamais roi, c'est un événement où ne peut atteindre mon espérance... ni thane de Cawdor, non plus. Parlez : d'où tenezvous ces étranges connaissances? Ou pourquoi arrétez-vous nos pas sur ces arides bruyères, par vos vaines prédictions? — Parlez , je vous l'ordonne.
( Lm «ereiAm diipira usent. )
BANQUO
La terre , ainsi que l'onde , enfante des bulles aériennes, filles légères de l'air, qu'un souffle dissipe : ce que nous avons vu n'était qu'uu néant. — Où sont-elles évanouies ?
Dans l'air. Ces formes vaines, que nous avons prises pour des corps , se sont perdues comme l'haleine dans les vents. — Que je voudrais que Iles n'eussent pas disparu sitôt !
BANQUO
Ces visions à qui nous venons de parler avaientelles quelque réalité? ou bien aurions-nous goûté de cette racine enivrante qui renverse la raison ?
MACBETH
Vos enfans seront rois !
BANQUO
Et vous , vous serez roi !
MACBETH
Et thane de Cawdor aussi : n'est-ce pas leur prophétie? , BANQUO.
Oui , ce sont leurs paroles ; mais qui vient ici?
( Rnirvot Homo et Àngu».) ROSSE.
Macbeth . le roi a reçu avec joie la nouvelle de tes succès, en apprenant les hasards que tu as courus dans le combat des rebelles. Son admiration et ses éloges flottaient incertains entre toi et Macdonel. A la Gn , satisfait et décidé en voyant le dénoûment de cette grande journée, il te "trouve dans les bataillons de l'intrépide norwégien, sans effroi des horribles spectacles de mort qui t'entouraient, et qui étaient ton ouvrage. Aussi pressés que tombent les grains de la