‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 327 sur 689 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

grêle , arrivaient courriers sur courriers : chargé de tes éloges, chacun établit avec profusion devant le roi les récits pompeux de tes exploits , dans cette étonnante défense de son royaume.

ANGUS

Sa majesté nous envoie te remercier en son nom ; nous ne sommes pas chargés de te payer tes services, mais seulement de te conduire devant le roi.

BOSSE

Et pour premier gage de plus grands honneurs, il m'a ordonné de to saluer de sa part thanc de Cawdor. Ainsi , vaillant thane , je te saine sous ce nouveau titre d'honneur; car il t'appartient.

BANQUO

Quoi! le diable peut-il dire la vérité?

MACBETH

Le thane de Cawdor est vivant! Pourquoi me parez- vous d'une dignité dont un autre est revêtu?

ANGUS

Il est vrai , celui qui fut thane de Cawdor vit encore ; mais un jugement fatal va trancher cette vie, qu'il a mérité de perdre. S'il était d'intelligence avec Norway ; ou s'il prêtait aux rebelles des secours clandestins ; ou si , de concert avec eux , il tramait la ruine de son pays , c'est ce que j'ignore; mais des trahisons capitales, avouées et prouvées, l'ont perdu sans ressource.

MACBETH

Thane de Glamis et thane de Cawdor I Apres ces deux litres suit le troisième et le plus brillant. — Je vous rends grâces de vos soins. — îf espérez-vous pas, à présent, que vos enfans seront rois? Celles qui m'ont salué thane de Cawdor n'ont pas promis moins qu'un trône à vos enfans.

BANQUO

Cette dignité qui vient de vous être conférée peut échauffer vos espérances et les élever vers la couronne, vers un titre pins grand que celui de thanc de Cawdor ; mais c'est une étrange aventurc. Souvent , pour nous conduire à notre perte, les ministres des ténèbres- nous jettent quelques vérités ; ils nous amorcent par l'éclat de quelques légers succès, pour nous trahir ensuite, et nous précipiter dans les plus funestes abîmes. — Cousins, un mot, je vous prie.

MACBETH

Yoilàdcux prédictions accomplies, qui sont comme l'heureux prélude du grand événement qui doit les couronner par un trône. — Je vous rends grâces, gentilshommes. — Cette instigation surnaturelle ne peut être criminelle , et ne peut pas non plus être innocente. — Mais si elle est criminelle, pourquoi me donner un -gage de succès, en commençant par une vérité qui s'accomplit? Je suis déjà titane de Cawdor. Si elle est innocente, pourquoi , en cédant à cette tentation, son horrible image fait-elle dresser mes cheveux sur ma tête , et battre mon ccenr contre mes flancs avec une violence qui n'est pas naturelle? L'acte même, à l'instant de l'exécution, est moins terrible que ne l'est son horrible projet dans l'imagination. Ma pensée , qui ne commet encore qu'un meurtre idéal, ébranle si violemment toute ma machine , que toutes mes facultés sont alarmées et suspendues devant cette image ; mon esprit ne s'arrête à rien qu'à des choses qui ne m'arriveront point, et ce n'est qu'un néant.

BANQUO

Voyez dans quelle extase est plongé mon collègue.

MACBETH

Si la destinée vent me faire roi, soit; qu'elle me couronne ; mais je ne veux pas faire un pas.

BANQUO

Ces nouveaux honneurs dont il vient d'être revrtu , sont comme des habits d'une forme nouvelle, qui ne se moulent et ne s'ajustent bien sur notre taille qu'avec le temps et l'usage.

MACBETH

Arrive ce qui doit arriver : le temps et les heures courent également dans les jours les plus fâcheux, et amènent l'événement.

BANQUO

Brave Macbeth , nous vous attendons : quand il vous plaira de partir...

MACBETH

Que votre complaisance m'excuse : mon cerveau insensé était préoccupé d'idées qui déjà sont oubliées. — Bons gentilshommes , vos services sont consignés dans un dépôt où je les lirai chaque jour. — Allons trouver le roi. — Réfléchissez à ce qu^ est arrivé ; et, dans un moment plus opportun (en attendant , nous y rêverons) , ouvronsnous librement nos cœurs l'un à l'autre.

MACBETH

BANQlO.

Très volontiers.

MACBETH

Jusque-là, c'est assez. — Allons, mes amis.

(UiwrUnt)

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