ACTE II
encore quand tous les avez vous-même séparés. I Yoflà tout ce que je peux vous rapporter de leur querelle. Mais les hommes sont hommes : les plus sages s'oublient quelquefois. Quoique Cassio ait fait à celui-ci quelque légère injure , comme il peut arriver à tout homme en fureur de frapper son meilleur ami , il faut aussi, cela est sûr, que Cassio, je le crois, ait reçu de l'inconnu qui fuyait devant lui quelque sanglant outrage que sa patience n'a pu dévorer.
OTHELLO
Je vois bien , Jago , que votre ame honnête , par zèle pour un ami , veut prêter de l'innocence à sa faute. Cassio, je vous aime , mais jamais vous ne
SerCZ mon Officier. ( Dr*ddnon« enlrt, tetoap^ate.)
Yoyez si ma bien-aimée n'a pas été réveillée dans les alarmes. Je vous ferai servir d'exemple.
DESDEMONA
Qu'y a-t-il, mon ami?
Tout est tranquille, ma chère. Revenez dans votre appartement Montano , je prends sur moi le soin de guérir vos blessures. — Emmenez-le d*ici. — Vous, Jago, faites une ronde exacte dans la ville, et calmez ceux que cet indigne tumulte a effrayés. Rentrons , Desdemona. C'est la vie des soldats de voir les heures fortunées de leur sommeil souvent troublées par la discorde.
JAGO
Quoi! êtes-vous blessé, lieutenant?
CASSIO
Sans eapoir de remède.
JAGO
Plaise au ciel que non!
CASSIO
Mon honneur, ma réputaUon ! Ah , j'ai perdu ma réputation! j'ai perdu la moitié de moi-même qui était immortelle; celle qui me reste m'est commune avec la brute. O mon honneur, Jago, mon
JAGO
Comme je suis homme honnête et simple, j'ai cru que vous aviez reçu au corps quelque blessure ; c'est là qu'une plaie est sensible, plus que dans la réputation. La réputation! vain nom plein d'imposture , souvent acquis sans mérite, et perdu sans qu'on Tait mérité ; mais vous n'avez rien perdu de votre réputation , rien au monde, à moins que votre