‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 399 sur 689 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

LE DUC DE CORNOCAILLES

Qu'on apporte les ceps. — Comme il est vrai que je respire, ta y resteras renfermé jusqu'à midi.

REGAN.

Quoi! jusqu'à midi? Bon, bon, jusqu'au soir, monseigneur, et même durant toute la nuit.

LE COMTE DE KENT

En vérité, madame, quand je serais le chien de votre père, vous ne me traiteriez pas si indignement.

Monsieur, comme vous êtes son scélérat dévoué , je le ferai.

LE Dl'C DE CORNOUA1LLES.

Le caractère de ce coquin-là ressemble bien au portrait que nous en fait ma sœur. — Allons, qu'on apporte les ceps.

(Oa apporte de* cep*. ) LE COMTE DE GLOCESTER.

Laissez-mot conjurer votre grâce de n'en rien faire. Sa faute est grande, sans doute, et le bon roi son maître saura l'en punir bien autrement : car la peine avilissante que vous lui préparez est réservée pour les bassesses et les petits crimes de ces hommes sans aveu , de ces vils escrocs. Le roi s'offensera de se voir ainsi insulté et méprisé dans la personne de son envoyé. Il ne pas de l'avoir mis dans les ceps.

LE DUC DE CORNOU

Je le prends sur moi.

REGAN.

Et ma sœur a-t-clle moins droit de s'offenser de voir sou honnête agent insulté, maltraité, parce qu'il exécute les ordres dont elle l'a chargé? Allons, entravez-lui les jambes. — Venez, mon bon seigneur.

( Oa met Kent dan* les ceps. — Regan el U due de Coraoaaillea •o tient.;

LE COMTE DE GLOCESTER

J'en suis fâché pour toi , mon ami ; mais tel est l'ordre du duc, et tout le monde sait qu'on ne peut ni l'éluder ni s'y opposer. Mais je supplierai pour toi.

LE COMTE DE KENT

N'en faites rien, je vous prie. J'ai veillé, j'ai beaucoup fatigué : je vais dormir quelque lemps, et le reste je le passerai à chanter. Je vous doune le bonjour.

LE COMTE DE GLOCESTER

Le duc est blâmable d'en agir ainsi. Le roi se trouvera outragé.

(««.ru)

LE COMTE DE KENT

Bon roi , ce traitement annonce quel va être ton sort. Chassé de tout asile et dépouillé de toutes les douceurs de la vie, tu n'as plus d'autres biens que l'air et la chaleur du soleil (1). en regard» u iu>.) O lune, approche-toi de notre globe, que tes rayons consolans m'aident à lire cette lettre ! — Les malheureux plus que d'autres croient aux miracles, et en voient partout. — (il lit i« lettre.) Ah! c'est de Cordelia : je reconnais ses caractères. Elle aura été par quelque heureux hasard informée du déguisement sous lequel je me suis caché. Je trouverai l'occasion de sortir de cet état, si étrange pour moi , et de réparer toutes les pertes du passé. Je me sens excédé de fatigues et de veilles : pro- '. filez vite de ce moment, ô mes yeux que le sommeil appesantit, pour ne pas voir ce lieu d'opprobre et d'ignominie I — Fortune , bonsoir ; souris donc encore une fois, et fais tourner ta roue.

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