‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 406 sur 689 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

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Entrent LE COMTE DE KENT et UN GENTILHOMME, par diferem côw,.

Quel être est ici encore, avec cette affreuse tempête?

LE GENTILHOMME

Un homme dont l'ame est, comme le temps, pleine de trouble et d'orages.

LE COMTE DE KENT

Ah! je vous reconnais : où est le roi?

LE GENTILHOMME

Il dispute de fureur avec les élémens. II dit aux venis d'enfler, de soulever les flots de l'Océan juj»qu'à entraîner la terre dans ses abîmes, afin que

LE ROI LEAR

la nature change ou s'anéantisse. Il arrache ses cheveux blancs, que l'impétueux aquilon emporte et disperse sans pitié dans les airs. Dans cette nuit horrible , où l'ourse épuisée de lait reste dans sa taverne au milieu de ses petits affamés ; où les lions et les loups , malgré la faim qui les , presse, ne cherchent qu'à mettre leur fourrure à l'abri de l'orage; lui, il court, tète nue, dans la plaine , et prétend que sa frêle existence affronte la grêle et les vents déchaînés, et il déûe à grands cris le sort et la destruction.

LE COMTE DE KENT

Mais qui est avec lui?

LE GENTILHOMME

Personne , que son fou qui tâche de calmer par ses bouffonneries la douleur des injures dont son cœur est navré.

LE COMTE DE KENT

Honnête homme , je vous connais , et sur la foi de mon estime j'ose vous confier un message qui m'est bien cher. Il y a de la mésintelligence entre les ducs d'Albanie et de Cornouailles. Quoique leur haine soit encore cachée sous le voile d'une dissimulation réciproque, ils ont des serviteurs (et qui de ceux que leurs deslins ont placés sur un trône et dans le sein des grandeurs, est exempt de ce fléau?), ils ont des serviteurs qui , tout en faisant parade de leur fidélité, servent d'espions à la France , et l'instruisent de tout ce qui se passe dans nos états. On a entrevu cette trame soit dans leurs regards , soit dans la dureté avec laquelle tous deux ont traité le bon vieux roi , ou dans quelques causes plus graves encore ; ce que je vous dis n'en est peut-être que le plus faible indice. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'une armée envoyée par la France vient fondre sur ce royaume divisé. Déjà les ennemis, profitant sagement de notre .négligence , se sont assurés d'un accès secret dans nos meilleurs ports, et sont sur le point de déployer ouvertement leurs bannières. — Voici maintenant ce que j'ai à vous dire. Si j'ai pu vous inspirer assez de confiance, volez vers Douvres : vous y trouverez une personne qui vous marquera sa reconnaissance, quand vous lui aurez fait un récit fidèle des injures atroces et des chagrins désespérans dont on accable le roi. Je suis gentilhomme, j'ai de la naissance et de l'usage, et je crois vous connaître assez, et vous devoir assez de confiance , pour vous charger de cet im|K)rtant message.

LE GENTILHOMME

J'en causerai plus long-temps avec vous.

LE COMTE DE KENT

Non , c'est assez de paroles. Pour vous confirmer que je suis plus que mon extérieur n'annonce, ouvrez cette bourse et prenez ce qu'elle contient. Si vous voyez Cordelia , et sans doute vous la verrez, montrez-lui cet anneau ; vous saurez d'elle quel est cet homme que vous ne connaissez pas encore. — Fatale tempête ! Je vais chercher le roi.

LE GENTILHOMME

Donnez-moi votre main; n'avez-vous plus rien à me dire?

Un mot encore , et c'est le plus important : prenez ce chemin , je vais suivre celui-ci. Le premier de nous deux qui trouvera le roi, en avertira l'autre par un cri.

(1U *urt*nt.)

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cm iCTBi n»nt ■* 1.1 moiim. — L« tcmpfie rrJouUe.

Entrent LEAR et LE FOU.

LEAR

Vents, soufflez et déchaînez-vous, et déployez toute votre rage. Ouragans, cataractes et tempêtes, versez tous vos torrens sur la terre ; ensevelissez sous les eaux la cime de nos tours et de nos clochers; feux sulfureux, exécuteurs de la pensée, avant-coureurs de la foudre qui éclate et brise les chênes, brûlez mes cheveux blancs ; tonnerre affreux qui ébranles tout , écrase le globe du monde, brise tous les moules de la nature, extermine tous les germes qui produisent l'homme ingrat.

LE FOU

Noncle , de l'eau bénite de cour dans une maison vaut mieux que l'eau du ciel au milieu d'une plaine. Va maintenant implorer la pitié de tes filles : voilà une nuit qui n'a pitié ni du fou ni du sage.

LEAR

Orage , épuise tes flancs , épanche tes torrens de pluie et de feux; vents, tonnerre, tempêtes, vous n'êtes point mes filles; élémens furieux, je

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