‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 407 sur 689 · ACTE III, SCENE If · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE If

ne vous accuse point d'ingratitude. Je ne vous ai point donné un royaume, vous n'êtes point mes enfans : vous ne me devet aucune obéissance. Exercez donc sur moi , à votre gré , toute la furie de vos jeux cruels: me voici votre esclave soumis, un pauvre et faible vieillard accablé sous le poids des inGrmités et du mépris. Et cependant, j'ai droit de vous appeler de lâches ministres, vous qui vous liguez avec deux filles perverses , et me déclarez la guerre du haut des cieux ; vous qui choisissez pour but de vos horribles combats cette tête vieillie et couverte de cheveux blancs. Oh ! c'est à vous une lâcheté honteuse !

LE FOU

Celui qui a une maison pour y mettre sa tôle à l'abri , a une bonne coilïure.

Celui qui veut avoir une femme (i) Avant que m léle ail une maison Perdra «a tete et lui .- Ainai plusieurs mendians m marient.

Celui qui fait ( pour) son orteil O qu'il devrait faire (pour ) son caut. Criera bientôt misère des cors aux pieds I en teille.

Car il n'y eut jamais de belle femme qui ne fit des grimaces en buvant dans son verre.

(Entre l« comte de Kent \ LEAR.

Non , je ne dirai plus rien : je veux être un modèle de patience.

LE COMTE DE KK.NT

Qui est là?

LE FOC

Un mendiant et un roi ; un fou et un sage.

LE COMTE DE KENT

Quoi, seigneur, vous «Hes ici? Rien de ce qui aime la nuit n'aime pas de pareilles nuits. Ce ciel en courroux épouvante les plus fiers hôtes des ténèbres, et les repousse dans leurs cavernes. Depuis que je suis homme , je ne me souviens pas d'avoir vu de pareils sillons de flamme , d'avoir entendu d'aussi effroyables éclats de tonnerre, au milieu du choc affreux de la pluie et des vents rugissans. la nature de l'homme est trop faible pour supporter la violence de cette tempête et tant de fléaux à la fois.

LEAR

frappent leurs vrais ennemis ! Tremble , inalheu* reux, qui renfermes dans ton sein des crimes ignorés et impunis. Cache-loi , main sanguinaire de l'assassin. Fuis, parjure; et toi, hypocrite, qui, sous le masque de la vertu , commets l'inceste. Frémis, scélérat, qui sous un voile d'humanité et de bienfaisance, attentas à la vie de l'homme. Et vous, forfaits célés à tous les regards, déchirez le voile qui vous couvre , et demandez grâce à ces terribles hérauts de la justice divine. — Pour moi, je suis un homme qui ai plus souffert de maux que je n'en ai fait.

LE COMTE DE KENT

Hélas! seigneur, quoi! la tête nue? .Mon bon maître , tout près d'ici est une chaumière. Quelque ami de l'homme vous la prêtera contre la tempête. Allez-vous y reposer, tandis que moi, je vais retourner vers cette famille plus dure que la pierre dont est bâtie sa demeure. Il n'y a qu'un instant, qu'allant vous y demander, elle m'en a refusé l'entrée. N'importe, j'y retourne, et je veux

LEAR

Mon esprit commence à se troubler. — Viens, mon enfant; comment te trouves-tu? Tu meurs de froid ; moi-même , je suis tout glacé. — Où est cette paille, mon garçon? Que l'état où nous réduit la nécessité est étrange ! Comme il nous rend précieux ce qui auparavant était vil à nos regards! Allons , viens , voyons cette chaumière. — Pauvre fou, pauvre garçon , j'ai encore dans mon ca?ur une fibre qui est sensible et souffrante pour toi.

LE FOU

Pour peu qu'un homme ail de cervelle , U a beau pleuvoir , il a beau venter .- Il faut bien qu'il se contente de son éUI, Dût l'orage retenir tous les jours.

Que les dieux puissans qui font gronder cet épouvantable fracas sur nos tètes distinguent et

(I) The cod pieet that tri// koutc.

Oui . tu as raison , mon enfant.— Allons, viens, nous à celte chaumière.

(Il sort.)

LE FOU

Voilà une nuit faite pour glacer une courtisane. — Attendez, j'ai une prophétie à débiter, avant que je m'en aille.

Quand les prèlres diront pli

Quand les brasseurs gâteront leur dreche avec de l'eau ; Quand les iwiblrs enseigneront les modes à leurs tailleurs; (Juand , au lieu d'herciiques , on broiera les amans des lillcs

de joie ;

Alors ceux qui vivront iskx pour voir ce temps ,

LE ROI LEAR

Verront l'usage d'aller a pied.

Quand tous les procès seront bien Jugés ; Qu'il n'y aura plus d ecuyers endettes, ni de chevaliers pauvres ;

Quand les langues médisantes De vivront plus de calomnie ; Qmnd les coupeurs de bourse ne se mêleront plus i la foule; Quand l'usurier comptera son or dans les champs ; Quand les mire metteurs et les Dites bâtiront des ëglliej; Alors le royaume d'Albion tombera dans une grande confusion. Un Jour Merlin fera celte prédiction ; car j'existo avant son

(il son.)

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