‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 434 sur 689 · SCÈNE il · texte numérisé non relu

SCÈNE il

cw Wktw ttmu lu mci cun.

otaaitaa lu tiiitii. — Lnr, Cordrlia «l de* aoMaU entrant et surteut avec de* tambour» et de» enteigitet.

Bniratu EDGAR ei LE COMTE DE GLOCESTER.

EDGAR

Mon père, reposez-vous ici à l'ombre de cet arbre qui vous offre son asile; priez le ciel que le parti le plus juste l'emporte. Si jamais je reviens encore vers vous , je vous apporterai des nouvelles consolantes.

LE COMTE DE GLOCESTER

Que le ciel vous bénisse , seigneur !

( V.iJgir «orl. — line alarme ; un bat la retraite derrière le théâtre.) (■entre Edgar.)

Fuis, vieillard; donne-moi ta main, ftnons : le roi Lear a perdu la bataille ; lui et sa fille sont prisonniers : donne-moi la main et marchons.

LE COMTE DE GLOCESTER

Vallons pas plus loin, seigneur, on peut mourir ici , comme ailleurs.

EDGAR

Quoi ! toujours ces sinistres pensées? Il faut que l'homme se résigne à sortir de ce monde, comme il lui a fallu souffrir d'y être introduit. C'est au temps à mûrir les événemens. Avançons.

LE COMTE M (il <! TESTER.

Et ce que tu dis est raisonnable aussi.

(IU Mirtrut )

scu.m: III.

I r ! I hMOM) triomphant, atec de» bannièrei et de» latnbonn; LEAR et CORDELIA PriMnniera, des SOLDATS , «t un CAPITAINE.

EDMOND

Que quelques ofliciers les emmènent; qu'on les garde avec soin jusqu'au moment où ceux à qui il appartient de disposer de leur sort déclareront leurs volontés.

CORDELIA

Nous ne sommes pas les premiers qui, avec les intentions les plus innocentes , et voulant faire le bien , soyons tombés dans les derniers malheurs. O roi persécuté par l'infortune, c'est votre sort seul qui m'afflige! Sans vous, je bra\erais aisément toutes les fureurs de la perfide fortune. — Ne verrons-nous point, vous, vos filles, et moi, mes sœurs?

LEAR

Non, non, non, viens; allons à la prison, nous y chanterons tous deux comme les oiseaux captifs dans leur cage. Quand tu me demanderas ma bénédiction, je te demanderai pardon à genoux : nous vivrons ainsi tous deux ensemble, en priant le ciel, eu chantant ; nous charmerons nos momens en contant de vieilles histoires, et nous folâtrerons comme les papillons dorés. Nous entendrons de pauvres malheureux artisans s'entretenir des nouvelles de la cour, et nous jaserons politique avec eux ; quel est celui qui gagne , celui qui perd ; qui monte à la laveur ou tombe dans la disgrâce , et nous nous chargerons d'expliquer les matières les plus mystérieuses , comme si nous étions les espions placés pour veiller sur les actions des dieux. Enfermés dans les murs de notre prison, nous verrons les systèmes et les sectes des grands philosophes passer et se pousser l'un l'autre, comme les flots pressés sous l'influence de la lune.

EDMOND

Qu'on les emmène hors d'ici.

LEAR

Ma Cordelia, les dieux eux-mêmes jettent lit} f encens sur le sacrifice de pareilles victimes. —

LE ROI LEAR

Si quelqu'un entreprend de nous séparer, il faudra qu'il apporte du ciel un brandon de feu, pour nous embraser ensemble. Essuie tes yeux, ma fille; la peste les dévorera tous avant qu'ils nous fassent verser une larme ; nous les verrons périr de famine. Viens.

( LcaretCordelia «orient iccompagiiéj de g»rd«.)

EDMOND

Capitaine, un mot. Prends cet écrit ; suis-les à la prison. Je t'ai élevé à ton poste. Si tu es fidèle à l'ordre que je te donne ici , tu t'ouvres le chemin a une brillante fortune. Apprends que les hommes sont ce qu'est le temps. La pitié ne convient point à Pépée d'un soldat. L'acte important dont je te charge ne subira aucune recherche. Ou jure de l'exécuter, ou cherche d'autres moyens de fortune.

LE CAPITAINE

Je le ferai, monseigneur.

EDMOND

Va t'y disposer; et quand tu l'auras accompli , compte-toi heureux du moment que tu m'en informeras par une lettre. Songes-y bien : c'est

dans l'instant même Et suis en tout le plan

d'exécution que je le remets u-acé dans cet écrit.

LE CAPITAINE

Je ne puis pas tirer une charrette, ni manger de l'avoine ; mais tout ce qui est l'ouvrage d'un homme, je le ferai (1).

(Ilwrl.)

(F.nfar... Kntreat Edmond, W die d'AUwnl.. GoMril, Repu, et d« Mldati.)

Seigneur, vous avei signalé votre courage aujourd'hui , et la fortune a conduit vos pas à la victoire. Vous tenez captives les personnes qui vous ont opposé leurs efforts dans cette journée. Je Vous les demande , pour disposer d'elles scion le parti que nous prescriront l'intérêt de notre sûreté et le sort qui leur est dû.

EDMOND

J'ai cru à propos d'envoyer ce vieux et misérable roi dans une prison et de l'y faire garder. Son âge » et plus encore son nom , ont assez d'autorité pour attirer les cœurs du peuple dans son parti, et lui faire tourner contre nous, ses maîtres, les lances que nous l'avons forcé de porter pour notre service. J'ai envoyé la reine avec lui , déterminé par les mêmes motifs. Demain ou dans quelques

(1) Celle relique a étC passée par

jours, Us seront prêts à paraître dans le lieu on vous assemblerez votre conseil. En ce moment, nous sommes couverts de sueur et de sang ; l'ami a perdu son ami , et les guerres les plus courtes sont, dans la chaleur des esprits, maudites par ceux qui en ressentent les maux. Le procès de Cordelia et de son père demande, pour être jugé, un heu plus commode qu'un camp.

LE DOC D'ALBANIE

Avec votre permission, Edmond, je ne vous regarde ici que comme un officier subalterne , et non pas comme mon frère.

REGAN.

Eh bien I c'est un titre dont il me plaît de le gratifier. Il me semble qu'avant de vous avancer ai loin , vous auriez dû me demander mon avist II a conduit nos troupes ; il a été revêtu de mon autorité; il a représenté ma personne, et cet I est assez grand pour qu'I au titre de votre frère.

GONERIL

Ne vous échauffez pas tant : c'est par son propre mérite qu'il s'élève lui-même , par vos faveurs.

REGAN,

Investi de mes droits par moi-même, il peut marcher l'égal du plus illustre de l'armée.

LE DUC D'ALRANffi.

Ce serait tout au plus s'il était votre époux.

REGAN.

Badinage est souvent prophétie.

GONERIL

Holà , hola ! l'œil qui vous a fait voir cet avenir était louche, et voyait de travers.

REGAN.

Madame , je ne me sens pas bien ; autrement je vous répondrais dans toute l'indignation dont mou cœur est plein. — Général, prends mes soldats, prisonniers, patrimoine; dispose d'eux, de moimême, tout est à toi. J'atteste l'univers que , dès ce moment, je te crée ici mon époux et mou maître.

GONERIL

Prétendez-vous jouir de sa personne?

Cela ne dépend pas tout à fait de votre itou

plaisir.

EDMOND

Ni du tien,

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