‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 440 sur 689 · DENNIS · texte numérisé non relu

DENNIS

Oui , monsieur, il est ici , et il demande même, avec importunité, à être introduit auprès de

OLIVIER

Fais-le entrer, tomate «>rt.) Ce sera un excellent moyen ; c'est demain que la lutte doit se faire.

(Bat.

CHARLES

Je souhaite le bonjour à votre seigneurie.

OLIVIER

Mon bon monsieur Charles , quelles nouvelles toutes neuves y a-t-il à la nouvelle cour?

CHARLES

II n'y a que de vieilles nouvelles à la cour, monsieur ; c'est-à-dire que le vieux duc est banni par son jeune frère le nouveau duc , et trois ou quatre seigneurs qui lui sont attachés se sont exilés volontairement avec lui; leurs terres et leurs revenus augmentent ceux du nouveau duc ; c'est ce qui fait qu'il consent volontiers qu'ils aillent où ils voudront.

OLIVIER

Savez-voos si Rosalinde , la fille du vieux duc , est bannie avec son père ?

CHARLES

Oh ! non, monsieur; car sa cousine, la fille du nouveau duc, l'aime à un tel point (ayant été élevées ensemble depuis le berceau), qu'elle l'aurait suivie dans son exil , ou serait morte de douleur si elle n'avait pu la suivre. Elle est à la cour, où son oncle l'aime autant que sa propre fille, et jamais deox jeunes dames ne s'aimèrent comme elles s'aiment.

olivier.

Quel est le lieu où le vieux duc doit résider?

CHARLES

On dit qu'il est déjà dans la forêt des Ardennes , et qu'il a avec lui plusieurs seigneurs des plus gais ; qu'ils vivent dans cet endroit comme le vieux Robin Hood d'Angleterre : on assure en outre que plusieurs jeunes gentilshommes se rendent tous les jours par troupes auprès de lui , et qu'ils passent les jours doucement et sans soucis, comme on faisait dans le siècle d'or.

OLIVIER

Ne devez-vous pas lutter demain devant le nouveau duc ?

Oui , vraiment, monsieur, et je viens vous faire part d'une chose. On m'a donné secrètement à entendre , monsieur, que votre jeune frère Orlandn avait envie de venir déguisé s'essayer contre moi. Demain , moosieur, je lutte pour soutenir ma réputation , et celui qui m'échappera sans avoir quelque membre cassé, devra être fort content de lui. Votre frère est jeune et délicat, et je ne voudrais pas, par considération pour vous, lui faire aucun mal ; ce que je serai cependant forcé de faire , pour ne point compromettre mo

COMME VOUS L'AIMEZ

s'il entre en lire avec moi. Ainsi , l'amour que j'ai pour tous m'engage à tous en prévenir, afin que tous tâcbiex de le dissuader de son projet, ou que vous consentiez à supporter de bonne grâce le malheur auquel il se sera exposé lui-même ; il l'aura cherché , et tout à fait contre mon inclination.

OLIVIER

Je te remercie , Charles, de l'amitié que tu as pour moi , et Ut verras que je t'en prouverai ma reconnaissance. J'avais déjà été averti du dessein de mon frère , et sous main f ai fait l'impossible pour le faire renoncer à cette idée ; mais il est déterminé. Je te dirai, mon cher Charles, que c'est le jeune homme le plus mutin , le plus entêté qu'il y ait en France , rempli d'ambition , jaloux à l'excès des talens des autres; un traître, qui a la lâcheté de tramer des complois contre moi-même, qui suis son propre frère. Ainsi, agis à ton gré; j'aimerais autant que tu lui brisasses un bras qu'un doigt, et tu feras bien d'y prendre garde ; •car si tu ne lui fais qu'une légère contusion , ou s'il ne t'a pas porté lui-même quelque coup bien meurtrier, il cherchera à l'empoisonner, il te fera tomber dans quelque piège funeste , et il ne te quittera point qu'il ne t'ait fait perdre la vie d'une façon ou d'une autre , trahison ou violence ; car je t'assure , et je ne saurais presque te le dire sans pleurer, qu'il n'y a pas un être dans le monde qui , si jeune encore , soit aussi méchant , aussi pervers qu'il l'est. Je ne te parle de lui qu'avec la réserve d'un frère ; mais si je te le dépeignais en détail tel qu'il est , je serais forcé de rougir et de pleurer, et toi tu pâlirais d'effroi.

CHARLES

Je m'applaudis bien d'être venu vous trouver. S'il vient demain , je lui donnerai son compte : sll est jamais en état d'aller seul , après s'être essayé contre moi» de ma vie je ne lutterai pour le prix : ainsi. Dieu vous ait en sa garde!

(Il «rt.)

OLIVIER

Adieu, bon Charles. — A présent, il me faut exciter mon jeune athlète ; j'espère m'en voir bientôt débarrassé ; et sur mon anie , je ne sais cependant pas encore pourquoi je ne bais rien plus que lui, car il a le cœur noble, il est iustruit sans avoir jamais été aux écoles, parlant bien et avec noblesse; il est aimé des personnes de toutes classes jusqu'à l'adoration , chéri de tout le monde et surtout de mes propres gens, qui le connais-

sent mieux que personne, en sorte que moi j'en suis méprisé. Mais cela ne durera pas : le lutteur va y mettre bon ordre. Je n'ai plus rien a taire qu'à exciter le jeune homme à concourir pour la lutte, et j'y vais de ce pas.

SCOE H. runre huit h pilai* m mtc.

B..ir«t ROSALINDE «i CÉUE.

CÊLIE.

Je t'en conjure, Rosalinde, ma charmante cousine; de grâce, «ois plus gaie.

ROSALINDE

Je te proteste , chère Célie , que je montre avec effort bien plus de gatté que je n'en ai dans Pâme ; et tu veux que j'en montre encore davantage? Si tu ne peux m'apprendre à oublier un père banni , renonce à vouloir m'apprendre à ressentir une grande joie.

CÉUE.

Ah! je vois bien que tu ne m'aimes pas aussi tendrement que je t'aime ; car si mon oncle , ton père, au lieu d'être banni, avait au contraire banni ton oncle , le duc mon père , et que tu fusses toujours restée avec moi, mon amitié pour toi m'aurait enseigné à prendre ton père pour le mien ; et tu en ferais autant si la force de ton amitié égalait celle de la mienne.

ROSALINDE

Eh bien! je veux tâcher d'oublier mon sort et ma situation , pour me réjouir de la tienne.

CÉLIE

Tu sais que mon père n'a que moi d'enfant, et qu'il n'y a pas d'apparence qu'il en ait jamais d'autre ; et je te l'assure , à sa mort tu seras son héritière : tout ce qu'il a enlevé de force à ton père, mon amitié te le rendra; sur mon honneur je le ferai; et que je devienne un monstre quand il m'arrivera d'enfreindre ce serment! Ainsi , ma charmante Rose, ma chère Rose, sois donc plus gaie.

ROSAUNDE.

Je le serai désormais, cousine ; je veux songer à imaginer quelque amusement. Voyons, que penses-tu de l'amour ?

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