SCENE II. Al
jours on sot servit de pierre à aiguiser à l'esprit. — Eh bien! homme d'esprit, où attes-vous?
TOUCHSTONE.
Maîtresse, il faut que vous veniez trouver votre père.
CEUE.
Tons a-t-on fait le messager?
TOUCHSTONE.
Non , sur mon honneur ; mais on m'a ordonné devenir vous chercher.
ROSALINDE
Où avez-vous appris ce serment, nigaud?
TOUCHSTONE.
D'un certain chevalier, qui jurait sur son honneur que les beignets étaient bons, et qui jurait encore sur son honneur que la moutarde ne valait rien ; moi, je soutiendrai que les beignets ne valaient rien , et que la moutarde était bonne, et cependant le chevalier ne faisait pas un faux ser-
CÉUE.
Comment prouverez-vous cela, avec tout votre savoir?
ROSAIINDE.
Allons, voyons, déployez votre science.
TOUCHSTONE.
A vancez-vons toutes deux ; prenez- vous le menton , et jurez par votre barbe que je suis un fripon.
CÉLIE
Noos jurerions par nos barbes, si nous en avions, que tu en es un.
TOUCHSTONE.
Et moi , je jurerais par ma friponnerie, si j'en avais , que je suis un fripon ; mais vous ne faites pas un faux serment en jurant par ce qui n'est pas; aussi le chevalier n'en fit-il pas un lorsqu'il jnra par son honneur, car il n'en eut jamais; ou, s'il en avait eu , il l'avait perdu à force de faux sermens , long-temps avant qu'il vit ces beignets ou cette moutarde.
CÉLIE
Dis-moi , je te prie , de quel chevalier veux-tu parler?
TOUCHSTONE.
De cet homme que le vieux Frédéric, voire père., aime tant.
CEI JE.
L'amitié de mon père suffit pour l'honorer. En
voilà assez , ne parie pins de lai ; tu
un de ces jours pour ta calomnie^
TOUCHSTONE.
Cela prouve que c'est une grande pitié, que les fous ne puissent avoir la permission de parler avec bon sens des sottises que font les geos d'esprit.
CÉLlB.
Ob 1 tu dis bien mi ; car les gens d'esprit brillent singulièrement, en disant quelques folies, depuis que Ton a imposé silence au peu d'esprit que les fous peuvent iToir.— Voici monsieur Le
COMME VOUS L'AIMEZ, châtié
{ Entre Le ,
ROSAL1NDE.
de nouvelles.
Avec la
Qu'il va dégorger sur nous , comm tgeous dans le bec de leurs petits.
ROSâLlNDE.
Nous allons être farcies de nouvelles.
CÊLIE.
de
font les
dé-
faite au marché, —
LE BEAU
Belle princesse, vous avez perdu un grand
Do plaisir! de quelle couleur?
LE BEAU
De quelle couleur, madame? Que voulez- vous que je vou
Au gré de votre esprit et du hasard.
TOUCHSTONE.
Ou comme le voudront les décrets de la dès-
Très bien dit : voilà qui est maçonné avec une 0).
TOUCHSTONE.
Si je ne garde pas mon rang (2) !.... rosalinde.
(1) Grossièrement, expression proverbiale. ( 2) Bank signifie rang et i
LE BEAU
Vous me troublez , mesdames ; je vous aurais fût le récit d'une belle lutte que vous n'avez pas eu le plaisir de voir.
ROSAUNDE.
Dites-nous toujours l'histoire de ceue lutte.
LE BEAU
Je vous en dirai le commencement; et si cela vous amuse, vous pourrez en voir la fin ; car le plus beau est encore à faire, et ils viennent l'exécuter précisément dans l'endroit où vous êtes.
CÉLLB.
Eh bien ! le commencement n'cst-il pas , qu'il est mort et enterré?
LE BEAU
Arrive un vieillard avec ses trois Cls.
CÉLJEt
Je pourrais ajuster ce début à un vieux conte. LE BEAU.
Trois jeunes hommes de bonne mine, d'une riche taille , et d'une présence imposante*..
ROSALLNDE.
Avec des billets (i) à leur cou , portant : ■ Oa fait savoir par ces présentes, à tous ceux qirH appartiendra.... •
LE BEAU
L'aîné des trois a lutté contre Charles, le lutteur du duc ; Charles , en un instant , l'a renversé etluiacassé trois côtes; de sorte qu'il n'y a guère d'espérance qu'a survive. Il a traité le second de même, et le troisième aussi. Ils sont étendus, ici près. Le pauvre vieillard, leur père, fait de si
leur corps, que tous les
lui.
ROSAUNDE.
Hélas!
TOUCHSTONE.
Mais, monsieur, quel est donc que les dames ont perdu?
LE BEAU
Quel amusement? Hé!
TOUCHSTONE.
Voilà donc comme les hommes deviennent plus sages de jour en jour ! C'est la première fois de ma vie que j'aie jamais entendu dire que de voir
(i) Ou bien biUs, pertuisanes. C'était Tasage alors de a son cou, faibu.