‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 443 sur 689 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

pour les

CÉUE.

lît moi aussi , je te le proteste.

ROSAUNDE.

Mais y en a-t-il encore d'autres qui brûlent d'envie de se voir déranger ainsi l'harmonie de leurs cotes (1)? Y en a-t-il un autre qui se passionne pour le charmant jeu de bris de côtes? — Verrons-nous cette lutte, cousine?

LE BEAU

Yous la verrez sûrement, mesdames, si vous restez où vous êtes ; car c'est ici l'arène que Ton a choisie pour la lutte, et Us sont prêts à l'en-

lez-lui,

Ce sont sûrement eux qui viennent là : restons donc , et voyons-la.

(Fubcw. Entrent l« dac Frédéric Im arifaem d* m cou, Ot- Uado, Ourlât, •! talu.)

LE DOC

Allons, qu'on avance : puisque la jeunesse ne veut pas écouter les représentations, qu'elle soit téméraire à ses périls et risques.

ROSAUNDE.

Est-ce là l'homme?

LE BEAI'.

Hélas! il est trop jeune; il a cependant le regard plein de confiance.

LE DUC

— Quoi! vous voilà, ma fille, et vous aussi, ma nièce? Vous êtes-vous glissées ici toutes deux

CÉUE.

Faites-le venir ici, mon cher monsieur Le Beau. LE DUC.

Oui, allez à lui ; je ne veux pas être présent.

(IlMMireàrcttrt.)

LE BEAU

Monsieur l'agresseur, les princesses voudraient vous parler.

ORLANDO

Je vais leur présenter l'hommage de mon profond respect.

ROSAUNDE.

Oui, monsieur, si vous voulez nous le permettre.

LE DUC

Vous n'y prendrez pas beaucoup de plaisir, je vous assure : il y a une si grande inégalité de forces entre les deux athlètes! Par pitié pour la jeude l'agresseur, je serais charmé de le dis- ■; mais il ne veut écouter aucun avis. Par- Ci"; Bizarre similitude entre la suite des côtes qui accourcissent par degrés , et quelque instrument de musique ; et c'est dans cette idée que Rosallnde appelle r rcmp*u, musique rompue.

Jeune homme, avez-vous défié Charles le lutteur?

ORLANDO

Non , belle princesse ; il est l'agresseur général : je ne fais que venir comme les autres, pour essayer avec lui la force de ma jeunesse.

CÉUE.

Intéressant jeune homme, vous êtes trop hardi pour votre âge : vous avez vu de cruelles preuves de la force de cet homme. Si vous pouviez vous voir avec nos yeux, ou vous connaître avec notre jugement, la crainte du malheur où vous vous exposez vous conseillerait de chercher des entreprises plus proportionnées à votre âge. Nous vous prions pour l'amour de vous-même, de vous intéresser à votre vie, et de renoncer à cette tentative.

ROSAUNDE.

Rendez- vous, noble jeune homme ; votre réputation n'en sera nullement lésée : nous nous chargeons d'obtenir du duc que la lutte n'aille pas plus loin.

ORLANDO

Je vous supplie, mesdames, de ne pas me punir par une opinion désavantageuse : j'avoue que je suis très coupable de refuser quelque chose à d'aussi belles et d'aussi généreuses dames; mais accordez-moi que vos beaux yeux et vos vœux favorables me suivent dans l'essai que je vais faire. Si je suis vaincu , la honte en sera pour moi seul , qui n'eus jamais aucune gloire ; si je suis tué, il n'y aura personne de mort que mot qui voudrais déjà l'être : je ne ferai aucun tort à mes amis , car je n'en ai point pour me pleurer ; ma mort ne sera d'aucun préjudice au monde, car je n'y possède rien ; je n'y occupe qu'une place qui sera sûrement

COMME VOIS L'AIMEZ

remplie, quand je

ROSALINDE

Je voudrais que le peu de force que j'ai fût réunie à la vôtre.

Et moi, toute celle que je puis avoir, pour ajouter à la sienne.

ROSALINDE

Adieu ; fasse le ciel que je sois trompée dans mes craintes pour vous !

ORLAMM).

Que tous les souhaits de votre cœur s'accomplissent I

Allons , où est ce jeune galant, qui est si jaloux de coucher avec sa mère la terre?

ORLANDO

Le voici tout prêt, monsieur; mais il est plus modeste que vous dans ses désirs.

LE DUC

Vous n'essaierez qu'une seule chute?

CHARLES

Non , monseigneur, je vous le garantis ; mais je puis vous assurer que si vous avez fait tous vos efforts pour le détourner de tenter la première, vous n'aurez pas à le prier d'en risquer une seconde.

ORLANDO

Je le vois : vous comptez bien vous moquer de moi après la lutte , vous ne devriez donc pas vous en moquer avant; mais voyons , avancez.

ROSALINDE

O jeune homme, qu'Hercule te seconde en ce moment!

Je souhaiterais être invisible, pour saisir ce ro-

(IW Utlew.) ROSALINDE.

O excellent jeune homme!

CÉLIE

Si j'avais la foudre dans mes yeux , je sais bien qui des deux serait terrassé.

LE DUC

Pas davantage , pas davantage.

( Chiffe* «MUrruicO ORLANDO.

Encore, je vous en supplie, monseigneur; je ne suis pas encore en haleine.

LE DUC

Comment te trouves-tu , Charles?

LE BEAU

Monseigneur, il ne saurait parler.

LE DUC

Emportez-le. Quel est ton nom , jeune homme?

ORLANDO

Orlando, monseigneur, le plus jeune des (ils dn chevalier flowland de Boys.

LE DIC

Je voudrais que tu fusses le fils de tout autre homme : le monde estimait ton illustre père, mais il fut toujours mon ennemi : cet exploit que tn viens de faire m'aurait plu bien davantage , si tu descendais d'une autre maison. Adieu , sois heureux , tu es un brave jeune homme ; je souhaiterais bien que tu te fusses dit fils d'un autre père !

(Le duc tort atec m Mit*. Retirai Célie, RoMUa4t, OrUodc) CELUI.

Si j'étais à la place de mon père, cousine , agirais-^ comme il agit?

ORLANDO

Je suis plus fler d'tHre le fils du chevalier Rowland , le plus jeune de ses fils, et je ne changera» pas ce nom pour devenir l'héritier adoptif de Frédéric.

ROSALINDE

Mon père aimait le chevalier Rowland comme lui-même, et tout le monde avait pour lui les sentimens de mon père : si j'eusse connu plus tôt ce jeune homme, son fils, j'aurais employé tout, ju qu'à mes pleurs , pour l'empêcher de s'e comme il vient de faire.

CÉUE.

Allons, aimable cousine, allons le remercier et l'encourager. Mon cœur souffre de la dureté et de la jalousie de mon père. — Monsieur, vous méritez des applaudissemens universels; vous avez été ici bien au delà de ce que vous promettiez ; si vous tenez aussi bien vos promesses en amour, votre maîtresse sera sûrement heureuse.

ROSALINDE, loi donnant ta ch*tnc qu'eDe arait a ton cou.

Monsieur, portez ceci en souvenir de moi, d'une jeune Glle disgraciée de la fortune, et qui vous donnerait davantage si sa main avait des dons à offrir. — Nous retirons-nous , cousine?

Oui. — Adieu, beau gentilhomme!

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