‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 449 sur 689 · ACTE II, SCENE m · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE m

différentes; d'abord, sur les pleurs de l'animal qui tombaient dans le ruisseau, qui n'avait pas besoin de ce superflu : ■ Tu as raison , dit-il , tu » fais là ce que font les mondains dans leurs tes- » tamens : tu donnes à qui avait déjà trop. ■ Ensuite, sur ce qu'il était là seul , isolé , abandonné de ses compagnons veloutés : « Tu as raison , dit-

• il, c'est ainsi que le misérable quitte la foule et » les bruyantes sociétés. • Dans le moment, un troupeau sans souci , et les flancs arrondis par une abondante pâture , bondit autour de l'infortuné , et ne s'arrête point pour le saluer : « Oui , disait » Jaques, continuez, vous, gras et riches ci-

• loyens de ces lieux, continuez de tout enlever,

• c'est la mode : pourquoi vos regards s'arrête- » raient- ils sur ce pauvre malheureux , qui est

• ruiné et perdu sans ressource î > C'est ainsi que Jaques, par des traits de satire des plus mordans , attaquait la vie champêtre, la ville , la cour, et même la vie que nous menons ici , jurant que nous étions de vrais usurpateurs et de vrais tyrans, d'autant plus barbares, que nous avions la cruauté d'effrayer les animaux, et de les tuer dans le lieu même que la nature leur avait assigné pour patrie et pour demeure.

LE VIEUX DUC

Et l'avez-vous laissé dans cette méditation?

LE SECOND SEIGNEUR

Oui , monseigneur, nous l'avons laissé pleurant, et faisant des commentaires sur le cerf qui sanglotait.

LE VIEUX DUC

Montrez-moi l'endroit ; j'aime à être aux prises avec lui , lorsqu'il est dans ces accès d'humour chagrine ; car alors il est plein de morale et de saillies.

LE SECOND SEIGNEUR

Je vais , monseigneur, vous conduire droit à

Page 1