SCÈNE III. ?g
Et cependant telle est la destinée qui s'attache aux grands caractères : ils ont moins de privilèges que les hommes vulgaires. C'est un sort inévitable, comme la mort. Oui, celte calamité fatale nous saisit au premier instant où nous respirons. Desdemona vient!
(Entrent Desilrmon» et fruilii.)
Si elle est perfide, ab! le ciel même est complice de sa fausseté ! Je ne veux pas le croire.
DESDEMONA
Eh bien , venez-vous, mon cher Othello? Le repas est prêt , et les nobles insulaires invités par vous n'attendent que votre présence.
OTHELLO
Je suis dans mon tort
Pourquoi me parlez-vous d'une voix si faible? Seriez- vous indisposé?
OTHELLO
J'ai une douleur, ici , sur le front.
DESDEMONA
Sans doute c'est d'avoir été troublé dans votre sommeil ; cette douleur sera passagère. Laissezmoi seulement vous serrer le front de ce bandeau; dans quelques moinens elle sera dissipée.
OTHELLO
Votre mouchoir est trop petit
Laissez le mal à lui-même. Venez, je veux entrer avec vous.
DESDEMONA
Je suis affligée de vous voir souffrir.
ÉMILIA
Ah! bonheur! je le trouve enfin ce mouchoir, ce premier gage de tendresse qu'elle a reçu du More. Cent fois mon fantasque époux m'a pressé de m'en saisir. Mais fidèle à la prière du More de conserver toujours son gage, elle le chérit au point qu'elle le porte sans cesse sur elle , qu'elle le baise, ou lui adresse la parole. Je veux m'en emparer, et le donner à Jago. Qu'en veut-il faire? Le ciel le sait, moi je l'ignore. Il me suffit de complaire au caprice de mon époux.
(Eatro J*gn.)
JAGO
Quoi , vous voilà ! Que faites-vous ici seule?
ÉMILIA
Ne grondez pas; j'ai un présent pour vous.
OTHELLO
JAGO
Pour moi? —C'est une chose
ÉMILIA
Ah!
JAGO
D'avoir une sotte femme.
ÉMILIA
Oh! est-ce tout? Que voulez-vous me donner pour ce même mouchoir?
JAGO
Quel mouchoir?