‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 485 sur 689 · ORLANDO « OLIVIER · texte numérisé non relu

ORLANDO « OLIVIER

ORLANDO

Est-U possible que, la connaissant à peine, ayez sitôt pris du goût pour elle î qu'en que la voir vous en soyez devenu amoureux , et que, dès le premier sentiment d'amour, vous lui ayez fait votre déclaration ; et que, sur cette déclaration , elle ait consenti , et que vous persistiez à vouloir la posséder?

OLIVIER

Ne me parlez point de l'ivresse de cette passion soudaine , de l'indigence de ma maltresse , du peu de temps qu'a duré la connaissance , de ma décbhration précipitée , ni de son rapide consentement; mais dites avec moi que j'aime Aliéna , dites avec elle qu'elle m'aime, donnez-nous à tous deux votre agrément a notre possession mutuelle : ce sera un avantage pour vous; car la maison de mon père, et tous les revenus qu'a laissés le vieux chevalier Rowland, je veux les faire passer sur votre tête, et moi , vivre et mourir ici berger.

(Boire BoMliad*.; ORLANDO.

Vous avez mon consentement : que vos noces se fassent demain. J'y inviterai le duc et toute sa cour joyeuse. Allez, et disposez Aliéna; car voici ma Rosalinde que j'aperçois.

ROSALINDE

Dieu vous conserve, frère f OLIVIER.

Et vous aussi, aimable sœur.

ROSALINDE

O mon cher Orlando , combien je souffre de vous voir ainsi votre cœur en écharpe !

Ce n'est que i

ROSALINDE

J'avais cru votre cœur blessé par les dents de la lionne.

II est blessé , mais c'est par les yeux d'une

ROSALINDE

a-t-fl dit comme j'ai faitseni-

Votre frère

hih COMME VOUS L'AIMEZ,

blant de m'évanouir lorsqu'il m'a montré votre

OILANDO.

Oui ; et d'autres prodiges plus étonnans que cclui-la.

ROSALLNDE.

Oh ! je vois où vous voulez en venir,... En effet , cela est très-vrai. Il n'y a jamais rien eu de si soudain, si ce n'est le combat de deux béliers qui se rencontrent, et la fameuse fanfaronnade de César : Je mis venu, j'ai vu, j'ai vaincu. Car votre frète et ma sœur ne se sont pas plus tôt », qu'ils se sont envisagés ; pas plus tôt s, qu'ils se sont aimés ; pas plus tôt aimés, qu'ils ont soupiré mutuellement ; pas plus tôt soupiré , qu'ils s'en sont demandé l'un à l'autre la cause ; pas plus tôt su la cause, qu'Us ont cherché le remède. Et dans cette rapide gradation , il faut qu'ils montent ensemble à l'autel de l'hymen, et qu'on les unisse bien vite si l'on ne veut pas qu'il arrive quelque malheur avant le mariage ; ils sont vraiment dans la rage d'amour, et il faut qu'ils s'unissent. Le bras d'Hercule ne les séparerait pas.

ORLANDO

Us seront mariés demain , et je veux inviter le duc à la noce. Mais, hélas ! qu'il est amer de ne voir le bonheur que par les yeux d'autrui ! Demain , plus je croirai mon frère heureux de posséder l'objet de ses désirs, plus la tristesse de mon cœur sera profonde.

ROSALINDE

Quoi donc ! ne puis-je demain faire avec vous le rôle de llosalinde 1

ORLANDO

Non , je ne puis plus me nourrir d'illusions.

ROSALINDE

Eh bien ! je ne veux plus vous fatiguer de vains discours. Apprenez donc ( et maintenant je parle un peu sérieusement) que je sais que vous êtes un cavalier du plus grand mérite. — Je ne dis pas cela pour vous donner une idée avantageuse de

ma science mais je dis seulement que je sais

que vous éles tel.— Et je ne cherche point à usurper plus d'estime qu'il n'en faut pour vous inspirer quelque confiance en moi ; c'est uniquement dans la vue de vous faire du hieu, et non de flatter ma vanité. Croyez donc , si vous voulez , que je peux opérer d'étranges choses. Depuis l'âge de trois ans, j'ai en des liaisons avec un magicien

très profond dans son art , et qui n'en abusait pas pour le mal. Si votre amour pour Rosalinde tient d'aussi près à votre cœur que l'annoncent vos démonstrations, vous l'épouserez au moment môme où votre frère épousera Aliéna. Je sais à quelles extrémités la fortune a réduit Rosalinde ; il ne m'est pas impossible, si cela pourtant peut vous convenir, de la placer demain devant vos yeux elle-même en personne, et ceh sans aucun des dangers où peut exposer la magie.

ORLANDO

Parlez-vous ici le langage de la vérité et de la raison?

ROSALINDE

Oui , je le proteste sur ma vie , à laquelle je suis tendrement attaché, quoique je me dise magicien (1) : ainsi, mettez votre plus belle parure, invitez vos amis ; car si vous voulez décidément être marié demain , vous le serez , et à Rosalinde , si vous le voulez. ( Entrent SjJtio» « PMM. ) Voyez : voici une bergère qui m'aime, et un berger qui est amoureux d'elle.

jeune homme, vous avez bien mal agi avec moi, en montrant la lettre que je vous avais écrite.

ROSALINDE

Si je vous ai manqué , je ne m'en embarrasse guère. C'est mon plaisir et mon goût de me montrer dédaigneux et sans égards pour vous. Vous traînez là à votre suite un berger Adèle : tournez vos regards sur lui ; aimez-le : il vous adore.

Bon berger, dis à ce jeune homme ce que c'est que l'amour.

SYLVTUS.

Aimer, c'est être toujours plein de larmes et de soupirs ; et voilà comme je suis pour Phébé.

PHEBÉ.

Et moi pour Ganymède.

ORLANDO

Et moi pour Rosalinde.

ROSALINDE

Et moi , je ne suis tel pour aucune femme.

SYLVIUS

Aimer, c'est être tout fidélité et dévouement.

(i) II parait par là que celle pièce «été écrile <la temps du roi Jacques , où l'on fit des poursuites i reuses contre les sorcières et les magiciens.

Warjcbto*.

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