ACTE III
les tribuns ne vous entendent point , personne ne vous écoute ici, et vous racontez vos douleurs à tuie pierre insensible.
TITUS
Ah ! Lucius , laisse-moi plaider la cause de tes frères. — Graves tribuns, je vous adresse encore une fois ma prière.
Mon gracieux seigueur , il n'y a pas de tribun pour vous entendre.
TITUS
N'importe; s'ils m'entendaient, ils ne feraient pas attention à moi ; ou bien , comme je leur suis entièrement inutile , ils m'entendraient sans prendre aucune pitié de moi : ainsi c'est aux pierres que je raconte mes douleurs ; si les pierres ne peuvent répondre à mes plaintes , du moins sont elles en quelque sorte plus pitoyables que les tribuns : elles ne veulent pas, comme eux , étouffer mes gémissemens quand je pleure, elles reçoivent patiemment mes larmes , et semblent s'amollir , s'attendrir avec moi ; si elles étaient couvertes de deuil, Rome n'aurait point de tribun aussi sensible qu'elles. Oui , la pierre est une cire flexible, les tribuns sont plus durs que les rochers; la pierre est silencieuse et n'offense point le malheureux , et les tribuns ont une langue homicide qui condamne les hommes à la mort. Riais pourquoi te vois-je armé de ton épéc nue?
C'était pour arracher à la mort mes deux frères ; et pour l'avoir entrepris, les juges ont prononcé contre moi la sentence d'un bannissement étemel.
TITCS.
Que tu es heureux ! Ils t'ont traité avec amitié. Quoi ! insensé Lucius , tu ne vois donc pas que Rome n'est qu'un repaire de tigres, et il faut aux tigres une proie , et Rome n'en a point d'autre à leur offrir que moi et les miens. Ah ! que tu es heureux d'être banni loin de ces tigres dévorans ! — Mais qui vient ici, avec notre frère Marcus?
(Bnlrot Marc» M LtTiaia.) MARCUS.
Titus , prépare-toi à verser bien des larmes ; ou, si tu ne peux te soulager à en répandre, il faudra que ton cœur se brise de douleur : j'apporte à ta vieillesse un chagrin qui doit consumer le reste de ta vie.
TlTl'S.
Ah T s'il en est ainsi , hâte-toi donc de me montrer ce chagrin.