ACTE IV, SCÈNE II
tour a tour nos
à notre merci, pour assouvir
DÉMÉTRIUS
Que vois-je ici? Un rouleau, écrittout autour ? Voyons.
Jntegcr Tilc, ««-lerisque ponn, Konegel Mauri jiculb.neque arcu(l).
CHIRON
Ob! c'est un passage d'Horace : je me le rappelle à merveille : je l'ai lu il y a bien long-temps dans la grammaire.
AARON
Oui, fort bien. C'est un passage d'Horace: justement, vous y êtes, (k pan.) Ce que c'est que d'être un ânel Ce n'est pas ici une folle plaisanterie : le vieillard a découvert leur crime ; et il leur envoie ces armes enveloppées de ces vers, qui les blessent au vif sans qu'ils le sentent. Si notre rusée impératrice était levée, eue applaudirait à l'idée ingénieuse d'Andronicas ; mais laissons-la reposer quelque temps sur son lit de douleur. — Eh bien, jeunes seigneurs, n'est-ce pas une heureuse étoile qui nous a conduits à Rome, étrangers, captifs , pour être élevés à cette fortune suprême? J'ai beaucoup joui en bravant le tribun devant la porte du palais, à l'oreille même ae son lreie.
DÉMÉTRIUS
Et moi je jouis plus encore , de voir nn homme si illustre s'insinuer bassement dans notre faveur, et nous envoyer des présens. *
AARON
N'a-t-il pas raison, Démétrius? N'avex-vous pas traité sa fille en ami?
DÉMÉTRIUS
Je voudrais que nous eussions un millier de
(1) Le «en» est : a L'homme dont la rie est pare et eieaipte de crime, n'a besoin ni de l'arc ni des fle- » ches du Maure. »
CHIRON
Voilà un souhait charitable et plein d'amour!
AARON
Il ne manque ici que votre mère pour applaudir à votre voeu.
CHIRON
Et elle y applaudirait, y eût-il vingt mille Romaines de plus dans le même cas.
DÉMÉTRICS.
Venez, partons : allons prier les dieux pour notre tendre mère, qui est à présent dans Ira douleurs
AARON à part.
Priez plutôt tous les démons : les dieux i ont abandonnés.
Pourquoi les trompettes de tissent-elles ainsi?
CHIRON
Apparemment pour la joie qu'il ressent d'avoir
un fils.
DÉMÉTRIUS
Silence : qui vient ici?
(Fnlre uoe noorrirc, arec no enfanC Bore.)
LA NOURRICE
Salut, seigneurs! Dites-moi, avez-voos vu le More Aaron?
AARON
(1) Le voici , Aaron : que voulez-vous à Aaron?
LA NOURRICE
Mon cher Aaron, nous sommes tous perdus: venez à notre secours , ou le malheur vous accable à jamais.
AARON
Quoi! que tenez-vous la qui miaule dans vos bras?
LA NOURRICE
Oh ! ce que je voudrais cacher à l'œil descieux ; l'opprobre de notre impératrice, et la disgrâce de
(1) Ceci est précédé de ce vers, que nous ne traduirons pas plus que ne l'ont fait Lelourneur et M. Gulzot :
L'on voit qu'il y a an Jeu de rt more, plus.
or lest, or ne'er a whit ai ail.
W (More)
TITUS ANDROXICUS.
superbe Rome. — Elle est délit rte, seigneurs, che est délivrée.
AAEON.
A qui?
LA NOURRICE
il OS SOD lit-*
bon repos! Que
Je veux dire qu'elle es
AAEON.
Eb bien , que Dieu In lui a-t-U envoyé?
LA NOURRICE
Un démon.
AARON
Elle est donc la femme du diable? Une heureuse lignée!
LA NOCREICE.
Dites, une malheureuse lignée; nn fruit des plus hideux , affreux et noir; une source de maux et de chagrins. Le voilà l'enfant, aussi dégoûtant qu'un crapaud, au milieu des beaux nourrissons de notre climat. — L'impératrice tous l'envoie , comme votre image , marquée de votre empreinte, et vous ordonne de le baptiser avec la pointe de
Le faut-il absolument, nourrice? Eu ce cas. qu'aucun autre que moi n'attente à la vie de nu chair et de mon sang.
AARON
Hors d'ici , hors d'ici , coquine que vous êtes ! La couleur noire est-elle donc une couleur si vile? Cher poupon, gros pàt<>, tu fais un joli bouton de fleur, cela est sûr.
Misérable, qu'as-tu fait?
AARON
Ce que tu ne peux défaire.
CHIRON
Tu as perdu notre mère.
AARON
Malheureux! j'ai fait plaisir à ta mère.
DÉMÉTRIUS
Oui , dogue infernal , et c'est en cela que tu l'as perdue. Malheur à son fruit , et maudit soit son choix détestable! Malédiction sur la lignée d'un si noir démon !
CHIRON
Il ne vivra pas.
AARON
Il ne mourra pas.
LA NOURRICE
Aaron, il le faut : sa mère le veut ainsi.
J'embrocherai le petit crapaud sur la pointe de mon épee. Nourrice, donne -le -moi; mon epee Paura bientôt expédié.
AARON
Cette épée t'aurait plus vile encore labouré les entrailles. — Arrêtex, lâches meurtriers! YooJatous tuer votre frère? Par les flambeaux dn firmament , qui brillaient d'un si grand éclat lorsque cet enfant fut engendré , il meurt de la pointe affilfV de mon cimeterre, celui qui ose touchera cet enfant , mon premier-né et mon héritier ! Je vous dis, jeunes étourdis, qu'Encelade lui-même avec toute la race menaçante des en fans de Typhon , ni le grand Hercule, ni le dieu de la guerre, n'auraient pas le pouvoir d'arracher cet enfant des mains de son père. Quoi ! quoi ! vous, physionomies sanguines au co?ur vide et léger ; visages couleur de murs plâtrés; rouges enseigna de cabaret! Le noir est au-dessus de tout autre teint , il dédaigne de recevoir aucune autre couleur : toute l'eau de l'Océan ne blanchirait jamais les jambes noires du cygne, quand il les laverait à toutes les heures dans les flots. — Dites de ma part à l'impératrice que je suis d'âge à ver ma postérité ; qu'elle le prenne voudra.
Venx-tn trahir ainsi ta noble maîtresse?
AARON
Ma maltresse n'est que ma maîtresse ; et cet enfant , c'est moi-même , la vigueur et le portrait de ma jeunesse : je le préfère à l'univers entier ; et en dépit de l'univers entier, je conserverai ses jours; ou Rome verra quelques-uns de vous en porter la peine.
* DÉMÉTRIUS
Cet enfant déshonore à jamais notre mère.
CHIRON
Rome la méprisera pour cet odieux écart.
LA NOURRICE
L'empereur, dans sa rage, la condamnera à la mort.
CHIRON
.le rougis . quand je songe à cette ignominie.