ACTE IV, SCÈNE II
AARON
Voilà donc le privilège de votre beau teint : malheur à cette coulear traîtresse , qui trahit par la ; rougeur les secrètes pensées du cœur ! Ce jeune ; enfant est formé d'une autre nuance. Voyez comme j son minois sourit à son père, et semble lut dire : j ■ Mon vieux père , je suis semblable à toi. » Il est ! votre frère, seigneurs; visiblement nourri du , môme sang qui vous a donné la vie ; et il s'est ; élancé à la lumière du même sein où vous avez été j emprisonnés. Oui, il est votre frère, et du côté , le plus certain , quoique mon sceau soit empreint sur sa face.
LA NOURRICE
Aaron, que dirai-je à rimpératrice ?
DÉMETRIUS.
Réfléchis , Aaron , sur le parti qu'il faut prendre, et nous souscrirons tous à ton avis. Sauve l'enfant, pourvu que nous soyons tous en sûreté.
AARON
Asseyons-nous , et délibérons tous ensemble ; ; mon fils et mot , nous nous placerons au vent de vous : tenez-vous là. Maintenant parlez à loisir des moyens de votre sûreté.
(ni t'ataerent k tant. ) DÉMÉTR1US.
Combien de femmes ont déjà vu cet enfant?
AARON
Allons, fort bien, braves seigneurs. Quand nous sommes tous unis, je suis doux comme un agneau ; mais si vous irritez le More , le sanglier en fureur, la lionne des montagnes , l'Océan en courroux ne seraient pas aussi redoutables qu' Aaron. — Mais , répondez , combien de personnes ont vu l'enfant?
LA NOURRICE
Cornélic la sage -femme, et moi; hors nous j deux, personne autre que l'impératrice sa mère, j
AARON
L'impératrice, la sage-femme, et vous. — Deux peuvent garder le secret , quand le troisième n'est plus : va trouver l'impératrice ; dislui ce que je viens de dire. (nu« u BoBrri«o Aie t aie! ainsi crie un cochon de lait qu'on arrange pour la broche.
DEMÉTRIL'S.
Que prétends-tu donc, Aaron? Pourquoi l'estu porté à cette action?
AARON
Oh i seigneur, c'est un acte de politique : la laisserai-je vivre , pour trahir le crime de rimpératrice et le mien? une commère de son espèce à qui la langue démange de parler? Non , seigneur, non. Et maintenant connaissez toute l'étendue de mes desseins. Près d'ici habite un certain Muliteus , mon compatriote; sa femme n'est accouchée que d'hier. Son enfant lui ressemble , il est beau comme vous et de votre couleur : allez arranger le marché avec lui, donnez de l'or à la mère , et instruisez-les tous deux de tous les détails de Paiïaire, peignezleur comment leur fils, par cet arrangement, sera élevé et reçu pour l'héritier de l'empereur, et substitué à la place du mien , afin d'apaiser cet orage qui se forme à la cour , et que l'empereur le caresse pour son enfant. M'entendez-vous , seigneurs? Et Voyez, (monlrwi I* nourrie.) je lui ai donné une potion médicale. — Il faut que vous preniez soin de ses funérailles. Les champs ne sont pas loin , et vous êtes de braves compagnons. Cela fait, songez à ne pas prolonger les délais, mais envoyez-moi sur-le-champ la sage-femme. La sage-femme et la nourrice une fois écartées , libre alors aux dames de jaser à leur gré.
CHIRON
Aaron , je vois que tu ne veux pas confier aux vents tes secrets.
DÉMETRICS.
Pour le soin que tu prends de l'honneur de Ta mora , elle et les siens te doivent la plus haute reconnaissance.
(II» «orient.)
AARON
Courons vers les Goths , aussi rapidement que l'hirondelle, pour y placer le trésor qui est dans mes bras, et saluer secrètement les amis de l'impératrice. — Allons , viens, petit malheureux aux lèvres épaisses: je t'emporte de ce palais, car c'est toi qui nous donnes de l'embarras. Je te ferai nourrir de fruits sauvages et de racines agrestes» de lait caillé, de petit-lait; je le ferai téter la chèvre et loger dans une caverne, et je t'élèverai pour être un guerrier et commander un camp.
(U Mrt.)
TITUS ANDRONICfJS.
sckne in.