‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 524 sur 689 · TITUS, LE VIEUX MARCUS, LE JEUNE · texte numérisé non relu

TITUS, LE VIEUX MARCUS, LE JEUNE

LUC1US, •tHtmKo««iut«oaBt(lM«t««.-Titii*p«rui les floches, le*qnellea ont des leUre» À leurs [fointe**

Viens,Marcus, viens.— Coasins, voici le chemin. — Allons, mon enfant, voyons ton adresse à tirer. Vraiment , tu ne manques pas le but, et la flèche le frappe aussitôt. Astrée a quitté la terre (1). — Rappelez-vous bien , Marcus. — Elle est partie, elle est partie.— Seigneurs, songez à vos inst rumens. — Vous, cousin, vous irez sonder l'Océan , et vous jetterez vos filets : peut-être trouverez-vous la justice au fond de la mer; et cependant il y en a aussi peu sur mer que sur terre. — Non, Publius et Sempronius, il faut que vous fassiez cela : c'est vous qui devez creuser avec la bêche et la pioche , et percer le centre profond de la terre , et lorsque vous serez arrivés à la région de Pluton , je vous prie , présentez-lui cette requête : dites-lui que c'est pour demander justice et implorer son secours; et que c'est de la part du vieillard Andronicus, accablé de chagrins et gémissant dans le sein de l'ingrate Rome. —Ah, Rome ! — Oui, j'ai fait ton malheur du jour que j'ai réuni les suffrages du peuple sur l'ingrat qui me tyrannise ainsi. — Allez, partez, et je vous prie, soyez bien attentifs tous, et ne laissez pas un seul vaisseau de guerre sans y faire une exacte recherche : cet empereur impie pourrait bien l'avoir embarquée pour l'écarter d'ici; et alors, cousins, nous pourrions appeler en vain, et cher-

MARCUS

O Publius, n'est-il pas déplorable de voir ainsi ton digne oncle dans le délire de la démence?

PUBLIUS

C'est pour cela , monseigneur, qu'il nous importe beaucoup de ne pas le quitter, de veiller sur sa personne jour et nuit, et de traiter le plus doucement que nous pourrons sa folie , jusqu'à ce que le temps apporte quelque remède salutaire à

(t) Terras Atirta rcliqtût.

Cousins , les chagrins sont an-dessus de tous fc-s remèdes. Joignons-nous aux G oths, déclarons une guerre vengeresse à Rome ; punissons-la de son ingratitude par sa ruine, et que la vengeance atteigne le traître Saturninus.

TITUS

Eh bien, Publius, eh bien, mes amis, Virexvous rencontré?

publics.

Non, mon bon seigneur ; mais Pluton vous envoie dire que , si vous voulez obtenir vengeance de l'enfer, vous l'aurez. Quant à la justice , elk est occupée, a ce qu'il croit, avec Jupiter dans l'Olympe ou quelque part ailleurs ; en sorte que vous êtes forcé d'atteudre quelque temps.

TITUS

Il me fait outrage de m'éconduire ainsi me ses délais. Je me plongerai dans le lac hrûlant de l'abîme, et je saurai vous l'arracher de l'Acbéroa par les talons. — Marcus , nous ne sommes que des roseaux : nous ne sommes pas des cèdres; nous ne sommes pas des hommes charpentés d'osseiuens gigantesques, ni de la force et de la stature des Cyclopes ; mais nous sommes d'une trempe dure comme l'acier, et cependant écrasés de plus d 'outrages que notre dos n'en peut supporter. — Puisque la justice n'est ni sur la terre ni dans les enfers, nous solliciterons le ciel, et nous fléchirons les dieux , et les déterminerons à renvoyer 1a justice ici-bas pour venger nos affronts. Allons , à l'ouvrage. — Vous êtes un habile archer, Marcus,

(II lai donne de* fliche*. ) A Jupiter, Voilà pOUT toi. —

Ici, à Apollon. A Mars. C'est pour moi-même. — Ici , mon enfant , à Pallas. — Ici , à Mercure. — A Saturne, et au ciel ; et non pas pour Saturninu*. — Il vaudrait autant quo tu lançasses ta flèche contre le vent. — Allons, décoche, enfant. Marcus, tire, quand je te l'ordonnerai. Sur ma parole , j'ai écrit cette liste à merveille : il ne reste pas un dieu qui n'ait sa requête.

MARCUS

Cousins, lancez toutes vos flèches vers la cour : nous mortifierons l'empereur dans son orgueil.

TITUS

Allons, amis, décochez. (u*umbl) A merveille, Lucius. Cher enfant, dans le sein de la vierge, vise à Pallas.

Page 1