HEU MA
Si les vrais amans ont toujours été traversés, et que ce soit une loi établie par le destin , apprenez donc à la subir avec patience, puisque c'est un revers ordinaire et aussi inévitable pour les amans, que les pensées, les songes, les soupirs, les désirs et les larmes , sont inséparables d'un cœur atteint
LYSANDRE
Prudent et sage conseil! Écoute-moi donc, Hermia : j'ai une tante, qui est veuve, riche douairière , possédant une immense fortune , et qui n'a point d'enfans. Sa maison est éloignée d'Athènes de sept lieues; elle me regarde et me chérit comme son propre et unique fils. Dans cet asile, Hermia , je veux t'épouser ; et la dure loi d'Athènes ne peut nous y poursuivre. Ainsi , si tu m'aimes , dérobe-toi de la maison de ton père demain, dans la nuit; et dans le bois, à une lieue hors de la ville, au même endroit où je te rencontrai une fois avec Hélène, allant rendre votre culte annuel à la première aurore de mai : la , je te promets de l'attendre.
HERMIA
Mon bon Lysandre, je te jure, par l'arc le plus fort que possède l'Amour, par la plus sûre de ses flèches dorées, par la douce candeur des colombes de Vénus, par les nœuds secrets qui enchaînent les ames, et font prospérer les amours , par les feux dont brûla la reine de Garthage , lorsqu'elle vit le perfide Troyen fuyant a pleines voiles (1), par tous les sermens que les hommes ont violés, sermens plus nombreux que n'ont jamais été les vœux des femmes ; je te le jure : au lieu même que tu viens de m'assigner, demain, sans faute, j'irai te rejoindre.
(I) Nous n'avons pas besoin de faire remarquer l'a-
LYSANDRE
Tiens ta promesse, voici Hélène qui vient à
— Vois
HERMIA
Que le bonheur vous suive , belle Hélène! Où
Vous m'appelez belle! Ah! rétractez- vous , et séparez ce mot du nom d'Hélène. Démétrius aim<> votre beauté, 6 heureuse beauté! vos yeux sont l'astre des amans; et la douce mélodie de votre voix flatte plus l'oreille du berger que le chant de l'alouette, lorsque les blés sont verts, et que le bouton de rose commence à sortir des épine;.. La maladie se gagne et se communique : oh ! que n'en est-il ainsi des traits de la beauté! je m'emparerais des vôtres , belle Hermia , avant de vous quitter. Mon oreille saisirait votre voix; mes yeux, vos regards ; et ma langue enlèverait le doux accent de la vôtre. Si l'univers était à moi ; tout, excepté Démétrius , je vous le donnerais pour le transformer et le parer de vos charmes. Oh ! enseignez-moi la magie de vos regards, et par quel art vous gouvernez les mouvemens du cœur de Démétrius.
HERMIA
Je ne lance jamais sur lui qu'un œil de courroux , et cependant il m'aime toujours,
HÉLÈNE
Oh ! que mon sourire pût faire l'heureuse im-
Je le maudis , et cependant il ne m mour pour mes malédictions.
HÉLÈNE
Oh ! que mes prières pussent éveiller en lui pa-
Plus je le hais , plus il s'obstine a i
HÉLÈNE
Plus je l'aime, plus il s'obstine à me haïr.
HERMIA
Sa folle passion, chère Hélène, n'est point ma
Non : ce n'est que la faute de votre beauté. Ah ! plût au ciel que votre faute fût la mienne !