‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 570 sur 689 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

point : si je l'aimai jamais, cet amour est tout à fait anéanti. Mon cœur n'a fait que séjourner avec elle en passant, comme un hôte étranger; et maintenant il est retourné à Hélène , comme dans son élément natal, pour s'y fixer à jamais.

LYSANDRE

Hélène, il n'en est pas ainsi.

DÉMÉTRIUS

Ne calomnie pas la foi que tu ne connais pas , de crainte qu'à tes périls tu ne le paies cher. — Regarde de ce côté : voilà ton amante qui vient.

( Entra Her.U.)

HERMIA

Nuit sombre, si tu suspends l'usage de9 yeux, tu rends l'oreille plus sensible aux sons : en affaiblissant un sens, tu en dédommages l'homme en perfectionnant l'autre. — Ce ne sont pas mes yeux , Lysandre , qui t'ont découvert ; c'est mon oreille , et je lui en rends grâces, qui m'a guidée vers loi au son de la voix. Mais pourquoi m'as-tu quittée si désobligeamment?

Pourquoi resterait-il , celui que l'amour presse de marcher?

HERMIA

Et quel amour pouvait forcer Lysandre à s'éloigner de mes côtés?

LYSANDRE

L'amour de Lysandre , et qui ne lui permettait pas de rester, c'était la belle Hélène ; Hélène, qui rend la nuit plus brillante que tous ces globes enflammés, et tous ces yeux de lumière attachés au firmament. Pourquoi me cherches-tu? Celte démarche ne te faisait-elle pas assez connaître que c'était la haine que je te portais qui m'a fait te quitter ainsi?

HERMIA

Vous ne pensez pas ce que vous dites : cela est impossible.

HÉLÈNE

Voyez : elle aussi estdu complot! Je le vois bien, à présent, qu'As se sont concertés tous les trois pour arranger cette scène de dérision à mes dépens. Outrageuse Hermia! fille ingrate ! avez-vous donc conspiré, avez-vous comploté avec ces cruels de me faire subir cette insulte ignominieuse? Est-ce là le prix de cette familiarité, de cette confiance mutuelle de nos deux cœurs, de ces vœux de nous aimer comme deux sœurs, de tant de douces heu-

LE SONGE D'ÉTÉ

res que nous passions ensemble , et où nous reprochions au temps de trop hâter sa marche et l'instant où ii fallait nous séparer ? Oh ! tout cela est-il oublié ? et cette tendre amitié commencée aux écoles? et cette innocence de jeux de notre enfance? Hennia , nous avons , par un art égal au pouvoir des dieux, créé toutes les deux avec nos aiguilles une même fleur , sur un seul modèle, assises sur un seul coussin, et chantant une même chanson sur un seul air , comme si nos mains, nos personnes, nos voix et nos aines eussent appartenu à un seul et même corps : c'est ainsi que nous avons grandi ensemble , comme deux cerises jumelles , en apparence séparées , mais, dans leur séparation, unies et sortant de la même tige : on voyait deux corps, mais qui n'avaient qu'un cœur , tels que deux quartiers de cottes d'armoiries dans le blason, qui n'appartiennent qu'à un seul écu et qui sont couronnés d'une seule couronne. Et vous voulez rompre violemment le nœud de notre ancienne tendresse , pour vous joindre à des hommes dans l'odieux complot d'outrager et de bafouer votre pauvre amie? Oh ! ce n'est pas là le procédé d'une amie , d'une jeune fille honnête : tout notre sexe a droit, aussi bien que moi , de vous reprocher ce traitement , quoique je sois la seule qui en ressente l'outrage.

Je suis confondue d'étonnement d'entendre vos reproches amers : je ne vous insulte point ; il me semble plutôt que c'est vous qui vous raillez de

HÉLÈNE

N'avez-vous pas excité Lysandre à se faire un jeu de m'insulter, en s'attachant à mes pas, et de vanter par ironie mes yeux et ma beauté? El n'avez-vous pas engagé votre autre amant, Déïnétrius, qui, jusqu'à ce moment, m'aurait volontiers repoussée d'un pied brutal et méprisant , à m appeler déesse, nymphe, divine et rare merveille, beauté céleste et sans prix? Pourquoi m'adresset-il ce langage, à moi qu'il hait? Et pourquoi I.ysandre rejettc-t-il votre amour, si bien établi dans son cœur, pour me l'offrir à moi , si ce n'est pas d'après votre instigation, et de votre consentement? Si je n'ai pas autant de grâces que vous, vous, si recherchée des amans, si heureuse et si riche, n'en suis-je pas trop punie? Aimer sans être aimée , n'est-ce pas pour moi le comble du mal-

heur? Ce sort affreux devrait plutôt que vos mépris.

H l'.RMIA.

Je ne puis comprendre ce que vous voulez dire.

Oui , oui ; continuez , continuez d'affecter on air sérieux et surpris ; lancez-vous des cwp d'œil dès que je tourne le dos ; faites-vous Tua i l'autre des signes d'intelligence ; faites durer ce» farce qui vous amuse tant ; il en sera parlé dus ie monde de cette scène si bien filée. — Si vous aviez quelque pitié, quelque générosité dans fut, quelque sentiment des procédés honnêtes, voosne feriez pas un si vil abus de ma personne. Biais I adieu, je vous laisse. C'est aussi en partie de m ! faute ; et la mort ou l'absence en seront bientôt / remède.

LYSANDRE

Arrêtez, aimable Hélène : écoutez mon «case, ma bien-aimee, ma vie, mon ante, belle et chère Hélène.

HÉLÈNE

Oh, excellent !

BERMIA.

Cher amant . ne l'insulte pas ainsi.

DÉMÉTO1US.

Si elle ne l'obtient pas de bon gré , je puis l> forcer, lui.

LYSANDRE

Tu ne peux pas plus m'y forcer qu'Hermu l'obtenir en priant. Tes menaces n'ont pas plu* b force que ses impuissantes prières. — Hélène, je t'adore; oui, sur ma vie, je l'aime; je le jure sur ma vie, que je veux perdre pour toi, pour convaincre de mensonge celui qui osera dire qwj« ne t'aime pas.

DÉMÉTRI1S.

Je te proteste que je t'aime plus qu'il ne r** t'ai mer.

LYSANDRE

Si tu parles ainsi, viens à l'écart, et pnw,f" le-moi.

DÉMÉTRIUS

Allons, sur-le-champ, viens.

HERMIA

Lysandre , où peut tendre ce débat?

LYSANDRE

[ Loin de moi . Éthiopienne!

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