LE PROLOGUE
« Messieurs, peut-être êtes-vous étonnés de ce
spectacle ; mais étonnez-vous jusqu'à ce que la vérité vienne tout éclaircir. Ce personnage, c'est Pyrame, si vous voulez le savoir. Cette belle dame , c'est Tbisbé , pour le certain. Cet homme . enduit de chaux et de crépi, représente cetti odieuse muraille qui séparait ces deux amans ; et les pauvres enfans, il faut qu'ils se contentent de se murmurer quelques mots de tendresse au travers d'une lézarde ; et il ne faut pas que personne s'en étonne. Cet autre , avec sa lanterne , un cbm et un buisson d'épines , représente le clair de lune; car, si vous voulez le savoir, ces deai amans ne firent pas scrupule de se donner rendezvous au clair de lune, à la tombe de Ninus, pour s'y faire la cour. Cette terrible bête , qui, de sou nom , s'appelle un lion , fit reculer de son cri , 01 plutôt épouvanta la fidèle Thisbé, venant dam l'ombre de la nuit ; et , en fuyant , elle laissa tomber son voile, que l'infâme lion teignit de a gueule ensanglantée. Aussitôt arrive Pyrame, ce beau et grand jeune homme , et il trouve k manteau sanglant de sa fidèle Tbisbé. A ceue vue , avec son cimeterre, son coupable et sanguinaire cimeterre, il se perce bravement son brate sein , d'où le sang sort en bouillonnant: et Thisiv, qui s'était arrêtée sous l'ombrage d'un muner, retira son poignard , et mourut. Quant au reste des personnages, vous, le lion, le clair de lune, la muraille et les deux amans , discourez en loa§ et en large en lignes rimées, tant que vous ! ici en scène. »
Je serai fort surpris si le lion doit
DÉMÉTRIUS
Il n'y a rien d'étonnant à cela , mon prince: un lion peut parler, si tant d'ânes le peuvent (1).