ACTE I, SCÊNB IL
ALQRIADE.
Mon cœur, monseigneur, est toujours prêt à tous servir.
TIMON
Tous aimeriez mieux avoir surpris dans leur balte du matin une troupe d'ennemis que d'assister à ce dîner d'amis.
II est vrai , monseigneur : lorsque leur sang vient de couler, il n'est point de mets plus délicieux pour moi ; je souhaiterais à mon meilleur ami de se trouver à pareille féte.
APEMANTUS.
En ce cas , je voudrais que tous ces flatteurs fussent tes ennemis, afin que tu pusses les égorger et m'inviter au festin.
LUCUIXUS.
Si jamais , monseigneur, nous avions le bonheur que vous missiez nos cœurs à l'épreuve ; si jamais vous nous fournissiez l'occasion de montrer une partie du zèle qui nous anime, nous serions au comble de nos vœux.
TIMON
Oh! ne doutez pas, mes bons amis, que les dieux u'aient eux-mêmes réservé dans l'avenir un jour où j'aurai besoin de vos secours. Autrement, pourquoi seriez-vous devenus mes amis? Pourquoi seriez-vous choisis entre mille autres pour porter ce titre sacré de tendresse , si vous n'étiez pas nés pour appartenir de plus près à mon cœur? Je me suis dit de vous à moi-même plus de choses que votre modestie n'en peut jamais avouer, et je vous en fais ici la déclaration sincère. O dieux ! m'écriai-je dans mon ame , qu'aurions-nous besoin d'amis si nous ne devions jamais avoir besoin d'eux? Que seraient-ils de plus qu'un instrument suspendu ou enfermé dans un étui, et qui , plein de sons mélodieux, reste muet? Oui, j'ai souhaité souvent de devenir plus pauvre, afin de me rapprocher davantage de vous : nous sommes nés pour faire du bien. Et quel bien est plus à nous que les richesses de nos amis? Oh! quel précieux avantage d'en avoir autant que j'en rassemble ici . sous mes yeux , tous frères et tous rois de la fortune l'un de l'autre ! O volupté dont le cœur jouit en idée, avant même que l'occasion du bienfait soit née ! Mes yeux attendris ne peuvent retenir leurs tarmes. — Allons, pour noyer leur faute, j'ai bu à leur santé.
APEMANTUS.
Timon , plus tu pleures, plus ton vin se boit.
DEUXIÈME SEIGNEUR
Ce doux sentiment a fait la même impression sur nos yeux, et nos larmes coulent
TROISIÈME SEIGNEUR
Je vous proteste, seigneur, que vous m'avez beaucoup ému.
APEMANTUS.
Beaucoup.
(Son de trompette.) TIMON.
Qu'annonce cette trompette? Qu'y a-t-il?
lEnlw «a tenriUar.) LE SERVITEUR.
Permettez , monseigneur; il y a là des dames qui demandent à entrer.
TIMON
Des dames? que désirent-elles?
IE SERVITEUR
Elles ont avec elles un courrier qui est chargé d'annoncer leurs intentions.
TIMON
Vraiment, je vous en prie, faites-les entrer.
( Entre Capidoa.)