SCÈNE II
LE FOU
Je n'aime point à suivre toujours un amant , on frère aîné , ou une femme ; je pourrais ajouter : un philosophe.
FLAVIUS
Allez faire un tour de promenade , sans vous écarter, je vous prie; je vous parlerai dans un moment.
(ApeoiaotM et le fou torient.) TIMON.
Vous m'étonnez fort I Pourquoi ne m'avez-vous pas exposé plus tôt l'état de mes affaires? J'aurais pu proportionner mes dépenses à ce qu'il me reste de facultés.
FLAVIUS
Vous n'avez jamais voulu m'entendre ; je vous l'ai proposé plusieurs fois.
TIMON
Allons. Vous aurez peut-être pris le moment où quelque indisposition me forçait à vous renvoyer, et ce prétexte vous a fourni l'excuse que vous me donnez.
0 mon bon maître ! je vous ai présenté mille fois mes comptes, je les ai mis devant vos yeux ; vous les avez toujours rejetés , en disant que vous vous reposiez sur mon honnêteté. Quand pour quelque léger cadeau , vous m'avez ordonné de rendre dix fois plus, j'ai secoué la tête et j'ai gémi ; j'ai fait plus , je suis sorti des bornes du respect, en vous exhortant à tenir votre main plus fermée. Combien de fois n'ai -je pas essuyé de votre part des réprimandes assez dures, quand j'ai voulu vous ouvrir les yeux sur le délabrement de vos affaires et sur l'abîme de vos detles accumulées! O mon cher maître! quoiqu'il soit bien tard aujourd'hui de m'écouter, en voici pourtant le moment ; toutes vos richesses ne suffiraient pas pour payer la moitié de vos créanciers.
TIMON
Eh bien, qu'on vende toutes mes terres.
FLAVIUS
Vos terres! Toutes sont engagées; une partie est décrétée et perdue; à peine nous en restc-t-il assez pour apaiser les créances échues. L'avenir amène à grands pas les autres échéances. Qui cependant nous aidera ? Qui nous mettra en état de solder tout notre compte?
TIMON
Mes possessions yétendaient jusqu'à Lacedémone.
TIMON D'