‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 635 sur 689 · scène m · texte numérisé non relu

scène m

lis ion.

Kntr* TIMON.

TIMON

O soleil, père de tous les biens, pompe les pras impures vapeurs de la terre; infecte l'air depuis la sphère de ta sœur jusqu'à notre globe. — Deux frères jumeaux, sortis du même sein, conçus, formés et nés presque au même instant, éprouvent des destinées bien contraires! le plus grand

méprise le plus petit. L'homme , malgré tous les maux qui l'assiègent et lui rappellent son origine, ne peut supporter une grande fortune sans méconnaître sa nature et mépriser son semblable. Qu'on élève ce mendiant, et qu'on dépouille ce sénateur; le premier va jouir des honneurs d'une naissance illustre, et le second traînera un mépris héréditaire. C'est l'opulence (1) qui enfle l'existence, et fait les beaux jours de l'homme; c'est la pauvreté qui amaigrit son bonheur, etdecnarnesa vie. Quel homme dans la fierté d'une ame droite et pure , osera dire : Voici un flatteur? S'il en est un seul, ils le sont tous; car ils se suivent tous comme un troupeau : chaque degré de la fortune est aplani par celui qui descend. La tr-te savante s'incline devant l'imbécile vêtu d'or : tout est oblique et faox dans l'homme ; rien de vrai dans notre nature maudite que le Yice et la perversité. Maudites soient donc les fêtes, les sociétés et les assemblées des hommes! Timon hait et méprise son semblable ; il se hait lui-même. Que la destruction anéantisse le genre humain ! — O terre, cède-moi quelques racines. (iicmMiatan*.) Que l'homme qui te demande quelque chose de plus reçoive de toi, dans sa bouche, les plus violens poisons! — Que vois-je? de l'or? Quoi ! ce jaune, ce brillant et précieux métal? Non , dieux , je ne vous demande rien de superflu. — Des racines, justes dieux ! — Seulement cette dose de cette brillante poussière peut blanchir ce qui est noir, embellir un monstre, innocenter le coupable, ennoblir h bassesse , rajeunir la vieillesse , et couronner le front du lâche des lauriers du brave. — Oh , pourquoi cela, grands dieux, pourquoi cela? — Oui , cet or peut faire déserter de vos autels vos prêtres et vos plus zélés serviteurs ; il arrache l'oreiller où le malade, encore plein de vie, repose sa tiHe défaillante. Ce brillant et servile métal unit

(1) Il il the patior lardt the brother'i tidet ;

Cet endroitesl très obscur dans l'original. La correction de Warburlon est trop hasardée, et ne donne même pas un sens passable. Selon loi, ee passage signifierait : «C'est » le pâturage qui engraisse les flancs du bélier; mais la » disette les maigrit. » Johnson s'efforce de donner un sens à l'ancienne leçon ; mais on n'est pas plus satisfait. I Peut-être Caut-y Ure piutur*, dis M. Eschenbuif , el laisser le reste sans y rien changer , et alors voici quel serait le sens : « Beaucoup de nourriture engraisse le* flancs du frère . c'est-à-dire le fait environner d'un essaim d'ami* ; mais le besoin tes écarte. »

H MON D'ATHÈNES

ou rompt les nœuds des pactes les plus religieux, sanctifie et fait bénir ce qui doit être maudit; il bit adorer le plus impur, le plus hideux squelette ; U place auprès du sénateur, sur le siège de justice, un fripon , lui donne la noblesse , le respect et l'approbation publique. C'est lui qui sèche les larmes de la veuve , et la rengage dans de nouveaux liens. I a plus affreuse créature , que les infirmités dévorent dans l'obscurité de son réduit honteux, il l'embaume et la parfume ; et elle reprend toute la fraîcheur de son avril. Vile idole , à qui tout le genre humain se prostitue, qui sèmes le trouble parmi la foule bruyante des. nations, je veux à l'instant te faire reprendre la place que t'assigna

la nature. — ( Cm marche militaire an lois. 1 Ah! Un

tambour! Tu es bien subtil et bien remuant, mais je veux fensevelir : va, le plus fort des brigands, rentre aux lieux où tes satellites avares ne peuvent te suivre; mais gardons-en un peu pour servir d'échantillon.

(Il garda on pan d'or.) (Entrent Akibtadaan babit de gaerrier, irec tambonn et fifre»; Phrjaia et Tymandra. )

ALCIBIADE

Qui es-tu? parle.

TIMON

Une bête sauvage comme toi. Qu'une vipère te ronge le cœur, pour venir m'oflrir encore les yeux d'un homme!

ALCIBIADE

Quel est ton nom? L'homme est-il donc haï de toi, qui toi-même es un homme?

TIMON

Je suis misanthrope, et je hais le genre bumain. — Pour toi , je voudrais que tu fusses chien ; je pourrais t'aimer un peu,

Oh , je te connais , mais non pas tes malheurs ; j'ignore tout.

TIMON

Je te connais bien aussi , moi , et cela me suffit; je ne désire point en savoir davantage. Suis tes tambours ; rougis, abreuve la terre du sang des hommes. Les lois religieuses, les lois civiles, tontes sont cruelles : que doit donc être la guerre ? — Cette courtisane, que tu mènes avec toi, cruelle, malgré la douceur de ses yeux célestes, porte en elle une destruction plus fatale que ton épée.

PHBYNIA.

Périssent tes lèv res odieuses !

Je ne t'embrasserai pas; que ta retombe sur les tiennes!

ALCIBIADE

Comment le noble Timon a-t-il pu épnxner cette étrange révolution?

TIMON

Comme la lune éprouve la sienne , et s'étafi faute de lumière a répandre ; mais je n'ai po. comme elle, renouveler ma clarté : il n'y avait point de soleils pour en emprunter d'eux.

Noble Timon, quel service moi elle te rendre ?

TIMON

Aucun , sinon de justifier mes sent

Quels sont-ils?

TIMON

Promets-moi tes services, et ne m'en rends ncun. Si tu ne les promets pas , que les dieoi » punissent! car alors tu es un homme. Si tu tk» ta promesse , qu'ils te punissent encore ! car ata encore tu es un homme.

ALCIBIADE

J'ai bien ou! dire quelque chose de les nuiheurs.

TIMON

Tu vis mes malheurs dans le temps de ma propérité.

C'est aujourd'hui que je les vois ; alors c'éuit k temps de ton bonheur.

TIMON

Oui , comme il est aujourd'hui le tien , a présent que tu es entouré par ce couple de prostiiorei

TYMANDBA.

Est-ce donc là cet Adonis d'Athènes les échos répétaient les louanges?

TIMON

Es-tu Tymandra?

TYMANDBA.

Oui.

TIMON

Sois toujours prostituée. Ceux toi ne t'aiment point. Verse dans leurs veines , a échange de leurs lascives ardeurs , un poison <pi

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