‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 638 sur 689 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

TIMON

Je te comprend», tu as quelques moyens d'avoir un chien.

APEMANTCS.

Qae trouves-tu dans le monde de plus ressemblant à un flatteur?

La femme en approche le plus; mais l'homme est la flatterie elle-même. Apemantus, que feraistu de l'univers si tu le tenais sous ta puissance?

APEMANTUS.

Je l'abandonnerais aux bêtes féroces, pour me délivrer des hommes.

TIMON

Voudrais-tu périr toi-même dans la destruction générale de l'espèce humaine , ou bien voudrais-tu rester brute avec les brutes?

APEMANTCS.

Oui, Timon.

TIMON

Brutale ambition! Que les dieux t'accordent ton désir ! Si tu étais lion , le renard te duperait; agneau , le renard te dévorerait ; renard , le lion te suspecterait , si par hasard l'âne venait à t'accuser; âne, ta stupidité serait ton tourment, et tu ne vivrais que pour devenir la proie du loup; loup, ta voracité serait ton supplice, et tu exposerais ta vie pour assouvir ta faim ; licorne , ta fureur serait un piège pour toi : tu périrais victime de ta colère (1) ; ours, tu serais tué par le cheval; cheval, tu serais la proie du léopard; léopard, tu serais parent du lion, et ta peau mouchetée serait fatale à ta vie ; tu n'aurais d'asile que dans ta fuite, et ton absence serait ton unique défense. Quel animal pourrais-tu être, qui ne fût soumis à quelque autre animal? Tu en es un déjà, de ne pas voir combien tu perdrais à la métamorphose.

APEMANTCS.

Si ta conversation avait pu me plaire, ce serait surtout en ce moment. La république d'Athènes est devenue un repaire de bêtes féroces.

(1) Voici ce qu'on rapporte de la licorne : « Quand le » lion, qui est son ennemi, l'aperçoit , Use tient ap- » puyé sur le tronc d'un arbre ; la licorne furieuse vole v vers lui pour le percer, le lion se retire , son ennemi ■ enfonce sa corne dans l'arbre , et devient ainsi la proie » du lion. »

Geskeb , Histoire des Animaux.

TIMON

L'âne a-t-fl donc brisé la muraille, que te voilà hors de la ville?

APEMANTCS.

Voici un poète et un peintre ; que la peste de la société se lève sur toi ! Dans la crainte d'en être atteint , je décampe. Quand je ne saurai rien autre à faire , je te reverrai.

TIMON

Quand tu seras le seul homme vivant, tu seras le bienvenu. J'aimerais mieux être le chien d'un mendiant qu' Apemantus.

APEMANTCS.

Tu es le plus gros bonnet parmi tous les fous vivans.

TIMON

Tu es trop sale pour que l'on te crache au visage. — Que la peste t'étoufle 1

APEMANTCS.

Tu es trop vil pour qu'on te maudisse.

H n'est point de fripon qui ne soit honnête, comparé à toi.

APEMANTCS.

Il n'est point de peste pareille à ton langage.

TIMON

Oui, si je te nommais.— Si je ne craignais de souiller mes mains, je te battrais.

APEMANTCS.

Je voudrais qu'une de mes paroles pût te les trancher.

TIMON

Hors d'ici, enfant d'un chien galeux, la colère me transporte de te voir vivant; ta vue me soulève le cœur.

APEMANTCS.

Je voudrais te voir crever.

TIMON

Hors d'ici , ennuyeux importun ; je ne veux pas perdre une pierre après toi.

APEMANTCS.

Bête sauvage!

TIMON

Esclave!

APEMANTCS.

Crapaud !

Coquin, coquin, coquin ! (ApMtanms t'éiai*» <*»»

TIMON D'ATHENES

r ur »>o tUr r.) Je suis malade de dégoût de ce monde pervers : je n'en veux rien aimer, que les ra dues qui croissent sur sa surface. — Allons, Timon, prépare ta tombe à l'heure même ; repose dans un lieu où l'écume légère de la mer puisse chaque jour en oaigner la pierre ; compose ton épitaphe , et que ta mort soit la satire de la vie des autres, (il regarde for.) 0 toi , doux régicide , cher et précieux tranchant . qui romps les nœuds dont sont unis le fils et le père; toi, brillant corrupteur de la pureté du lit nuptial; dieu plus audacieux que Mars; agent d'amour, toujours jeune , toujours frais et séduisant, toujours aimé, dont l'éclat peut corrompre l'innocence et salir la neige pure du chaste sein de Diane; toi, dieu visible, qui rends possible l'impossible, associes l'insociable, et forces à se joindre les êtres les plus contraires; toi, qui parles et assortis tous les langages à tous les desseins ; ô toi , aimant des cœurs , suppose que I homme, ton esclave, se révolte, et par ta puisfumee , allume la discorde dans son espèce, et détruis-la. Puisse l'empire du monde rester à la brute!

APEMANTIS.

Que ton vœu s'exauce ! — Mais je voudrais mourir auparavant. — Je vais publier que tu as de l'or; tu te verras encore investi d'une foule d'hommes.

D'une foule?

APEMANTUS.

Oui.

TIMON

Tourne-moi le dos, je t'en conjure.

APEMANTIS.

Vis et chéris ta misère.

TIMON

Vis ou meurs, mais avec elle , et je suis content. ( Apcm»ntu» loti. 5 — Encore des visages humains? Mange (es racines, Timon, et déteste les

(EnlrroKio* mleurs.) PREMIER VOLEUR.

Où peut-il avoir trouvé cet or? Sans doute re sont quelques misérables restes , quelques débris de sa fortune. La disette d'argent , l'abandon de ses amis , l'auront jeté dans cette mélancolie.

DEUXIÈME VOLEUR

11 court un bruit qu'il possède un Irésor imnicu:*.

TROISIEME VOLEUR

Faisons une tentative sur lui ; s'D ne ! plus de l'or, il nous l'abandonnera facilement ; mais s'il est jaloux de le conserver, comment l'aurons-nous?

DEUXIEME TOLEUR.

Tu as raison , car il ne le porte pu sur lai; son trésor est caché.

PREMIER VOLEUR

N'est-ce pas là lui?

TOUS

Où?

DEUXIEME VOLEUR

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