ACTE V, SCENE I
fassions légitimes do la société que la rapacité n'a point de bornes. Brigands , tenez , voici de Por. Allez, buvez le sang de la grappe jusqu'à ce qu'il coagule lé vôtre , et qu'il allume dans vos veines une fièvre brûlante qui vous sauve du gibet. Ne vous confiez pas au médecin ; son antidote est un poison ; il commet plus d'assassinats que vous de vols; il vole la bourse et la vie à la fois. Votre profession, c'est la scélératesse; exercez -la, comme les artisans exercent la leur. Je veux vous montrer partout l'exemple du brigandage. Tout vole dans la nature: le soleil, par sa puissante attraction, vole le vaste océan; la lune, sans pudeur, vole au soleil la pâle lumière dont elle brille. I,a mer en valut ses rivages et leur enlè\c leurs digues qu'elle délaie et convertit en flots. La terre vole sa nourriture à toutes les substances animales , et ne produit qu'à force de larcins. Tout est brigand; les lois , dont le joug vous opprime, dont la verge vous châtie, sont elles-mêmes, par leur pouvoir tyrannique , le plus effréné des brigands. Point d'amitié entre vous ; allez, volez-vous l'un l'autre; vuila encore de l'or. Égorgez sans pitié ; tout ce que vous rencontrerez vous res-
semble et vole. Allez à Aihèues, brisez, ouvrez les ateliers : vous ne pouvez rien voler qu'à de» voleurs. Que cet or que je vous donne ne vous empêche pas de voler eucorc : qu'il vous perde vous-mêmes cl vous confonde : amtnl
(llwrt.)
TROISIEME VOLEUR
En voulant me faire aimer mon métier, le charme de son discours m'en a dégoûté.
PREMIER VOLEUR
Ce n'est pas le désir que nous pros|>érions dans notre ail , c'est la haine pour les hommes qui lui a dicté ces conseils.
DEUXIEME VOLEUR
Je le croirai comme un ennemi ; et je dis adieu à ma profession.
PREMIER VOLEUR
Attendons que nous revoyions la paix dans Athèno*.
DEUXIÈME VOLEUR
Il n'est point de temps si misérable où l'homme ne puisse être honnête.
(Ils sortent.)