‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 641 sur 689 · KOI» «T Ll CirtliX* M TIBOW · texte numérisé non relu

KOI» «T Ll CirtliX* M TIBOW

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FLAVIUS

O dieux! est-ce bien là mon maître? Dans cet état de ruine et d'opprobre ! image de la misère vivante et de l'abandon universel ! O monument étonnant de bienfaits mal prodigués aux méchans! Quel changement d'état ont produit l'indicence et le désespoir? — Quoi de plus vil sur la

terre que les amis, s'ils conduisent ainsi les âmes les plus nobles à la plus honteuse et à la plus de plorablc liu 1 Quel siècle que celui où l'homme est réduit à l'étrange vœu d'aimer ses ennemis ! Puissé-jc n'accorder ma tendresse qu'à celui qui me veut du mal, plutôt qu'à celui qui me caresse f — Son œil m'a aperçu ; et je vais lui présenter

TIMON D'ATHÈNES

mon honnête douleur, ci je veux le servir comme mon maître aux dépens de ma vie. — Mon très cher maître!

TIMON

Loin d'ici 1 Qui es-tu?

FLAVIUS

M'avei-vous oublié , seigneur ï

TIMON

Pourquoi fais-tu cette question? j'ai oublié tons les hommes : si tu t'avoues un homme , je t'ai oublié aussi.

FLAVIUS

Votre honnête serviteur....

TIMON

Je ne te connais donc point Je n'eus jamais un honnête homme autour de moi ; je n'avais que des fripons qui en servaient d'autres.

FLAVIUS

Les dieux me sont témoins que jamais honnête serviteur ne versa sur l'infortune de son maître de larmes plus sincères que n'en ont versé mes yeux sur la vôtre.

TIMON

Quoi ! tu pleures 1 Approche, approche: maintenant je t'aime , puisque tu montres la faiblesse d'une femme , et que tu désavoues le cœur de pierre des hommes. Les cruels ne pleurent jamais que de débauche ou de folle joie. — Siècle pervers, où la pitié assoupie dans les cœurs ne fait jamais couler les larmes I

FLAVIUS

Reconnaissez-moi, mon bon maître, je vous en conjure ; agréez ma sincère douleur; et tant que ce faible trésor durera , souffrez que je sois votre intendant; regardez-moi toujours comme votre serviteur.

TIMON

Quoi ! j'avais un intendant si honnête, si juste, et aujourd'hui ci compatissant 1 Ceci change presque mon caractère sauvage et adoucit ma haine. —Voyons ton visage.— Cet homme pourtant naquit sûrement d'une femme. — Dieux immortels et justes, pardonnez-moi l'anathème téméraire dans lequel j'ai enveloppé tous les hommes ; je proclame celui-ci pour honnête; mais ne vous y trompez pas, il n'y a que lui; retenez bien; il est le seul , et c'est un intendant ! Oh ! que j'aurais aimé à détester tout le genre humain ! mais tu te rachètes toi-même de ma malédiction ; en ce

moment je la donne à tous , excepté à toi. — il me semble que tu es plus honnête que sage ; car en trahissant , en opprimant ton maître , tu en aurais trouvé plus facilement un autre : tant d>> tes pareils arrivent au service d'un second maître en marchant sur le corps du premier ! Mais dismoi la vérité ; car je douterai toujours, maigre ma certitude : celte tendresse n'est-elle pas feinu\ intéressée, usuraire comme celle du riche qui fait des présens dans l'espérance de recevoir vingt fois plus qu'il ne donne?

FLAVIUS

Non , mon très digne maître ; je vois que la défiance et le soupçon sont entrés , hélas ! trop tard dans votre cœu r . C'éta i t dans les jou rs de votre prospérité , au milieu de vos festins , que vous detw être défiant ; mais le soupçon ne vient que qtuad la fortune est ruinée. Ma démarche , le ciel m a est témoin , est pur amour : c'est mon attachement à votre ame incomparable , c'est un tttt désintéressé, qui m'amènent auprès de vous, pew prendre soin de vos jours et de votre subsistance: et, soyez-en persuadé , tout ce que je possède e: tout ce que je puis espérer dans l'avenir, je k donnerais pour remplir l'unique voeu de moi cœur : c'est que vous redeveniez riche et opulent: le plaisir de vous revoir heureux serait ma récompensa.

TIMON

Vois , ton vœu est accompli , homme boonèit et le seul. Tiens, prends. Les dieux, du fond 4? ma misère , t'envoient un trésor. Va , vis riche et heureux ; mais à condition que tu iras bâtir loi» des hommes; hais-les tous, maudis-les tous; ne montre de pitié pour aucun. Plutôt que de secourir le mendiant, laisse sa chair exténuée par b faim se détacher de ses os ; donne aux chiens ce que tu refuseras aux hommes ; que les cachots ks engloutissent , que les dettes les accablent , qo'jk se flétrissent et meurent comme les arbres déehpits, et que toutes les maladies dévorent leur sang ! —Adieu , sois heureux.

FLAVIUS

O mon maître ! souffrez que je reste avec vous, et que je vous console.

TIMON

Si tu crains les malédictions, fuis; ne t'arrétt pas , tandis que tu es libre et heureux. Ne vois jamais les hommes, et que je ne te voie jamais!

( Timon tort d'an côte , cl Fkviia de r«ab* .

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