‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 653 sur 689 · ACTE I, SCÈNE m · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE m

SHTIOCK.

Oh ! non. Je m'explique : en disant qu'il est bon , je veux vous faire entendre qu'il est sol- Table ; cependant ses facultés sont en supposition. Il a un vaisseau frété pour Tripoli , un autre dans les Indes , et en outre j'ai appris sur le Rialto qu'il en avait un troisième au Mexique, un quatrième en Angleterre, et d'autres encore épars loin d'ici. Mais les vaisseaux ne sont que des planches, les matelots que des hommes. Il y a rats de terre et rats d'eau , voleurs de terre et voleurs d'eau, je veux dire des pirates. D'ailleurs il y a les dangers de la mer, les vents, les rochers ; néanmoins l'homme est solvable. — Trois mille ducats; — je crois pouvoir prendre son obligation.

BASSANIO

Soyez sûr que vous le pouvez.

SHYLOCK

Je veux m'en assurer si je le peux; et m'en assurer, je veux y rêver avec Puis-je parler à Antonio?

BASSAMO.

Si vous voulez dîner avec nous.

SHYLOCK

Oui, pour sentir le porc! pour manger de l'habitation dans laquelle votre prophète , le Nazaréen , a par les exorcisme» fait entrer le diable I Je veux bien acheter avec vous , vendre avec vous, parler avec vous, et ainsi du reste; mais je ne veux pas manger avec vous, boire avec vous, ni prier avec vous. Que dit-on de nouveau sur le Rialto? — Qui vient ici?

(Znlro Antonio.)

BASSAMO.

C'est le

pour

SHYLOCK , a {xrt.

Comme il a l'air d'un hypocrite publicain ! Je le bais, parce qu'il est chrétien; mais je le hais bien davantage parce qu'il a la basse simplicité de prêter de l'argent gratis , et qu'il fait baisser l'usure à Venise. Si je puis l'accrocher une fois, je vais assouvir pleinement la vieille aversion que je lui porte. Il hait notre sainte nation; il raille de certains points sur lesquels la plupart des marchands sont d'accord ; il se moque de moi , de mes marchés et d'un gain bien acquis , qu'il appelle usure, dite soit ma tribu, si je lui pardonne!

Shylock , entendez-vous?

SHYLOCK

Je me consultais sur les fonds qui me restent a présent, et je vois, par ce que ma mémoire me rappelle , que je ne saurais vous faire tout de suite la somme de trois mille ducats. N'importe ; Tubal,

un riche Hébreu de ma tribu , y suppléera

Mais doucement : pour combien de mots les voulezvous?.. Ne vous inquiétez pas , seigneur Antonio. C'était de votre seigneurie que nous nous entrete-

ANTOMO.

Shylock, quoique je ne prête ni n'emprunte à intérêt, cependant pour fournir aux besoins pressait d'un ami, je veux bien déroger à ma coutume. — Est-il instruit de la somme que vous désirez?

SHYLOCK

Oui , oui : trois mille ducats.

ANTONIO

Et pour trois mois.

SHYLOCK

J'avais oublié cela. — Pour trois mois : vous me l'aviez dit. A la bonne heure. Faites votre billet, et puis je verrai. — Mais écoutez donc, il me semble que vous venez de dire que vous ne prêtez ni n'empruntez à intérêt.

ANTOMO.

Jamais.

SHYLOCK

Quand Jacob faisait paître les troupeaux de son oncle Laban... Depuis notre saint Abraham, ce Jacob (au moyen de ce que fit sa mère avisée en sa faveur) en fut le troisième possesseur... Oui, il était le troisième.

Eh bien ! A quel propos? Faisait-il l'usure?

SHYLOCK

Non, il ne faisait pas l'usure, non. Si vous voulez , ce n'était pas précisément de l'usure. Remarquez bien ce que Jacob faisait Quand Laban et lui firent un traité, et convinrent que tous les nouveau-nés qui seraient rayés et tachetés appartiendraient à Jacob pour son salaire, sur la fin de l'automne , les brebis étant en chaleur, allèrent chercher les béliers , et lorsque l'acte de la nature se passait entre ces couples portant toison , le pâtre ruse vous levait l'écorcede certains baums, et

LE MARCHAND DE VENISE

dans l'instant précis de k copulation , les présentait aux lascives brebis, qui concevaient alors. Ensuite , quand le tempe de l'enfantement était venu , elles mettaient bas des agneaux bariolés , lesquels étaient pour Jacob. C'était là un moyen de gagner un intérêt; et Jacob fut béni du ciel, et le gain est une bénédiction, pourvu qu'on ne le vole pas.

ANTONIO

Jacob donnait là ses services pour un salaire très incertain , pour une chose qu'il n'était {tas en son pouvoir de faire arriver, mais que la seule main du ciel règle et façonne à son gré. Prétendezvous tirer de là quelque induction en faveur de l'usure 7 Votre or et votreargent sont-ils des brebis et des béliers?

SHYLOCK

Je ne saurais vous dire ; du moins je les faisengendrer aussi vite.— Mais, écoutez-moi, seigneur.

ANTONIO

Voyez-vous, Bassanio? Le diable peut citer l'Écriture pour autoriser les vices. Une méchante ame , qui produit un témoignage sacré , ressemble à un scélérat qui a le sourire sur les lèvres, et à une belle pomme dont le cœur est pourri. Oh ! de quels beaux dehors il colore ici sa malhonnêteté!

SHYLOCK

Trois mille ducats ! — c'est une bonne et ronde somme. Trois mois de douze. Voyons un peu •>térêt.

ANTONIO

Eh bien! Sbylock, vous serons -nous redevables?

SHYLOCK

Seigneur Antonio , maintes et maintes fois vous m'avez fait des reproches au Rialto , sur ma banque et sur mon usure. Je n'ai jamais répondu qu'en levant patiemment les épaules , car la patience est le caractère dislinctif de notre nation. Vons m'avez appelé mécréant, coupe -gorge, chien , et vous avez craché sur mon manteau de Juif, et tout cela parce que je dispose à mon gré de mon propre bien. Maintenant il paraît que vous avez besoiu de moi. Alors vous venez à moi , et vous dites : « Sbylock, nous voudrions de l'argent » Vous me tenez te langage , vous qui vous êtes défait de votre rhume sur ma barbe; qui m'avez donné des coups de pied , comme vous feriez à uu chien étranger venu sur le seuil de votre

porte. C'est de l'argent que vous demanda! fr. vrais-je vous répondre? Ne devrais- je jut m dire : « Un chien a-t-U de l'argent! est-il posa* » qu'un dogue prête trois mille ducats? • ûuke irais-je vous saluer profondément, et dais te tude d'un esclave vous dire, d'une v«iba»« timide : « Mon beau monsieur, vousamerai* « sur moi mercredi , vous m'avez dooK è » coups de pieds un tel jour, et une aatrtfe » vous m'avez appelé chien ; en recoonatsui » de ces bons traitemens , je vais vous prHernK » d'argent? •

ANTONIO

Je suis tenté de t'appeler encore de arfw.i cracher encore sur toi, de te donner encart»* coups de pied. Si tu me prêtes cet argem, Des* le prête pas comme à ton ami (car quand* ce que l'amitié exigea jamais qu'un siérile » tal (1) se multipliât pour lui dans les maiosd'D! ami?) ; mais comme à ton ennemi. S'il i»*iki son engagement, tu auras le plaisir d'nçrs

SHYLOCK

Mais comme vous vous emporte*! Je «radi» être de vos amis, gagner votre affection, ooifc les avanies que vous m'avez faites, subrenirà» besoins présens, et ne pas exiger un denier térêt pour mon argent , et vous ne voolet f* m'en tendre ? L'offre est pourtant honnête.

ANTONIO

Il y aurait en effet beaucoup d'honni-

SHYLOCK

Et je veux vous la montrer, cette boBM» venez avec moi chez le notaire signer votre të- Seulement et par pure plaisanterie, feiip»?' soit stipulé dans l'acte, qu'en cas que tous» * tisfassiez pas à votre promesse tel jour, à td décile , pour telle ou telle somme, vous sera ^ chargé de votre dette en vous laissant couper tt livre de votre belle chair sur telle partie du «I» qu'il me plaira choisir.

ANTONIO

J'y consens, ma foi, de bon cœur- Je*^ volontiers un pareil billet , et je dirai que* est pleiu de bienfaisance.

(1) L'argument que les avocats de ce \tnpAi 1 ployaient contre ïusure. était que large»' *» chose stérile . ne pouvait , comme le M* ' se muluplier lui-même , et que c'était «ne et*

na,Ure' WA..V.T*

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