SCÈNE II. W
Gratiano t
GRATIANO
J'ai une demande à vous faire.
BASSANIO
Elle vous est accordée.
GRATIANO
N'allez pas me refuser : il faut absolument crue je vous accompagne à Betmont.
BASSANIO
Eh bien! puisqu'il le faut, cela sera.— Mais écoute, Gratiano. — Tu estrop dur, trop brusque, tu as un ton de voix trop tranchant. — Ce sont des qualités qui te vont assez bien , et qui à nos yeux ne nous semblent pas des défauts ; mais partout où tu n'es pas connu, elles annoncent quelque chose de trop libre et choquent. — Je t'en prie, prends la peine de tempérer ton esprit trop pétulant par quelques grains de modération, de peur que la licence de ta conduite peu réservée ne soit interprétée à mon désavantage dans la maison où je vais, et ne me fasse perdre mes espérances.
GRATIANO
Seigneur Bassanio, écoutez-moi : si je ne prends pas le maintien le plus modeste, si je ne parle pas avec respect, ne laissant échapper que quelques sermens de temps à autre ; si je ne porte pas un livre de prière dans ma poche , les yeux baissés vers la terre; si même, lorsqu'on dira les grâces, je ne ferme pas les yeux avec componction , en tenant ainsi mon chapeau , et poussant un soupir, et disant, amen; enfin, si je n'observe pas la civilité jusqu'au scrupule, comme un homme formé d'habitude à la gravité la plus sérieuse, pour plaire à sa grand'mère , ne faites jamais cas de moi.
Allons , nous verrons comment vous vous conduirez.
GRATIANO
Mais je retiens pour moi la soirée : vous ne me jugerez pas sur ce que nous ferons ce soir.
BASSANIO
Oh ! non : U y aurait trop de dureté. Je vous inviterais au contraire à afficher votre pins graude gaîté, car nous avons des amis qui se proposent de se réjouir. Mais adieu, je vous laisse : j'ai quelques auaires.
GRATIANO
Et moi , il faut que j'aille trouver Loreouv oi
LE MARCHAND DE VI
les autres ; mais non» tous rendrons visite à l'heure du souper.
( 11» iortMiU)
«SCKNE m.
JESSICA et LANCELOT.
JESSICA
Je suis fâchée que tu quittes mon père ainsi. Notre maison est un enfer ; et toi un démon jovial , qui lui ôtait un peu de son ennui. Mais Dieu te fasse prospérer ! tiens, voilà un ducat pour toi. Et, Lancelot, tu verras bientôt au souper Lorenzo, qui est invité chez ton nouveau maître. Donnelui cette lettre : fais-le secrètement ; adieu. Je ne voudrais pas que mou père me trouvât causant avec toi.
LANCELOT
Adieu.— Mes larmes vous parlent pour moi.— Charmante païenne. — Aimable Juive! si un chrétien ne se damnait pas pour vous posséder, je serais bien trompé; mais adieu, ces sottes larmes noient un peu mon courage viril. Adieu.
(H »°rt.)
JESSICA
Adieu , bon Lancelot. — Hélas ! de quel odieux péché je me rends coupable , de rougir d'être la fille de mon père! Mais quoique je sois sa fille, formée de son sang , je ne suis point sa fille pour le caractère. O Lorenzo ! si tu tiens ta promesse, je finirai ce tourment ; je me ferai chrétienne , et je serai ta tendre épouse.
; EDe wrt. )
SALANIO.
Nous n'avons pas encore parlé ensemble de ne?