SCENE PREMIÈRE
1,1 tbtkt m ? «nui.
LE DOGE, LES SÉNATEURS , ANTONIO, BASSANIO, GRATIANO, «t.
LE MARCHAND DE VENISE
à cet égard , mais encore que, touché des sentiroens de douceur et d'humanité , tu lui remettras la moitié de sa dette , et que tu jetteras un œil de pitié sur les pertes accumulées qui sont venues fondre sur lui. Elles suffiraient pour ruiner même un marchand roi (1). Elles attendriraient sur son sort des cœurs d'airain et de pierre. Elles toucheraient les Turcs et les Tartares , dont les amos féroces ne connurent jamais les douceurs de la bienfaisance. Nous attendons une réponse favorable de toi, Juif.
SHTLOCK.
J'ai communiqué mes résolutions à votre grâce. J'ai juré par le saint jour do sabbat, d'avoir une pleine satisfaction. Si vous me la refusez, puisse cette injustice retomber sur votre république, et porter une atteinte mortelle a ses privilèges ! Vous me demanderez pourquoi j'aime mieux prendre une hvre de chair que de recevoir trois mille ducats. A cela je n'ai point d'autre réponse, sinon que c'est mon idée; mais si vous voulez une réponse, la voici : Qu'un rat fasse du dégât dans ma maison , ne suis-je pas le maître de donner dix mille ducats pour l'empoisonner? Quoi! ne voilà-t-il pas une réponse? Il y a des gens qui n'aiment pas i voir sur table un cochon de lait la gueule béante ; quelques-uns qui deviennent fous quand ils aperçoivent un chat, et d'autres qui au son nasal de la cornemuse ne peuvent retenir leur urine. Telle est la force de la sympathie et de l'antipathie, qui influent souverainement sur les goûts et les dégoûts de l'homme. J'en viens à ma réponse. De même qu'il n'y a point de raison pourquoi l'un ne saurait souffrir un cochon qui baille , pourquoi l'autre tremble à la vue d'un chat, animal innocent et nécessaire, et pourquoi le troisième se lâche au bruit de la cornemuse (2) ; mais qu'ils sont tous forcés de
(1) A royal merchant. Dans le temps que Venise était la reine des mers , au treizième siècle . elle permet* tait , moyennant un hommage à la république , aui divers armateurs de conquérir dans l'Archipel, et de jouir de leurs conquêtes en souverains : d'où le litre de marchandé roi* que leur donnait toute l'Europe.— Gresham . du temps du poète, fut qualifié de ce dire.
JOHXSON.
(î) Fait raconté d'un gentilhomme de Devonsbire, qui ne pouvait entendre le son d'une cornemuse sans être pris de l'envie d'urinsr.
céder à une force aussi invincible que ceBef offenser quand on est offensé ; de nu'me jenepnu ni ne veux donner d'autre raison de la pouraite d'un procès où je perds trois mille ducats de pJ^n gré, qu'une certaine aversion, une haine ioti» que je sens contre Antonio. Êtes-voœ contai dt ma réponse?
BASSANIO
Ce n'est pas là une réponse, homme inseoste, qui soit capable d'excuser ta cruauté.
SHYLOCK
Je ne suis pas obligé de te donner une rqxus qui te plaise.
BASSANIO
Tous les hommes donnent-ils la mort à aqu'fo n'aiment pas?
SHTLOCK.
Peut-on haïr sans souhaiter la mort à Tobjct de sa haine?
BASSANIO
Toute offense n'enfante pas la haine traita coup.
SHTLOCK.
Comment ! voudrais-tu qu'on serpent tr paquît deux fois?
ANTONIO
Faites attention , je vous prie, que voa» tatounez inutilement avec un Juif. Vous ferici ina bien d'aller sur le rivage dire à la mer tfatatf la hauteur de ses marées; de demander au Ion» pourquoi il a fait bêler la brebis après son agneau dévoré ; de demander aux pins des mootagw»* ne pas secouer leurs cimes avec bruit, quand 3s sont battus par les orages. Vous viendiiei ^ à bout des entreprises les plus difficiles, q* d'amollir (car qu'y a-t-il de plus dur?) le d'un Juif. Cessez de lui faire des offres, je tW en conjure; ne tentez plus aucun moyen; «F* j'aie mon jugement, et le Juif son désir.
BASSANIO
Au lieu de tes trois mille ducats, en mille.
SHTLOCK.
Si chacun de ces six mille ducats était drrisè en six parties, et que chaque partie fût un ducat, je ne les prendrais pas encore ; je vetn a>* satisfaction.
Espércras-tule pardon , situ nepantaMW p*f